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La Lettre des Achats - Janvier 2014 N°223
Janvier 2014

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Safran Supplier Day
Safran ouvre son plan de vol à ses fournisseurs

Forum du collaboratif Peak
Vers des champions de la collaboration clients fournisseurs

Par Guillaume Trécan

Safran Supplier Day

Safran ouvre son plan de vol à ses fournisseurs

Un an après sa première convention acheteur, le groupe d’aéronautique et de défense a réuni plus de 200 fournisseurs à Paris fin novembre pour leur détailler ses exigences et promettre des pistes d’aménagement dans son propre fonctionnement.

Le groupe Safran (1 200 personnes aux achats pour 7,9 milliards d’euros d’achats) a réuni 420 personnes représentant 230 entreprises fournisseurs dans l’auditorium du Palais Brongniart à Paris fin novembre. Un peu moins de 200 cadres dirigeants étaient également présents, dont le premier d’entre eux, le PDG Jean-Paul Herteman, monté sur scène en début de journée à l’invitation du directeur des achats, Xavier Dessemond, pour évoquer le bulletin météo du groupe et de sa supply chain : « beau temps et vents porteurs »… Ce qui dans le détail n’exclue toutefois pas certaines turbulences.
A commencer par celles que rencontre le marché de la Défense en Europe et en Amérique du Nord. « Il y a toujours un marché de Défense, mais son centre de gravité a basculé plutôt du côté des pays émergents », a nuancé le PDG. L’incitation à l’internationalisation lancée par le management du groupe ne s’est d’ailleurs par limitée au seul marché de la Défense. « Nous devons nous implanter dans ces pays et nous encourageons nos fournisseurs à nous suivre », a lancé Jean-Paul Herteman, égrenant une liste de pays : la Chine (deuxième acheteur d’avions au monde), le Brésil, l’Inde (marquée par de fortes obligations d’offset), le Mexique (où le groupe envisage de passer de 100 millions d’euros d’achats aujourd’hui à 180 millions d’euros dans deux ans) et enfin le Maroc.

Des défis technologiques


Mais le principal défi lancé aux chefs d’entreprise présents dans la salle, à grand renfort de vidéos futuristes, était évidemment technologique. « Le trafic aérien sera peut-être multiplié par deux, mais à condition que la consommation de carburant soit, elle-aussi, divisée par deux dans le même temps », a ainsi noté Jean-Paul Herteman. Nécessité d’alléger les produits, intégration du composite, montée en puissance de l’alimentation électrique… autant d’objectifs qui exigent de la supply chain de l’aéronautique efforts de R&D et renouvellements industriels.
Tout au long de cette journée, les partons d’achats des différentes sociétés de ce groupe* se sont succédés pour détailler leurs attentes. La qualité et fiabilité tout d’abord, particulièrement mises à l’épreuve par les rythmes élevés de livraison imposés par les avionneurs et les compagnies aériennes. « La qualité et la fiabilité sont cruciales. Ce sont des facteurs de succès qui ont fait qu’aujourd’hui nous sommes capables d’investir », a rappelé Jean-Paul Herteman. Pour permettre à ses fournisseurs de satisfaire au degré d’excellence qu’il attend d’eux dans le cadre du projet LEAP, Snecma a mis en place un dispositif de plans de développement baptisé LS2R (Leap Supplier Rate Readiness). A ce jour une soixantaine de fournisseurs a été impliquée dans ses plans de développement pour 150 concernés.
Concernant le respect des délais, le PDG du groupe a rappelé qu’il ne s’agit pas simplement d’un impératif vis-à-vis des clients, mais aussi d’un outil indispensable de gestion du cash. « Nos meilleurs banques sont nos ateliers », a-t-il ainsi résumé.

Exigences économiques en chaine


Même quand ont veut distiller de l’enthousiasme, il reste difficile d’évoquer la qualité et les délais, sans parler des coûts. A plus forte raison dans une industrie d’oligopoles où, comme l’a souligné le dirigeant, les barrières d’entrée sont fortes. « La stratégie du groupe fondée sur la différenciation fonctionne. Mais ne vous faites pas d’illusion : on gagne par la technique uniquement au prix du marché, sachant qu’en plus, le prix du marché est en dollars », a relevé le président du groupe. Un message relayé un peu plus tard par Henri Koffel, directeur des achats de Messier Bugatti Dowty, qui a souligné que cet effort est également partagé : « Beaucoup d’entre vous sont confrontés à la pression des acheteurs. Nous évoluons dans un contexte où les grands avionneurs vont de plan d’optimisation des coûts en plan d’optimisation des coûts [ref. Partnering for success de Boeing et Power 8 d’Airbus, Ndlr.]. L’ensemble de ces programmes sont notre pain quotidien chez Safran ».
Cette question de la performance économique a toutefois été replacée sur le terrain de la valeur. Le directeur des achats de Sagem, Thierry Haud rappelant notamment : « 70 à 80 % de la valeur d’un produit est figée dès la conception. Il est donc de notre responsabilité de vous intégrer à bord, comme il est de votre responsabilité d’être force de proposition ». « Nous devons, ensemble franchir un saut quantitatif dans notre capacité à faire de l’innovation partagée », a au préalable avancé Jean-Paul Herteman, citant en exemple le partenariat entre Snecma et Albany pour la production des aubes de soufflantes en composite du LEAP.

Un PDG garant de la confiance


Ces projets sont évidemment impossibles à mener à bien sans confiance, en particulier sur des questions aussi délicates que le partage de propriété intellectuelle. Un sujet nécessitant de la part des acheteurs – et à plus forte raison de leurs managers – un changement d’objectifs, voire d’attitude, ce que le parton du groupe a choisi d'aborder avec humour, en invitant les chefs d'entreprises mécontents de l'approche indélicates de certains acheteurs à faire appel à lui ou au DG adjoint Marc Ventre.
Outre ce message de soutien, les dirigeants de Safran ont également affiché leur détermination à dépasser leurs propres limites sur cette question. Ainsi le directeur des achats de Turbomeca, Frédéric Rascouaille, reconnaissant que « cela nécessite un profond changement de culture. Safran à l’innovation dans son ADN, mais souffre encore parfois du syndrôme not invented here ». Ce dernier a tracé sur ce point une feuille de route claire : des contrats de partenariats précisant les contributions respectives, des relations positionnées sur des perspectives de long terme, des « tech days » en commun et des visites croisées, des opérations de design to cost en impliquant les fournisseurs le plus en amont possible.
« Ce qui fonctionne bien, c’est l’innovation poussée. Nous vous présentons nos besoins et vous nous présenter des solutions qui y répondent. Mais nous devons désormais être plus à l’écoute des innovations de sociétés qui ne travaillent pas avec Safran, a pour sa part promis Xavier Dessemond, qui assorti cette perspective d’un autre défi : réduire la complexité du groupe.

*Jean-Claude Sébastien, directeur des achats de Morpho ; Thierry Haud, directeur des achats de Sagem ; Etienne Galan directeur des achats de Snecma, Frederic Rascouaille, directeur des achats de Turbomeca ; et Henri Koffel, directeur des achats de Messier-Bugatti-Dowty.



Les fournisseurs évaluent leur client
Le groupe a présenté une enquête de satisfaction menée auprès de 466 de ses fournisseurs avec un taux de retour de 43 %. Il en ressort quelques sujets à travailler pour Safran, qui constate par exemple une méconnaissance de l’importance réelle de Messier-Bugatti-Dowty et des activités du groupe liées à la sécurité, ainsi que la difficulté pour les fournisseurs d’une filiale de se faire connaître par les autres. Les fournisseurs ont également été interrogés sur la qualité de leur relation avec Safran par rapport à leurs autres clients. Elle est globalement jugée meilleure et plus particulièrement sur trois chapitres : la performance du management (79 % mieux ou beaucoup mieux), la gestion du relationnel (77 % mieux ou beaucoup mieux) et l’approche des questions de qualité (77 % mieux ou beaucoup mieux). La négociation apparait en revanche comme le point

Par Guillaume Trécan

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