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Par Guillaume Trécan

Directeurs achats

Une prime à la fidélité

Plus faible que l’an dernier le turnover concerne toujours des professionnels des achats qui font valoir leur savoir-faire d’une entreprise à l’autre, mais également beaucoup de cadres dont l’expérience des achats est variable mais qui connaissent parfaitement leur entreprise.

Entre la version 2013 du TOP250 et sa version 2014, nous avons identifié 33 nouveaux directeurs achats. C’est beaucoup moins que l’an dernier avec ses 55 nouvelles entrées et pourtant l’évolution du profil type du directeur achats, que nous relevons depuis plusieurs années, s’est poursuivie au même rythme. Elle est de deux ordres : une féminisation certes toute relative mais régulière – la proportion de femmes n’a cessé d’augmenter depuis 2010, passant de 12 % à 18,5 % à présent – et une affirmation de la classe des quinquagénaires qui, en deux ans, est passée de 31 % à 40 % du panel. La moyenne d’âge quant à elle n’a pas variée depuis deux ans et demeure à 48 ans.
La fonction réussit donc la gageure de gagner en maturité sans prendre une ride. Un phénomène qui s’explique notamment par le fait qu’elle intègre année après année du sang neuf. Tous les ans des directeurs achats récemment entrés en fonction étaient en fait déjà présents dans le recensement de l’enquête précédente, à la tête des achats d’une autre entreprise. Mais cette année près des deux tiers des directeurs achats nouvellement entrés en fonction sont réellement de nouveaux venus dans notre tableau, voire dans la fonction achats elle-même.

Des profils maisons


Il semble cette fois que dans les recrutements la prime est allée aux profils maisons, des cadres dirigeants solides et fidèles affichant souvent plus de dix années d’ancienneté dans leur entreprise. Un choix peut-être dicté par la raréfaction des recrutements externes, mais pas dénué d’intérêt pour qui veut favoriser le dialogue entre les achats et les autres fonctions.
On trouve naturellement dans cette catégorie des personnes qui ont évolué patiemment dans l’organisation achats pour finir par prendre la responsabilité d’un périmètre stratégique et enfin, passer naturellement à la vue d’ensemble. C’est le cas de Sébastien Brunel qui a pris la direction des achats du groupe Accor (n°91) en début d’année, après avoir passé 20 ans dans le groupe hôtelier, en grande partie aux achats. Il exerçait jusqu’ici les fonctions de directeur achats Amérique. Philippe Gaussorgues chez TF1 (n°153), illustre également ce type de parcours. Il travaille pour la chaîne du groupe Bouygues depuis 2000 et officiait dernièrement comme responsable achats Broadcast. Olivier Baril, le nouveau directeur des achats d’Alstom Transport (n°84), avec ses quatorze années passées dans l’entreprise, dont douze aux achats n’a rien à leur envier.

Beaucoup d’achats, un peu d’opérationnel


Chez certains de ces cadres attachés à leur entreprise on découvre parfois des personnes pour qui l’expérience acquise aux achats a été magnifiée par un passage aux opérations avant de leur permettre de prendre les rênes de la fonction. Jean-Yves Krummenacher, qui a été nommé à la direction des achats de Danone Eaux (n°120) en janvier 2014, était par exemple juste avant directeur des ventes de la filiale mexicaine de cette branche du groupe, dont il avait également été directeur du développement durable par le passé. Au total il a passé 13 ans chez Danone Eaux, dont neuf années aux achats.

Beaucoup d’opérationnel, un peu d’achats


Pour d’autres comme le nouveau directeur des achats de Lafarge, Thierry Metro, l’arrivée à la tête de la direction des achats n’intervient qu’à l’issue d’un parcours opérationnel. Chez Lafarge (n°37) depuis quinze ans, ce dernier avait exercé des responsabilités de directeur technique et directeur industriel, jusqu’à prendre la tête de la filiale Brésil, avant d’avoir à gérer entre 2012 et fin 2013 la catégorie hautement stratégique des achats de fuel. Le nouveau patron des achats du groupe Total (n°1) affiche un parcours comparable : il a pris la direction des achats groupe juste après une expérience de directeur contrat achats de la branche exploration production, à la suite d’une longue carrière dans le groupe avec des postes de responsable pays. A la tête d’un autre champion industriel, Solvay (n°59), on trouve également un profil de ce type : Kristian Saksida, dans le groupe depuis 1997, qui a quitté un poste de directeur financier d’une branche.

… voire pas d’achats du tout


Mais pour d’autres (toujours assez minoritaires) la découverte des achats se fait directement par le sommet. C’est le cas du nouveau directeur des achats de Véolia Environnement (n°25), Pascal Decary, qui était juste avant directeur général de la branche propreté du groupe, dans laquelle il avait précédemment été directeur des ressources humaines et directeur administratif et financier. Même s’il n’est pas fréquent que la direction des achats soit confiée à un opérationnel de ce niveau, d’autres exemples existent du passage de la direction générale d’une filiale à la direction des achats groupe. On trouve également dans ce cas Nexter Systems (n°232) dont le nouveau directeur des achats, Philippe Reynes était directeur général de filiale de même que le groupe de BTP Fayat (n°131), qui a placé à la tête de son GIE achats Jean-Philippe Chaubier le patron de sa filiale location et maintenance.

Mais une solide connaissance de l’entreprise


Cette catégorie des novices présente des profils assez variés dont la constante demeure une très bonne connaissance de l’entreprise et de son activité. Des qualités que l’on retrouve chez Marc Peynet, le nouveau directeur des achats de Generali (n°51), ex-directeur indemnisation dommage véhicules du groupe, chez le nouveau directeur des achats d’Aviva (n°77), Gilles Rageade, ex-directeur du contrôle budgétaire du groupe ou encore chez le nouveau directeur des achats de Volkswagen France (n°82), Laurent Bonavent, qui gérait précédemment la mission ressources humaines de la filiale française du constructeur allemand.
A contrario les personnes récemment arrivés à la tête des achats qui son des nouveaux venus dans l’entreprise sont tous dotés d’une solide expérience achats. Parmi eux beaucoup viennent de la voie royale de l’automobile, comme Martin Schuebel qui a rejoint Airbus Helicopter (n°78) après avoir effectué un parcours conséquent chez BMW, ou encore Olivier Villard qui rejoint le promoteur Bouygues Immobilier (n°152) après un poste de directeur achats matières premières chez Renault Nissan.
La forte proportion de ces directeurs achats professionnels montre à quel point la fonction s’est spécialisé, elle révèle aussi l’impossibilité pour certains directeurs achats d’évoluer à moins de le faire dans une autre entreprise que la leur.







Par Guillaume Trécan

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