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La Lettre des Achats - Septembre 2020 N°296
Septembre 2020

Management

Dossier

Information fournisseurs : Les données, premier vaccin contre le Covid

Les données, premier vaccin contre le Covid

Témoignage

Tim Mischiara - Vice-président, Global Sourcing, Supplier Quality & Development - Chamberlain Group
« Cette crise nous a ouvert les yeux sur les risques liés à la concentration de nos sources »

Par François Le Roux

Les données, premier vaccin contre le Covid

S’appuyant sur des outils spécifiquement développés pour le Covid ou la robustesse de leurs solutions existantes, les spécialistes de l’information fournisseur ont mobilisé leur savoir-faire pour aider les directions achats à assurer la continuité de leurs chaînes d’approvisionnement. Leur apport a été salué par certains acheteurs mais la nécessité d’aller vers une couverture des risques en temps réel reste une demande forte pour gagner en crédibilité et efficacité lors des prochaines crises.

Choc aussi brutal qu’inattendu, la crise du Covid a désarçonné les chaînes d’approvisionnement mondiales dès le mois de février avec le confinement progressif de la planète. Pour les directions des achats, l’urgence a été d’assurer la continuité de la production de leur entreprise, avec parfois la nécessité de sourcer de nouveaux fournisseurs et repenser leurs circuits logistiques… L’information a constitué un paramètre stratégique de cette réactivité. « Les alertes précoces de notre partenaire Riskmethods nous ont sauvé la vie » se félicite Tim Mischiara, vice-président, Global Sourcing, Supplier Quality & Development chez Chamberlain Group, spécialiste américain des portes automatiques (voir témoignage).

Des solutions développées spécialement pour la crise


Pour répondre au caractère inédit de cette crise, les spécialistes de l’information n’ont, de fait, pas tardé à adapter leur offre, proposant des outils dédiés au Covid. Altares a par exemple lancé en juin le nouvel indice « Impact Covid-19 » permettant d’évaluer en temps réel pour chaque société l’impact de la crise sur ses activités et son environnement, notamment son réseau de fournisseurs, quelles que soient sa structure et sa localisation dans le monde. « Notre indice Impact Covid-19 est mis à jour de manière hebdomadaire en fonction notamment des niveaux de contamination et des politiques de confinement ou d’aide gouvernementale. Ces réactualisations couvrent l’intégralité des pays, avec une précision descendant au niveau des régions et des villes » détaille Michaël Lisch, ingénieur avant-vente, Altares. « Avec l’analyse de ces signaux faibles portée par des solutions d’IA et de deep learning, une entreprise peut mesurer la robustesse de l’ensemble de son réseau de fournisseurs et anticiper au mieux de potentielles ruptures et mieux maîtriser sa supply chain », précise-t-il.
Pour rendre ses modèles de solidité financière encore plus réactifs, Bureau van Dijk (BvD) a pour sa part créé un score supplémentaire appelé le « Reactive MORE Score », disponible pour les entreprises disposant de données financières. « Le Reactive Score s’appuie sur les données et l’expertise de Moody’s Analytics en matière d’économie et de prévisions. Il fournit donc une vue contextuelle davantage prédictive de la solvabilité d’une entreprise. La variable clé du Reactive Score est la variation attendue du chiffre d’affaires d’une entreprise. Le modèle réactif agrège les différents éléments pour quantifier le chiffre d’affaires attendu et attribuer le score réactif correspondant à une entreprise » explique Georgy Sicaire, Global Account Director, Bureau van Dijk.
Lui-aussi insiste sur la capacité de cet indice à fournir des données les plus fraiches possibles. « Ce nouveau score reflète l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les entreprises et les pays mais aussi d’autres facteurs ou événements qui affectent les conditions du marché. Les scénarios d’impact sont régulièrement revus, de sorte que le score reflète les conditions du marché en temps réel », indique-t-il.

Des outils existants robustes


En l’état, les solutions existantes ont aussi, estiment les spécialistes de l’information, contribué à répondre aux besoins d’information de leurs clients sur les risques liés à la crise du Covid 19. « Commercialisée courant 2019, notre solution Supply Check permet aux directions achats de disposer d’une vision en temps réel de l’ensemble de leur réseau de fournisseurs à travers le monde et d’être alertés de l’impact de la crise du Covid 19 pour réagir au plus vite face au risque de rupture de leur chaîne d’approvisionnement et mettre en œuvre un plan B » souligne François Mirroir, directeur des services d’information WER, de Coface, tout en évoquant de possibles innovations à venir : « Coface réfléchit à l’ajout d’informations, tant quantitatives que qualitatives, permettant de donner une vision toujours plus fine de la santé des entreprises et du risque attaché ».
Avec la paralysie d’une grande partie des entreprises durant le confinement, nombre de directions achats ont eu besoin de s’assurer de la conformité de fournisseurs nouvellement sélectionnés avec leurs exigences en matière de qualité et de RSE. « Pendant la crise du Covid, notre outil Indued, dédié aux enjeux de la conformité, a été utilisé par des directeurs achats du secteur bancaire, de l’agroalimentaire et de l’industrie pour sourcer de nouveaux fournisseurs, tout en veillant à leur respect des exigences de la loi Sapin 2 sur le blanchissement d’argent ou encore la corruption… » explique Michaël Lisch.
Pour ce dernier, les outils d’analyse du risque d’Altares seraient aussi pertinents pour mesurer la capacité des fournisseurs, y compris les plus petits, à accompagner la reprise : « Score de défaillance et Paydex (indice de comportement de paiement) ont conservé un haut niveau de prédictibilité. En France, le Paydex propose des informations sur la quasi-totalité des entreprises de dix salariés et plus. Notre champ d’analyse couvre même toutes les entreprises de plus de cinq salariés dans certains pays comme les États-Unis ou l’Italie… ».

Des directeurs achats pas toujours convaincus


Mais, pour nombre de responsables achats, en période de crise, la meilleure source d’information reste néanmoins le contact avec les fournisseurs. « En temps normal, nous travaillons avec la solution Ellisphère pour assurer le monitoring de la santé financière de notre supply chain. Mais au plus fort de la crise, notre urgence résidait avant tout dans la recherche d’informations relatives aux risques de rupture de notre chaîne d’approvisionnement plutôt que la santé financière de nos principaux fournisseurs, ceux-ci étant de grands groupes internationaux, tels que STMicroelectronics ou encore NXP, plus à même de traverser la crise. Nos acheteurs ont directement interrogé nos fournisseurs de rang 1 concernant leurs éventuelles fermetures de sites, leurs dates de réouverture et leurs capacités de production opérationnelles » explique Dominique Chanteau, directeur des achats chez Lacroix Electronics.
Au rang des reproches récurrents formulés envers les outils des spécialistes de l’information figure par ailleurs l’absence de temps réel. « Les fournisseurs d’informations ont souvent une vision passéiste de l’activité des entreprises. Leurs rapports sont fondés sur les résultats annuels des entreprises, qui ont un décalage pouvant aller jusqu’à un an et demi par rapport à la santé réelle des sociétés. En période de crise, cela n’apporte pas beaucoup de visibilité. Même en temps normal, leur valeur est limitée » estime Vincent Delcour, directeur des achats de Vallourec (voir son interview dans la LDA n°276 de novembre 2018).
Autre biais mis en avant, les grilles d’analyse du risque fournisseur reposent à ce jour largement sur un modèle de données déclaratives et sont donc partiellement inadaptées à une crise brutale comme le Covid-19. Frédéric Thielen, directeur de missions clients et opérations chez KPMG France estime ainsi que cela pose trois problèmes aux modèles existants : « Le premier est la rupture de communication en temps de crise, s’agissant d’un processus très déclaratif. Deuxièmement, la masse soudaine d’informations transmises soulève la difficulté instantanée de vérification de leur sincérité détaillée. Troisièmement, l’information relative à un phénomène exceptionnel n’est pas toujours transposable dans l’avenir ».
Et de citer en exemple directement lié à la crise Covid 19 : « durant la crise de ces derniers mois, plusieurs entreprises ont eu des difficultés temporaires de trésorerie puis ont retrouvé brusquement un second souffle. Elles ont en effet obtenu un PGE (Prêt Garanti par l’État), un prêt rebond ou encore des avances remboursables et/ou un prêt bonifié mis en place depuis le décret 2020-712 du 12 juin ».

Vers une surveillance accrue des signaux faibles


La capacité offerte par les spécialistes de l’information de surveiller des milliers de fournisseurs dispersés aux quatre coins du monde reste néanmoins un atout prépondérant. « L’apport de ces prestataires est intéressant pour des informations très locales – comme une grève, ou des inondations – susceptibles d’entraîner des blocages sur l’usine d’un fournisseur » concède à ce titre Vincent Delcour. De fait, une entreprise comme Coface est implantée dans une centaine de pays. « Notre réseau d’information et d’arbitrage international nous permet d’apprécier la qualité des entreprises au pied du risque. Cette proximité est d’autant plus importante que tous les pays n’offrent pas un niveau d’information sur leurs entreprises identique à la France, la Belgique ou l’Espagne. C’est tout particulièrement le cas pour les sociétés non cotées aux États-Unis et dans certains pays d’Asie qui sont au cœur de la supply chain des entreprises européennes » met en avant François Mirroir.
L’étendue du spectre d’analyse des spécialistes de l’information fournisseur permet ainsi de disposer de données sur des fournisseurs non seulement de rang 1 mais aussi 2 ou 3. « La plateforme de gestion du risque fournisseurs ProcurementCatalyst de BvD est adossée à notre solution Orbis, une base de données très complète, reprenant plus de 375 millions d’entreprises dans le monde, et dont la couverture et le niveau de détail progressent sans cesse » souligne Georgy Sicaire.
Quant aux critiques sur l’instantanéité de l’information proposée, les spécialistes de l’information répliquent que leurs analyses ne reposent pas uniquement sur les publications financières des entreprises. « Le risque de défaut d’une entreprise se mesure traditionnellement à travers les informations financières et notamment les bilans qui donnent une vision relativement passéiste de sa santé financière. Coface a l’avantage de disposer des avis d’encours. Ces positions sont révisées quotidiennement, ce qui offre une grande réactivité en période de crise » avance François Mirroir.

Croiser tous les canaux d’information en temps réel


Les outils de collecte de l’information à base d’IA vont en outre avoir de plus en plus le vent en poupe, l’analyse de risque pouvant être réalisée sur la base de données en temps réel. Les matrices de risque, « rafraîchies » périodiquement, sont ainsi appelées à progressivement disparaître. « L’avenir de l’analyse des risques fournisseurs repose sur une approche plus dynamique de l’analyse de l’information, et moins statique que les modèles actuels. Toutes les informations disponibles à chaque instant sur le web peuvent en particulier être mieux exploitées. L’objectif est de croiser tous les faisceaux d’informations possibles, pour anticiper l’arrivée d’un risque. L’analyse des signaux faibles concerne les données propres à une entreprise mais aussi tout ce qui peut l’impacter, jusqu’aux données météorologiques s’il le faut. Une multinationale du secteur de la chimie a par exemple été en mesure d’anticiper de 40 jours l’inondation du site de l’un de ses fournisseurs en Asie. Son plan de continuité d’activité a ainsi pu être mis en œuvre très tôt en amont » déclare Frédéric Thielen.
Les risques étant toujours là où on ne les attend pas, comme une cyber-attaque mondiale…, l’agilité et la diversification des chaînes d’approvisionnement restera la meilleure parade pour assurer la continuité de l’activité des entreprises.
5 idées à retenir

- En s’appuyant sur leur couverture mondiale, certains spécialistes de l’information fournisseurs ont aidé leurs clients à anticiper les risques de ruptures liés à la crise Covid
- Ils se sont aussi avérés utiles pour mener des analyses de conformité qualité et RSE à distance lorsqu’il fallait intégrer rapidement de nouveaux fournisseurs
- Dans un environnement très instable, les analyses de santé financière classiques, fondés sur les exercices budgétaires passés, ne convainquent pas les directions achats.
- Les modèles reposant sur l’auto-déclaratif des fournisseurs son également fortement remis en cause
- La capacité d’agrégation et d’analyse de données multiples offerte par l’IA n’est encore que très partiellement exploitée

Portraits

Michaël Lisch

Ingénieur avant-vente, Altares

" Notre indice Impact Covid-19 est mis à jour de manière hebdomadaire en fonction notamment des niveaux de contamination "




Dominique Chanteau

Directeur des achats, Lacroix Electronics

" Au plus fort de la crise, notre urgence résidait avant tout dans la recherche d’informations relatives aux risques de rupture de notre chaîne d’approvisionnement "




Vincent Delcour

Directeur des achats, Vallourec

" Les fournisseurs d’informations ont souvent une vision passéiste de l’activité des entreprises "




Frédéric Thielen

Directeur de missions clients et opérations, KPMG France

" La masse soudaine d’informations transmises soulève la difficulté instantanée de vérification de leur sincérité détaillée "

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