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La Lettre des Achats - Novembre 2019 N°287
Novembre 2019

Marchés

Conjoncture

Coût du travail : Recomposition en cours

Coût du travail
Recomposition en cours

Témoignage

Paola Monperrus Veroni, Economiste Zone euro
« Le coût du travail direct compte pour 20 à 25 % de la compétitivité prix  »

Par François Le Roux

Coût du travail

Recomposition en cours

Malgré de fortes variations entre pays, les coûts de la main-d’œuvre commencent graduellement à converger au niveau européen, voire international. Déjà soumises à la montée des barrières tarifaires, les entreprises doivent intégrer cette recomposition des coûts salariaux dans leur chaîne de valeur à l’échelle du globe.

Sur tous les continents les entreprises sont confrontées à des problèmes de compétitivité exacerbés par la concurrence des pays à bas coûts. Au manque de productivité de leurs sites les plus anciens se conjugue dans bien des cas des coûts de main-d’œuvre élevés ou en tout cas supérieurs aux standards internationaux. Michelin vient ainsi d’annoncer la fermeture d’ici 2020 de ses usines de Bamberg en Allemagne et de La Roche-sur-Yon en Vendée. Outre-Atlantique, 50 000 employés américains de GM ont engagé une grève de plusieurs semaines pour bénéficier de revalorisations salariales. La direction est jusqu’ici demeurée inflexible, expliquant que le coût horaire moyen dans ses usines est de 63 dollars aux États-Unis contre 50 dollars pour ses concurrents, ceux-ci faisant plus largement appel au travail temporaire.

La Chine n’est plus un eldorado

En Asie, même la Chine semble perdre son avantage concurrentiel en tant qu’atelier du monde. Samsung a indiqué engager le déplacement de la fabrication de la totalité de ses téléphones mobiles au Vietnam. De même, Sony a annoncé la fermeture de son usine de smartphones chinoise et leur production uniquement en Thaïlande. Apple n’a pour sa part pas caché avoir réfléchi à de nouveaux sites de production hors de Chine, même s’il y fabrique encore d’importantes quantités de produits.
De fait, les salaires mensuels médians de la Chine ont sensiblement progressé ces dernières années. À Shanghai, le salaire mensuel médian s’établit désormais à 1 135 dollars, tandis qu’il s’élève à 983 dollars à Beijing et 938 dollars à Shenzen. Ces niveaux sont comparables avec les salaires pratiqués en Europe de l’Est, le salaire mensuel médian étant de 887 dollars en Croatie, 1 139 dollars en République tchèque et 1 256 dollars en Estonie.

Une hausse du coût du travail modérée en Europe

Faute d’une activité économique soutenue, les coûts de main-d’œuvre en Europe affichent pour leur part une évolution en demi-teinte. Dans l’Union Européenne, les coûts des salaires et traitements horaires ont progressé de 3,1 % et les coûts non salariaux de 3 % au deuxième trimestre 2019, selon Eurostat. Les coûts de main-d’œuvre ont en particulier augmenté de 2,5 % dans l’industrie, de 3,1 % dans la construction et de 3,3 % dans les services ainsi que l’économie non marchande. Dans la seule zone euro, les coûts des salaires & traitements horaires ont seulement progressé de 2,7 % et les coûts non salariaux de 2,9 % au deuxième trimestre 2019 sur un an.
Avec un coût horaire de 36,50 euros, la France se situe ainsi au cinquième rang, juste devant l’Allemagne. À titre de comparaison, la moyenne des 28 pays de l’Union européenne est de 26,60 euros. Parmi les six pays où le coût est le plus élevé figurent le Danemark, le Luxembourg, la Belgique, la Suède, la France et l’Allemagne, avec une heure travaillée dépassant dans tous les cas les 35 euros, pour un sommet de 43,50 euros au Danemark.

Les coûts de main-d’œuvre convergent dans l’UE

Si de fortes disparités persistent au sein de l’Union européenne, avec un coût de la main-d’œuvre de moins de 10 euros en Hongrie, Pologne, Lettonie, Lituanie, Roumanie et Bulgarie, ils tendent tout de même graduellement à converger avec ceux de l’Europe occidentale. Les pays qui affichent les hausses annuelles les plus importantes pour le deuxième trimestre 2019 sont en effet la Roumanie, avec une progression de 12,4 % et la Slovaquie avec une hausse de 10,6 %. Dans le même temps, les coûts salariaux en Allemagne ont augmenté de 3,2 % et de 2 % en France.
Avec historiquement des coûts du travail plus élevés que l’Allemagne, la France tend également ces dernières années à réduire l’écart face à son concurrent germanique. Deux facteurs récents ont favorisé la France. D’un côté, la progression salariale a été forte outre-Rhin, tirée par la faiblesse du taux de chômage, et de l’autre, les entreprises françaises ont bénéficié de l’impact positif du CICE et de sa transformation en baisse de charges qui joue positivement sur le coût du travail.

Par François Le Roux

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