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La Lettre des Achats - Mars 2014 N°225
Mars 2014

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Chronique

Quelle dose de vérité pouvons-nous supporter ?*

Par Patrick Chabannes

Quelle dose de vérité pouvons-nous supporter ?*

Ambitieux et prudents, les logiciels d’e-sourcing adressent aux acheteurs opérationnels, aux responsables de catégorie, et au directeur des achats, des messages bien différents et autant de promesses de ROI. Et si la source des succès et des échecs du e-sourcing tenait à la confusion entretenue entre ces attentes, alliées pour décider, opposées pour se déployer ?

À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.
George Orwell dans « 1984 ».



Les logiciels d’e-sourcing ont longtemps progressé au bénéfice des acheteurs opérationnels : fin de la pénible limitation du poids des documents attachés, suivi des réponses fournisseurs au fil de l’eau, promesse de collaboration avec les clients internes, analyses d’offres automatisées et simplification du reporting devaient apporter un gain de productivité personnel, calculé à hauteur de 15 % par toutes les études sérieuses.

Des limites ergonomiques et fonctionnelles


Aujourd’hui, la construction de grilles de prix nécessite toujours une bonne maitrise de l’outil logiciel. Certes, les demandes de prix récurrentes sont simplifiées, mais la gestion des structures de décomposition de prix et autres calculs de coût total (TCO) peine à convaincre. Les analyses de prix issues de trop rares grilles n’atteignent pas la souplesse et le détail des résultats obtenus à l’aide d’un tableur. Or, sans création de grilles, pas de données de cotation, et sans données, pas de processus continu non plus ! Le hiatus entre la vision managériale et l’outil de productivité personnel s’accroît.

Extension du processus achats


En fait, le suivi de la performance économique et des leviers achats retient davantage l’attention du management achat et donc concentre les évolutions proposées par les éditeurs de leurs logiciels. Du même coup, les développements nécessaires à la productivité personnelle des acheteurs tardent. Les directions achats poussent les éditeurs e-sourcing à développer de nouveaux modules : la gestion des fournisseurs, la gestion des contrats sans parler du e-procurement. Le processus achat s’étend de plus en plus. Dès lors, les projets d’e-sourcing se déploient auprès de tous les acheteurs, mais la gestion de stratégies achats par catégorie ou encore l’amélioration des fonctionnalités pour les utilisateurs, voire tout simplement l’ergonomie générale de l’outil, sont laissées sans amélioration depuis plusieurs années.

Outillage désordonné de nouvelles familles


Toutefois, le type d’achats traités par des opérationnels de plus en plus compétents tend aussi à augmenter. Ainsi, alors que les éditeurs généralistes négligent de proposer une verticalisation fonctionnelle, de nouvelles solutions apparaissent. Issues bien souvent de professionnels des achats ou du conseil, elles concernent notamment l’énergie, le transport, la téléphonie, les immobilisations, l’interim,... Les achats directs ne sont pas oubliés. Des éditeurs de PLM, d’ERP voire là encore des éditeurs plus spécialisés proposent eux aussi des modules d’e-sourcing, sans besoin d’interfaces, capables de traiter efficacement la gestion de composants ou les variations des BOM (Bill Of Material).

La check list de l’e-sourceur


Ne faudrait-il pas plus d’une solution e-sourcing à une équipe achat ? Dans ce cas, il y a cinq points clés à considérer pour choisir votre (vos) future(s) solution(s) : Tout d’abord, le seul indicateur de performance (KPI) doit être le taux d’adoption. Pensez ensuite à des tableaux de bord pour le management de vos équipes comme des clients internes. Puis étudiez soigneusement les besoins de productivité personnelle des acheteurs. Après cela, mettez-vous à la place du client interne collaborant avec vos équipes. Et pour finir, voyez quelles fonctionnalités vous pourriez mettre à la disposition des gestionnaires de catégorie.
Faute de quoi, l’e-sourcing pourrait courir le risque de ne devenir plus qu’une solution de déclaration de la performance économique… Dès lors, son prix total ne deviendrait-il pas hors de proportion par rapport à sa valeur ajoutée ?

* Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir, Premier Livre
pchabannes@cyrenac.com

Par Patrick Chabannes

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