Publicité
La Lettre des Achats - Avril 2004 N°116
Avril 2004

Tableau de bord

Conjoncture

Une croissance internationale soutenue en 2004

Par François Le Roux

Une croissance internationale soutenue en 2004

La reprise internationale se confirme. La croissance du PIB mondial devrait ainsi dépasser les 4 % en 2004, tirée principalement par les États-Unis et l’Asie. À l’opposé, les perspectives de la zone euro restent peu encourageantes, après une année 2003 difficile. Sur le Vieux Continent, les gains de productivité restent faibles, voire nuls, et les déficits publics élevés. Dans les prochains mois, la baisse du dollar risque en outre de se poursuivre, alimentée par le bas niveau des taux d’intérêt américains, ce qui devrait un peu plus peser sur les exportations européennes. À l’approche de la période estivale, il faudra aussi surveiller l’impact de la menace terroriste, après les attentats de Madrid.

Le Japon, l’autre moteur de la croissance asiatique

Si la Chine étonne par la vigueur de sa croissance, la belle santé asiatique se caractérise aussi par la reprise de l’économie japonaise. Après dix longues années de disette, les entreprises de l’Archipel revivent. Le recul du nombre de faillites, entamé en septembre 2003, s’est poursuivi en février avec une baisse de 23,8 % sur un an à 1 028 cas. La dernière enquête du ministère des Finances souligne ce regain de confiances des patrons des grandes entreprises nipponnes : ils anticipent une bonne progression de leurs perspectives d’activité pour le deuxième trimestre 2004. Mais surtout, l’investissement s’envole, avec une progression de plus de 5,1 % au dernier trimestre 2003 par rapport au précédent. Dans le secteur manufacturier, la hausse est même de 15 %. Les consommateurs japonais ont aussi retrouvé le sourire, les dépenses des ménages ayant progressé de 1,3 % en janvier sur un an. Du côté des petits dragons, les signaux sont également au vert. La Thaïlande affiche une forte croissance (+ 6,2 %) sans nuages en 2003, l’inflation restant sous contrôle. Les prix à la consommation n’ont progressé que de 0,9 % en décembre, enregistrant même une décrue de 0,1 % hors produits alimentaires et énergie.

Une croissance sans emploi aux États-Unis

Principal moteur de la croissance internationale, les États-Unis créent paradoxalement très peu d’emplois. Les chiffres de février ont d’ailleurs été accueillis comme une véritable douche froide. Le nombre de créations nettes d’emplois s’est limitée à 21 000 selon le département du Travail. Un chiffre très éloigné des pronostics des économistes qui tablaient sur 125 000 nouveaux postes. Les statistiques de l’emploi de janvier et décembre ont en outre été révisées à la baisse. Les créations nettes d’emplois en janvier n’ont été que de 97 000 et non pas de 112 000 comme prévu initialement. Celles de décembre ont été révisées de 16 000 à 8 000. Il est d’ailleurs à noter que la confiance des consommateurs, mesurée par l'indice de l'université du Michigan, a baissé pour le deuxième mois consécutif en mars. Si, le recul est modeste de 94,4 à 94,1 de février à mars, il intervient après la chute brutale de 103,8 à 94,4 de janvier à février. Mais la machine américaine continue malgré tout d’afficher son dynamisme. Les ventes de détail ont ainsi rebondi de 0,6 % sur un mois en février, principalement grâce à la hausse de 2,7 % des achats d'automobiles soutenus par une politique commerciale très agressive des concessionnaires (financement à taux zéro et autres rabais). Sur un an, les ventes de détail progressent sensiblement : la hausse est de 7,9 % et de 7,6 % hors automobile. Enfin, la production industrielle a augmenté de 0,7 % en février, après un gain de 0,8 % en janvier. Sur un an, la hausse est de 2,7 %, le taux d’utilisation des capacités de production étant remonté de 76,1 % à 76,6 %.

Reprise molle dans la zone euro

La conjoncture dans la zone euro demeure fragile. La reprise industrielle reste en particulier hésitante. La production s’est repliée de 0,4 % en janvier, après une hausse de seulement 0,1 % en décembre. Sur un an, l’indice progresse toutefois de 0,6 %, après un gain de 2,2 %. Mais le véritable sujet de préoccupation demeure l’ampleur des déficits publics. Pour la troisième année consécutive, ils ont progressé pour atteindre 2,7 % du PIB en 2003, après 2,3 % en 2002 et 1,6 % en 2001. Sous la houlette des mauvais élèves comme la France (4,1 % de déficit du PIB en 2003), la dette publique culmine ainsi à 70,4 % du PIB contre 69,2 % en 2002. Petit motif de satisfaction, l’inflation a nettement ralenti, avec une hausse de 1,6 % en février sur un an (un plus bas depuis novembre 1999), après 1,9 % en janvier. Dans ces conditions, la Banque centrale n’a plus de raison de retarder un assouplissement de sa politique monétaire pour soutenir une croissance chancelante que les attentats de Madrid pourraient fragiliser un peu plus.

Le chômage continue de grimper en Allemagne

Outre-Rhin, le marché de l’emploi montre toujours des signes de déprime. Le taux de chômage est ressorti à 10,3 % en février contre 10,2 % en janvier, le nombre de demandeurs d’emploi ayant progressé de 26 000, soit la cinquième hausse consécutive. En décembre dernier, 2 000 emplois avaient été détruits, soit un total de 172 000 sur 2003. Les chiffres de la production industrielle montrent de fait un visage contrasté. Car si la production manufacturière a progressé de 0,7 % en janvier par rapport au mois précédent, pour le quatrième mois consécutif, la production industrielle dans son ensemble a reculé de 0,1 % sur la même période, le secteur de la construction (- 7,4 %) ayant été pénalisé par de mauvaises conditions climatiques.

Une croissance décevante en Italie

La publication des chiffres de la croissance pour le quatrième trimestre 2003 a réservé une mauvaise surprise en Italie. Après un rebond au troisième trimestre, la croissance a été nulle en fin d’année, la progression n’étant que de 0,1 % en glissement annuel. Mais surtout, l'ensemble des composantes de la demande interne s’est replié, à l'exception d'une timide hausse de 0,1 % de l'investissement immobilier et d'une stagnation de la consommation publique. La croissance reste donc largement déséquilibrée, la constitution de stocks ayant été son seul véritable moteur. Le solde du commerce extérieur a en outre viré au rouge. Il est passé d’un excédent de 206 millions d’euros fin décembre à un déficit de 351 millions en janvier. À la lueur de ces chiffres, il apparaît que l’euro fort pénalise lourdement les échanges commerciaux transalpins.

L’impact des attentats en Espagne

Le dynamisme de la croissance espagnole tient en grande partie à celui du secteur tertiaire, avec en tête le tourisme et l’hôtellerie. Avec les attentats de Madrid, la crainte de nouvelles actions terroristes risquent de perdurer dans la péninsule ibérique. Le gouvernement sera sans aucun doute très attentif à la saison touristique sur le point de s’ouvrir. La confiance des ménages pourrait être affectée à court terme par ces événements, avec de possibles répercussions sur la consommation. À ce titre, il convient de rappeler que les ventes de détail ont progressé en janvier de 4,4 % sur un an après une progression de 7 % en décembre, un ralentissement lié au recul des ventes de produits alimentaires. La production industrielle a pour sa part montré de réels signes de faiblesse. Elle a reculé de 0,8 % en janvier, après avoir progressé de 1,4 % en 2003. Cette première baisse depuis août 2002 provient essentiellement du recul de la production de biens de consommation (- 2,6 %) et de celle de biens d’équipement (- 0,1 %).

Des industriels prudents en France

Le moral des industriels français s’est légèrement amélioré ces derniers mois selon l’Insee, reflétant la bonne orientation de la production industrielle. Les commandes industrielles se sont toutefois repliées pour le deuxième mois consécutif, la demande étrangère s’étant infléchie sous l’impact de l’appréciation de l’euro. L’activité des services a pour sa part confirmé sa bonne santé. Elle serait même en « forte expansion » dans l’Hexagone selon l’enquête CDAF-Reuters, confirmant l’embellie du secteur depuis maintenant trois ans. La consommation des ménages a aussi agréablement surpris. Après un mois de décembre décevant, les ventes de détail ont sensiblement progressé en janvier, avec une hausse de 2 % sur le mois. Cette embellie pourrait se confirmer au regard de l’enquête de confiance des ménages de février. Pour la première fois depuis un an, l’indice de confiance des consommateurs est en effet reparti à la hausse, les ménages français anticipant une légère amélioration de leur situation financière. Reste à savoir si les attentats de Madrid n’engendreront pas un nouveau retour à la morosité, comme il y a un an avec le conflit irakien. Enfin, les exportations ont profité du rebond de la croissance internationale au second semestre 2003. Elles ont progressé de 3,9 % en janvier en glissement annuel, après une hausse de 3,6 % le mois précédent.

Productivité  Les États-Unis toujours en tête
Sur la décennie 90, la productivité des États-Unis s’est accélérée alors que sur la même période, elle ralentissait en Europe et en France, selon la Banque de France. Elle confirme l’arrêt du processus de rattrapage observé au cours des décennies précédentes, les pays européens et le Japon ayant alors comblé une partie de leur retard par rapport au niveau moyen de la productivité du travail des Américains. Pour expliquer ce retournement, plusieurs causes sont avancées, parmi lesquelles le rôle de la production et de la diffusion des technologies de l’information et de la communication (TIC) aux États-Unis ainsi que le déploiement de vastes programmes « d’enrichissement de la croissance en emplois » en Europe. Dans le cas de la France, ce dernier élément constitue une critique à peine voilée de l’instauration des 35 heures, cause, selon la Banque de France, d’une perte de productivité de l’industrie française.

Achats informatiques   La prudence avant tout
Les dépenses des entreprises en technologies de l’information (IT) devraient progresser de 1,4 % en 2004, selon l’enquête du cabinet d’études Gartner publiée le 9 mars dernier. Des chiffres qui soulignent la grande prudence du millier de directeurs informatiques interrogés à travers le monde. Ils expliquent ne pas prévoir une hausse de leurs dépenses avant de réellement percevoir une reprise de l’activité. Plus de 40 % des personnes interrogées anticipent toutefois que cette reprise aura lieu au second semestre 2004. Il ressort aussi de cette étude que les priorités de ces directeurs informatiques restent la sécurité, les coûts opérationnels et la protection des données.

Argentine   Un nouvel accord avec le FMI
Le 9 mars, l’Argentine a accepté in extremis le remboursement des 3,1 milliards de dollars que le pays devait au FMI. Buenos Aires a longtemps menacé de ne pas honorer cette échéance si le pays n'avait pas la certitude que le conseil d'administration du fonds approuverait la deuxième révision de l'accord stand-by. En septembre, un accord avait en effet permis à l'Argentine d'obtenir le rééchelonnement de 21,6 milliards de dollars dus aux institutions de financement multilatérales au cours des trois années à venir. Le pays devra seulement payer les intérêts échus au cours de cette période. Parallèlement, le gouvernement a accepté, pour la première fois, la mention d’un calendrier de restructuration de la part privée de sa dette, soit quelque 100 milliards de dollars. L’Argentine a de fait renoué avec le cercle vertueux de la reprise : l'économie a enregistré en 2003 sa première année de croissance depuis quatre ans, avec une augmentation de 8,7 % du produit intérieur brut (PIB), a annoncé le 17 mars dernier le ministère de l'Économie. Sur le seul quatrième trimestre 2003, le rythme annuel de croissance s'est ainsi établi à 11,3 %. Une performance d’autant plus remarquable que le PIB avait chuté de près de 20 % au cours des quatre années précédentes, avec notamment une contraction de 10,9 % en 2002, année de crise où le gouvernement avait été obligé de dévaluer le peso et de se déclarer en défaut sur sa dette.

Par François Le Roux

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°291 - Mars 2020

Le catalogue

Le catalogue Silex

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play