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La Lettre des Achats - Juillet - Août 2019 N°284
Juillet - Août 2019

Management

Dossier

Formation achats : Faites grandir les talents !

Universités achats, un modèle qui se renouvelle

Zoom sur quatre parcours de formation

Les jeux ont le vent en poupe

Hauts potentiels… confidentiels

Témoignages

Caroline Dépalle - Directrice compétences et écoles métiers achats et supply chain - Orange
« Les formations permettent de rendre plus attractive la fonction achat »

Dominique Laurent - Vice-président des ressources humaines France - Schneider Electric
« Nous analysons l’ensemble des talents achats à fort potentiel »

Par Audrey Fréel

Universités achats, un modèle qui se renouvelle

Si les universités internes dédiées aux Achats ont toujours le vent en poupe dans les grands groupes, le modèle tend à évoluer depuis quelques années. Le digital ou encore les réformes politiques redessinent le paysage de la formation professionnelle.

Pour former et promouvoir une communauté d’acheteurs, certains grands groupes ont mis en place des universités internes ou des filières dédiées aux achats. Objectif : créer des formations sur mesure, adaptées à la stratégie du groupe, qui pourront être délivrées à un grand nombre de collaborateurs. « En général, les entreprises sont intéressées par des formations en intra-entreprises car le retour sur investissement est beaucoup plus rapide », souligne Bernard Gracia, président de l’European Institute of Purchasing Management (EIPM). Cela présente également des avantages en termes de coûts. « Pour une entreprise, il est moins coûteux de former plusieurs personnes en interne. À titre d’exemple, les tarifs en interentreprise peuvent être trois à quatre fois supérieurs à l’intra-entreprise en fonction du nombre de participants », détaille Inès Duprat directrice générale de Cdaf Formation (groupe EIPM). « Les formations interentreprise sont facturées par participant tandis que le coût des formations intra-entreprise est défini à la journée. Lorsqu’une entreprise doit former plusieurs collaborateurs, cela lui reviendra moins cher de le faire en interne », ajoute Philippe Petit, manager des offres de formation achats et secteur public à la Cegos.
Certaines entreprises développent des programmes de formations internes en s’appuyant uniquement sur des compétences internes. Mais bon nombre d’entre elles s’associent également à des organismes de formation. « De manière générale, 80 % de nos formations sont délivrées par des experts en interne. Mais nous pouvons faire appel ponctuellement à des formateurs externes », révèle par exemple Franck Gaillard, directeur de formation chez Alstom. Même son de cloche pour Didier Thoumsin, directeur des achats de Vinci Énergies France. « Nous construisons en général nos formations achat en interne car nous souhaitons que les stagiaires soient confrontés à des cas d’école spécifiques à notre groupe. Mais nous pouvons être accompagnés par des prestataires si nous n’avons pas les compétences en interne », indique-t-il.

Une évolution de la demande


Depuis dix ans, les demandes en formations internes ne faiblissent pas, comme l’explique Marc Debets, président du cabinet de conseil By.O : « Nous observons une demande croissante pour développer des universités ou académies d’achats en interne ». La Société Générale a par exemple signé un contrat en janvier dernier avec le cabinet afin de développer une académie achat pour les salariés basés en France et à l’international. Les premières formations débutent en juillet. Par ailleurs, By.O est devenu en 2018 le partenaire exclusif du Chartered Institute of Procurement and Supply Chain (CIPS) en France, Belgique et Suisse. Dans ce cadre, il accompagne notamment la Direction des achats de l’Etat pour réaliser et animer un programme de formation achat certifiant. « Nous avons déjà formé plus de 150 personnes à travers ce programme », précise Marc Debets. Depuis quelques années, les achats publics se professionnalisent et développent de plus en plus de formations internes. Et cette tendance gagne aussi d’autres secteurs.
« Nous observons une hausse de la demande pour les formations en intra-entreprise, notamment pour le secteur public et le tertiaire », confirme Inès Duprat. Un avis partagé par Bernard Gracia : « Il y a une dizaine d’années, la mise en place de formations intra-entreprise dans les achats concernait surtout les groupes dans le secteur de l’automobile ou des transports. Aujourd’hui, ce type de formation s’est développé dans d’autres domaines, comme l’agroalimentaire ou le secteur public ».
Outre cette évolution, 2019 semble également marquer une transition du fait de la réforme de la formation professionnelle, votée fin 2018. Les entreprises de plus de 50 salariés ne peuvent désormais plus recevoir de fonds paritaires, ce qui impacte leur budget de formation. « En raison de cette réforme, les entreprises sont actuellement en réflexion sur leurs objectifs en termes de formation », relate Philippe Petit, manager des offres de formation achats et secteur public au Cegos.

Le digital en fer de lance


La loi Avenir redéfinit également l’action de formation et permet de l’ouvrir à de nouveaux formats pédagogiques. « La nouvelle réforme de la formation professionnelle reconnaît désormais les modules d’e-learning, ce qui favorise leur développement », informe Inès Duprat. Avant d’ajouter : « Nous sommes de plus en plus sollicités pour développer des modules en e-learning car les collaborateurs ont moins envie de se déplacer pour aller en formation ». Ces formats offrent en effet davantage de flexibilité pour les salariés. « L’avantage des modules en e-learning est qu’ils perdurent dans le temps. Les collaborateurs peuvent les utiliser dès qu’ils en ressentent le besoin ou pour se rappeler de certaines bonnes pratiques. Ce sont des outils très flexibles qui offrent la possibilité à chaque apprenant d’avancer à son rythme », estime Didier Thoumsin.
« Nous pouvons délivrer des modules de formation très courts sur smartphone ou tablette. Nous proposons également des classes virtuelles », ajoute Philippe Petit. Enfin, ces formats pédagogiques offrent la possibilité aux entreprises de réaliser des économies non négligeables, comme le souligne Bernard Gracia : « La formation en ligne permet à l’entreprise de réaliser des économies en coût complet puisqu’elle aura moins de dépenses de déplacement et d’hébergement ».
Fort de ces constats, Alstom a mis en place en avril 2017 la plateforme i-Learn, dans le cadre de son université interne Alstom University. Accessible aux 35 000 collaborateurs du groupe, ce portail connecté leur permet d’accéder à plus de 3 600 modules de formation depuis n’importe quel appareil (ordinateur, smartphone, tablette, etc.). « Les collaborateurs peuvent également créer des contenus de formation ce qui représente un atout, notamment dans les Achats où une grande partie de l’expertise est en interne », précise Franck Gaillard.

Mixer présentiel et digital


Pour autant, les personnes interrogées considèrent que le digital ne peut pas se substituer complètement aux formations en présentiel. « Je pense que les formations en e-learning doivent s’accompagner de modules en présentiel car il est compliqué d’inciter des collaborateurs à apprendre uniquement derrière un ordinateur ou une tablette. Il ne faut pas oublier que la formation reste une expérience humaine », rappelle Inès Duprat. Et Bernard Gracia de préciser : « La tendance est de délivrer les formations théoriques sur le digital puis de se consacrer à la mise en œuvre de la théorie dans les modules en présentiel ». C’est notamment le cas de Vinci Énergies, qui tend à évoluer vers des formations mixtes. « La partie théorique est en général délivrée en e-learning et le présentiel se consacre aux analyses de cas et jeux de rôle », indique Didier Thoumsin.

Un public hétérogène


Les formations intra-entreprise concernent en général un large public et proposent des modules spécifiques à chaque niveau de compétence. « La plupart des universités ou académies d’achats en interne intègrent des parcours de formation adaptés à chaque métier : acheteur, category manager, responsable achat, approvisionneur, etc. », révèle Marc Debets. De même, Fréderic Massa, directeur des achats de Naval Group, explique que : « les formations concernent l’ensemble de la population achat, d’une manière différenciée selon le besoin, qu’il s’agisse d’approfondissement des compétences sur un métier donné, ou d’acquisition de nouvelles compétences dans le cadre d’une évolution professionnelle ». Par ailleurs, Philippe Petit note que : « certaines entreprises forment également des collaborateurs qui n’évoluent pas dans les Achats mais qui sont parfois amenés à effectuer des achats simples ».

Des thématiques variées


Du côté des thématiques, les fondamentaux comme la négociation, la pratique des achats ou encore la gestion des risques restent des valeurs sûres. « Dans les années 2000, nous avions beaucoup de demandes de formation sur la négociation. La demande s’est ensuite essoufflée mais elle revient en force depuis environ deux à trois ans », remarque Marc Debets.
Pour le reste le principe reste de coller aux besoins, la tendance consistant à renforcer les compétences comportementales telles que le management, la conduite de réunion ou l’animation de réseaux séduisent également beaucoup d’entreprises. « Nous observons des thématiques émergentes comme la créativité dans les achats, le charisme de l’acheteur ou encore vendre la fonction achat », note Inès Duprat. Certaines formations abordent également des sujets d’actualité comme la loi Sapin II ou le RGPD. « Nos clients ont de plus en plus de besoins de formation dans l’accompagnement à la digitalisation des achats », pointe aussi Philippe Petit. « Aujourd’hui, les achats doivent contribuer à l’innovation. Nous observons donc des demandes pour des formations sur les collaborations avec les startups », observe de son côté Bernard Gracia.
Par ailleurs, les achats à l’international semblent attirer certains grands groupes, à l’instar d’ADP qui envisage de mettre en place à l’horizon 2020 un grand programme de formation sur cette thématique. « Le groupe investit beaucoup dans des aéroports à l’étranger, nous avons donc besoin de renforcer les compétences de certains acheteurs dans les achats à l’international », constate Dominique Étourneau, directeur des achats d’ADP (effectif achat : 110 personnes). De même, Alstom étudie actuellement la possibilité de mettre en place un parcours de formation avec une certification internationale pour les acheteurs du groupe. « Pour le moment, nous ne proposons pas ce type de formation mais il s’agit d’un projet à l’étude. Nous avons déjà rencontré des prestataires qui pourraient nous aider à développer ce projet », confie Franck Gaillard.

Professionnaliser et promouvoir la fonction


Au-delà de développer les compétences des salariés pour gagner en performance, les universités internes permettent aussi de promouvoir la fonction achat au sein de l’entreprise. « Les formations en interne contribuent à garder plus longtemps les talents car cela leur montre que l’entreprise investit dans le développement des compétences, c’est très valorisant », estime Dominique Étourneau. Et Marc Debets de préciser : « Les entreprises qui font l’effort de construire des universités internes recrutent plus facilement les collaborateurs. Cela développe leur attractivité ».
Elles offrent également la possibilité de mettre en place un langage commun au sein de la communauté d’acheteurs. « Les formations intra-entreprise permettent aux acheteurs de développer leur réseau interne. Elles développent également une cohérence dans l’équipe car les collaborateurs partagent une même vision », explique Marc Debets. Autant d’atouts qui poussent les directions des achats à développer en interne des programmes de formation sur-mesure.
Portraits

Frédéric Massa
Directeur des achats, Naval Group

" Les formations concernent l’ensemble de la population achat, d’une manière différenciée selon le besoin "



Dominique Étourneau
Directeur des achats, ADP

" Nous avons besoin de renforcer les compétences de certains acheteurs dans les achats à l’international "



Franck Gaillard
Directeur de formation, Alstom

" De manière générale, 80 % de nos formations sont délivrées par des experts en interne "



Didier Thoumsin
Directeur des achats, Vinci Énergies

" La partie théorique est en général délivrée en e-learning et le présentiel se consacre aux analyses de cas et jeux de rôle "

Par Audrey Fréel

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