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La Lettre des Achats - Juillet - Août 2019 N°284
Juillet - Août 2019

Management

Dossier

Formation achats : Faites grandir les talents !

Universités achats, un modèle qui se renouvelle

Zoom sur quatre parcours de formation

Les jeux ont le vent en poupe

Hauts potentiels… confidentiels

Témoignages

Caroline Dépalle - Directrice compétences et écoles métiers achats et supply chain - Orange
« Les formations permettent de rendre plus attractive la fonction achat »

Dominique Laurent - Vice-président des ressources humaines France - Schneider Electric
« Nous analysons l’ensemble des talents achats à fort potentiel »

Par Véronique Pierron

Les jeux ont le vent en poupe

Rire et jouer seraient-ils la clé de l’apprentissage ? C’est en tous les cas ce que l’on pense. « Au cours de ma carrière, j’ai participé à de nombreuses formations acheteurs souvent trop longues et rébarbatives en raison de leur présentation par PowerPoint », explique une acheteuse du ministère des armées (tenue par sa hiérarchie de garder l’anonymat) qui a co-créé sur son temps libre en 2017, un serious game baptisé « Le Jeu De La Commande Publique » pour former les stagiaires aux achats.
Cousin du Jeu de l’Oie car construit autour d’un parcours sur lequel les participants avancent à l’aide de dés, de cartes d’instructions et de jetons euros, le jeu parcoure toutes les étapes du marché public : sourcing, besoin, commande, facture etc… « L’objectif était de dédramatiser la commande publique qui peut à bien des égards, paraître complexe », explique cette acheteuse anonyme. Le succès est au rendez-vous puisque le serious game entre dans les formations des acheteurs du ministère des armées mais aussi du ministère de l’intérieur, de Pôle Emploi et de l’Institut Curie. De plus, les deux créateurs du jeu viennent de signer avec la société de formation nantaise Excellianz, un contrat pour commercialiser des formations achats basées sur la méthode pédagogique du jeu.
Cette réussite n’est pas un cas isolé car le marché des serious games ou jeux sérieux, continue sa progression dans les formations professionnelles. Ils prennent la forme de jeux de rôle, de carte ou de plateau de type Jeu de l’Oie ou Monopoly, ils sont ludiques et surtout intelligents car ils permettent un véritable échange. Selon un rapport publié par Allied Market Research en 2017, le marché des serious games, évalué à 2,7 milliards de dollars en 2016, devrait dépasser les 9 milliards de dollars d’ici 2023, avec un taux de croissance annuel de 19,2 % entre 2017 et 2023.

Risques, fournisseurs, coûts… Les achats au cœur des jeux


Dans l’univers de ces serious games, les achats ont le vent en poupe. Les pédagogues estiment en général qu’ils répondent à six objectifs principaux : stimuler l’esprit, booster l’estime de soi, se projeter sur le monde réel, évaluer rapidement le potentiel, apprendre par la collaboration et faciliter l’acquisition des compétences non-techniques. CDAF formation, spécialisé dans les formations diplômantes en achats pour professionnels et étudiants, s’est emparé de cet outil pédagogique à travers la création de huit jeux sérieux balayant l’univers des achats. De même que les jeux créés concernent aussi bien les nouvelles recrues que les acheteurs plus aguerris qui ont besoin de se perfectionner sur certains aspects comme la stratégie. « Profession Acheteur » par exemple, est un jeu de plateau qui permet aux débutants de découvrir le métier d’acheteur, son rôle, les étapes de l’acte d’achat et les principales problématiques qu’il suppose. Un jeu déjà utilisé dans les formations du groupe La Poste.
Dans les formations traditionnelles, les collaborateurs écoutent les exposés qui les guident tout au long d’une tâche. Or, ces informations ne sont réellement appliquées que lorsqu’elles entrent sur le lieu de travail. Bref, ce « temps mort » entre la formation et le retour au travail favorise l’oubli. L’une des grandes vertus des jeux sérieux est cette possibilité donnée aux participants de mettre immédiatement en pratique toutes ces connaissances, minimisant ainsi la courbe d’oubli. « L’implication et la motivation sont les deux éléments qui permettent à la formation professionnelle de prendre un nouveau départ d’autant plus que le jeu entraîne des capacités à mémoriser, souligne Olivier Monin, directeur du développement commercial chez CDAF Formation. Il précise encore : « Le jeu va apporter un ancrage dans le monde réel car il s’appuie sur des situations concrètes dans lesquelles tout le monde participe ».

Plonger les stagiaires dans des situations réelles


Pour les professionnels plus aguerris, « Le Juste Besoin » est un jeu qui a pour objectif de mettre en application une démarche d’analyse fonctionnelle de l’achat en partant des besoins du client jusqu’à une solution valorisée. « Grâce aux outils d’analyse du besoin et aux 50 références fournisseurs à leur disposition, les joueurs vont réaliser un cahier des charges fonctionnels et déterminer un coût global », explique Ronan Hascoët, directeur pédagogique chez CDAF Formation. Les tâches qui impliquent de nombreuses étapes ou compétences sont difficiles à couvrir en utilisant du texte seul. Les jeux sérieux permettent aux acheteurs d’explorer chaque aspect d’une tâche ou d’un sujet de manière amusante et interactive. Ils peuvent pratiquer toutes les étapes et développer les compétences nécessaires en progressant dans les niveaux.
C’est le cas par exemple du jeu « Profession Achats ». « L’idée est de faire voyager les participants en 2050 mais sur des problématiques actuelles, explique Ronan Hascoët. Nous envoyons nos participants dans une PME où ils vont devoir créer une direction achats ». Chaque défi ou quête du jeu leur fournit ainsi les outils et les ressources de formation en ligne dont ils ont besoin pour devenir compétents. Ainsi, l’objectif du jeu « En Immersion » est de confronter un groupe d’acheteurs à une problématique achat. Dans un temps imparti, le groupe suit différentes pistes qui l’amènent à interroger des acteurs, analyser des documents pour élaborer une solution. « Ce jeu a été testé chez Clarins sur un parcours diplômant et son déploiement dans le laboratoire de cosmétiques s’achèvera en 2021, précise Olivier Monin. D’ailleurs, tous nos jeux achats seront déployés en 2019 et 2020 ».

Des jeux pour apprendre aux équipes à collaborer


Tout comme sa consœur du ministère de la défense Mélanie Peuf-Spagnuolo a pris sur ses heures de liberté pour créer un serious game. Cette experte achats chargée de surveiller les dossiers d’un montant supérieur à cinq millions d’euros à la RATP, est d’autant plus convaincue de l’apport positif des jeux sérieux qu’elle est elle-même enseignante dans une école de commerce du groupe IGS. « Je suis la première à vouloir apprendre par le jeu car je trouve que les cours fleuves ne sont pas du tout productifs en termes d’apprentissage, souligne-t-elle. Moi-même, je veille à ne pas faire de cours trop longs et à créer des formats ludiques ». Convaincue de ces préceptes, elle a créé avec Naouel Makaoui, enseignante-chercheuse au sein du groupe IGS, un jeu sérieux sur le risque achats, dont l’objectif est aussi de faire collaborer les équipes. « En plus de leur enseigner les manières d’appréhender les risques et d’avancer sur les besoins, nous leur apprenons la bienveillance, explique Mélanie Peuf-Spagnuolo. Nous constatons en effet qu’il existe aujourd’hui dans certaines entreprises, un vrai souci avec les relations fournisseurs car certains donneurs d’ordres abusent
de leur pouvoir ».

Des jeux conçus à la demande


Lydia Mastraire est tellement convaincue du bien fondé pédagogique des jeux sérieux qu’elle en a fait son métier. « Je me suis retrouvée dans ma peau de petite fille de l’éducation alternative en me disant que ce qui avait fonctionné pour moi marcherait aussi pour les adultes, souligne-t-elle. Aujourd’hui, Lydia Mastraire a créé une startup, Kaperli, qui conçoit des « outils de team learning ».
Elle a ainsi conçu avec le groupe Air Liquide, une formation en lean management qui s’est traduite par un jeu géant de cartes A4 déposées sur le sol et de dés géants. Le groupe utilise ce jeu sérieux dans ses formations depuis un an. « L’objectif d’Air Liquide est atteint car autrefois le collaborateur ressortait de la formation classique en pensant « il faut réduire les coûts par tous les moyens » or le message du lean management est plutôt d’arbitrer et d’améliorer », explique la conceptrice. Aujourd’hui, Kaperli a des clients comme Sanofi, Orange ou encore Carrefour.

Par Véronique Pierron

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