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La Lettre des Achats - Février 2020 N°290
Février 2020

Marchés

Conjoncture

Devises : un euro un peu moins compétitif en 2020

Un euro un peu moins compétitif en 2020

Kevin Thozet - Portfolio advisor au sein du comité d’investissement - Carmignac
« Le dollar devrait reculer en 2020 »

Par François Le Roux

Un euro un peu moins compétitif en 2020

En 2020, les marchés des changes seront dominés par le repli anticipé du dollar. La volatilité des devises devrait toutefois être limitée, même si des soubresauts ne sont pas exclus au gré des tensions géopolitiques ou des élections américaines de novembre.

Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ont dominé l’essentiel des gros titres de 2019. Ce bras de fer n’a pas épargné l’Europe. Durant la période estivale, Donald Trump avait qualifié de déloyale la politique de la BCE, en évoquant une sous-évaluation de l’euro et une surévaluation du dollar, dommageable aux exportations américaines. En pleine guerre commerciale, les craintes de voir le conflit se transformer en guerre des changes étaient brusquement montées d’un cran. Depuis, les États-Unis ont amorcé le début de la fin de la guerre commerciale sino-américaine, en définissant les lignes d’un accord de « phase 1 ». Début 2019, la Fed a par ailleurs renoué avec les baisses de taux, contribuant à la détente du billet vert face à l’euro.
Dans un climat de croissance mondiale atone, un cycle de dépréciation des devises pourrait néanmoins dominer en 2020. Loin d’être alimenté par des dévaluations compétitives, ce repli des devises sera en réalité le reflet de politiques monétaires toujours plus accommodantes. Plus d’une trentaine de banques centrales à travers le monde se sont engagées dans l’assouplissement de leurs taux directeurs.

Un dollar moins dominateur


Le billet vert ne devrait pas échapper à ce repli. « Le dollar est resté fort en 2019, mais devrait finalement avoir atteint un pic » résume Nannette Hechler-Fayd’herbe, directrice de la recherche économique au Crédit Suisse. Le ralentissement de la croissance américaine contribuera sans aucun doute à la baisse du billet vert, sans oublier les incertitudes autour des élections présidentielles de novembre prochain, même si républicains et démocrates s’accordent sur un dollar fort. Pénalisé par des rendements en repli, dans le sillage des nouvelles baisses attendues des taux de la Fed, le dollar jouira d’un moindre pouvoir d’attraction aux yeux des investisseurs internationaux contrairement à ces dernières années.
Le yen et le franc suisse devraient rester les principales devises refuges. Après la frappe américaine qui a tué le général iranien Soleimani début janvier, la devise japonaise a bondi à un plus haut de deux mois face au dollar tandis que la monnaie suisse a inscrit un sommet de quatre mois. La persistance prévisible des tensions géopolitiques devrait soutenir ces deux devises en 2020, en particulier le yen considéré comme sous-évalué. D’autant que la banque du Japon ne devrait pas assouplir sa politique monétaire cette année contrairement à son homologue suisse.

Stabilité globale des devises émergentes


Concernant l’euro, les cambistes tablent sur une légère remontée dans les six à neuf mois prochains, alors que la monnaie unique reste très survendue et sous-évaluée. Mais la faiblesse de la croissance en Europe et l’absence d’inflation contribueront à limiter ce mouvement de hausse. « La perception d’un risque de "japonisation" de la zone euro par les marchés devrait limiter l’appréciation de l’euro à long terme » résument les économistes du Crédit Agricole dans leur Scénario macroéconomique 2020-2021.
Toujours en Europe, la livre sterling focalisera aussi toutes les attentions. La diminution du risque de Brexit sans accord devrait soutenir la devise britannique et en faire la monnaie la plus performante du G10 en 2020. Son parcours pourrait s’accompagner d’une forte volatilité, à moins que Londres parvienne à signer un accord commercial satisfaisant en particulier pour son secteur des services et si la croissance britannique résiste.
Les devises émergentes devraient en moyenne demeurer assez stables en 2020 par rapport au dollar. Les devises asiatiques resteront en revanche sous la pression du yuan, la devise chinoise étant susceptible de se dévaluer si la santé économique de l’Empire du milieu faiblit. Les experts du Crédit Agricole table sur un dollar à 7,25 yuans au troisième trimestre 2020. Plus généralement, le bath thaïlandais, le rand sud-africain, le peso mexicain, la livre turque et dans une moindre mesure la roupie indienne sont selon les cambistes les devises les plus fragiles, susceptibles de se déprécier en 2020.

Par François Le Roux

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