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La Lettre des Achats - Juin 2002 N°96
Juin 2002

Tendances

Chronique

Les Ateliers de l’Achat 2002
Les achats ont changé mais le regard que l’on a sur eux a-t-il autant évolué ?

Par François-Charles Rebeix fcrebeix@lettredesachats.fr

Les Ateliers de l’Achat 2002

Les achats ont changé mais le regard que l’on a sur eux a-t-il autant évolué ?

En quelques années, les achats ont changé. Notre enquête ce mois-ci sur les 60 premières organisations achats en France démontre une implication croissante de leurs directions dans les grands projets stratégiques des entreprises (voir page 15). Trois thèmes dominent les réflexions : les réductions des coûts bien sûr, le développement de l’e-procurement et le déploiement d’une véritable supply chain. Un quatrième thème pourrait être cité mais nous l’aborderons dans un volet à part le mois prochain, c’est celui du niveau de recrutement aux achats, en hausse constante.

Dans quelques mois, une autre étude, « Strategies for purchasing transformation 2002-2005 », lancée par le MAI (École de Management de Bordeaux), le QP Group (cabinet de conseil achats anglais né en 1995 et qui rassemble aujourd’hui près de 200 consultants en Europe et aux États-Unis) et la Windsor Foundation (1) viendra renforcer cette perception. Disponible en ligne depuis avril dernier, cette étude recenserait déjà près de 350 réponses. Celles-ci soulignent autant les progrès de la fonction que la distance qui la sépare encore de l’excellence souhaitée par ses promoteurs. Ainsi, dans presque 50 % des entreprises interrogées, le taux de pénétration des achats dépasserait 60 % des dépenses engagées et l’objectif des 80 % est le plus souvent cité. Toutefois, le portrait reste contrasté : 25 % du panel contrôlent moins de 40 % des dépenses et à peine 4 % des répondants en managent la totalité. Les économies se chiffreraient également entre 2 et 5 % des montants engagés, hors inflation. Autres éléments de réponse : entre 1 et 5 % seulement des fournisseurs feraient l’objet de liens privilégiés tandis que les objectifs de réduction du panel seraient de 30 % dans les trois ans. De même, les enchères en ligne interviendraient entre 1 et 10 % des dépenses totales et l’outsourcing serait envisagé pour moins de 20 % de ces dépenses. Sans parler du regard des autres fonctions sur les achats, pas toujours engageant. Pour les promoteurs de cette enquête, il reste donc beaucoup à faire pour susciter vision, créativité et leadership aux achats !
« The purchasing change, it hurts, but I like it ». Sur le modèle, « it’s only rock’n roll but I like it », cette petite phrase a été « l’accroche » choisie par la promotion des étudiants du MAI pour la traditionnelle organisation des Ateliers de l’Achat. Le thème du changement aux achats a été souvent retenu pour promouvoir ces dernières années un des principaux événements du circuit qu’empruntent tous les ans en juin les observateurs curieux et zélés d’une fonction de plus en plus populaire. Nous ne comparerons pas Gordon Crichton, directeur du cursus, à Mike Jagger, leader des Rolling Stones, auteur du refrain cité plus haut, mais on soulignera la même constance, la même énergie à afficher ses choix, répéter ses messages, quelles que soient les nouvelles modes. On ne se souvient pas, à La Lettre des Achats, qu’en pleine vague e-business, les organisateurs des Ateliers de l’Achat aient sombré dans le tout e… quanti. Tout au plus, les participants aux dernières éditions ont-ils eu droit à quelques interventions sur le thème de l’e-procurement, noyées dans le cœur d’un programme de conférences. Alors s’afficherait-on, du côté de Bordeaux, conservateur, traditionnel, voire économe… de ses efforts ? Rien de tout cela, bien sûr !
Cette année, le programme des Ateliers de l’Achat était non seulement copieux mais également largement ouvert aux nouveaux outils, comme en témoigne l’intitulé du débat du matin de la seconde journée : « To e or not to e ? That’s the question ». L’échange a opposé deux visions : d’une part celle de GE Medical Systems (voir La Lettre des Achats n° 90 – décembre 2001) où le taux de mise en œuvre d’enchères inversées affiche 60 % (un critère de performance pour le tableau de bord achats) et d’autre part, Carbone Lorraine (voir La Lettre des Achats n° 94 – avril 2002) qui, au risque de décevoir les amateurs de déclarations fracassantes, a préféré souligner quelques préalables au choix de solutions « e » : comprendre la stratégie de l’entreprise, mesurer les apports d’une politique achats, définir les contributions attendues des fournisseurs, choisir des actions prioritaires, dégager des ressources, segmenter les applications au regard des portefeuilles produits/ marchés, etc. Un débat également arbitré par le cabinet de conseil Upstream qui proposait sept points à prendre en compte – chacun étant gradué – pour segmenter un process e-achats : petits volumes/gros volumes, monosource ou multifournisseurs, produit unique ou sur étagère, coût élevé ou pas, produit « non core business » ou produit stratégique, coût éventuel d’un changement dans le sourcing, achats spot ou achats récurrents (2). Rien que du bon sens mais bien vendu.
Les Ateliers de l’Achat ont donc substitué dans leurs préoccupations du moment la notion de management des achats à la question du leadership. Déjà, à lui tout seul, Gordon Crichton est très convaincant sur le « distinguo » à faire entre les deux concepts : le management s’assure de la bonne utilisation des outils pour mener à bien une politique achats tandis que le leadership permet de partager une vision, susciter la créativité, l’innovation, la création de valeur. Toutes les interventions des responsables achats invités à s’exprimer cette année ont souligné au moins trois éléments fondamentaux à mettre en œuvre aux achats : relier impérativement stratégie achats et stratégie de l’entreprise, avoir le soutien direct du top management, recruter et former au plus haut niveau. Changer les achats, c’est aussi souvent changer les hommes, soit en les formant, soit en les remplaçant. C’est aussi vrai pour les acheteurs eux-mêmes que les fournisseurs.
En deux jours, ces Ateliers de l’Achat ont ainsi consacré une double vision des achats : déterminée et pragmatique du côté des entreprises anglo-saxonnes, avec une forte capacité à préciser les objectifs et montrer les réalisations – JP Morgan Chase (Javier Urioste), Diago (Bob Kickham et Phil Boyd), Philips (Neil Deverill), Rolls Royce (David Atkinson) et GE Medical Systems (Christian Campion et Luc Broussaud) – ; plus conceptuelles et visionnaires pour les entreprises… latines – Danone (Hervé Milhade), Carbone Lorraine (Bruno Baudelet), Renault-Nissan (Bruno Rogowski) –, habiles à indiquer le chemin mais avares de chiffres et d’exemples concrets. La synthèse (ou la fusion) des deux univers ? La palme pourrait revenir à Vivendi Universal, où équipes françaises et américaines œuvrent ensemble à couvrir les achats dans des domaines aussi divers que l’eau, la téléphonie, la musique ou le cinéma… Et puis, en filigrane, peut-être le doute de chacun sur la capacité de séduction des achats. On leur soufflera ce refrain (déjà ancien) : « Da ya think I’m sexy ? » (Rod Stewart). Sexy ? Le mot a été prononcé à quatre reprises en deux jours. Ce n’est sans doute pas un hasard à défaut d’être un acte manqué.

1. Les explications sur le déroulement de cette étude menée au plan international grâce au concours de nombreuses associations d’acheteurs se trouvent sur le site www.futurepurchasing.com. Le questionnaire est disponible en ligne. Les promoteurs de l’étude vise une cible de 6 000 entreprises. D’ici septembre, 700 ques-tionnaires devraient être remplis. Des entretiens dirigés seraient également envisagés.
2. Pour ceux que le thème de l’e-achat intéresse toujours, signalons la matinée e-sourcing organisée le 3 juillet prochain à l’initiative conjointe de l’EBG et SynerDeal. À l’affiche : Alstom, BNP-Paribas, Completel, Covisint, PPR, Rieter, Snecma.
Renseignements : www.ebg.net; www.synerdeal.com.

Par François-Charles Rebeix fcrebeix@lettredesachats.fr

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