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La Lettre des Achats - Octobre 2020 N°297
Octobre 2020

Management

Reportage

GGB
Les Achats connectés au cœur de la R&D groupe

Par Guillaume Trécan

GGB

Les Achats connectés au cœur de la R&D groupe

A la tête des Achats France d’une filiale du groupe EnPro, Olivier Favier profite de sa proximité avec la R &D groupe, basée comme son équipe à Annecy, pour développer des relations étroites et impliquer les fournisseurs le plus en amont possible des développements.

En 2018, en réorganisant la fonction achats, Olivier Favier crée un poste d’acheteur projet, confié à l’un de ses deux acheteurs en charge des achats directs et de la qualité fournisseurs, l’autre se consacrant aux achats série. « Auparavant, les rôles d’acheteur et de qualiticien fournisseur étaient répartis sur deux personnes différentes. Nous étions très pris par le quotidien de la production et nous avions peu de temps à consacrer aux projets et à l’amont », se rappelle Olivier Favier.

La R&D impliquée dans le recrutement de l’acheteur projet


La mission de cet acheteur projet est triple : très en aval, lorsqu’une commande client arrive, il doit rechercher des outillages pour faire les pièces dans le respect des délais ; un peu plus en amont, il intervient en support des équipes de vente qui répondent aux RFQ clients, en chiffrant et en trouvant des fournisseurs pertinents ; enfin, résolument en amont cette fois, il travaille avec la R&D groupe, dont l’épicentre se situe justement à Annecy. Un responsable innovation développement produit process, Michaël Vernoit pilote, depuis Annecy, deux pôles de création de matériaux en France et aux États-Unis, en lien avec deux centres de test, en Allemagne et en Chine. « Si nous voulons être impliqués en amont, c’est avec eux que nous devons être connectés », résume le directeur achats France. Identifié dès le début de la réorganisation du service achats comme un partenaire important, Mickaël Vernoit a d’ailleurs été sollicité par Olivier Favier pour participer au recrutement de l’acheteur projet, Fabien Masson.
Si Olivier Favier a pris l’initiative de créer cette passerelle Achats France R&D groupe, c’est parce qu’il bénéficie d’une certaine autonomie au sein du groupe EnPro. Ce groupe américain réunit GGB et quatre autres entreprises d’équipements industriels (Garlock, Technetics Group, Stemco et CPI) spécialisées sur des marchés de niche, entre lesquelles les synergies achats potentielles sont limitées à certaines matières premières et quelques contrats-cadres dans le hors-production. Au sein de GGB, les usines françaises sont les entités les plus axées automobile ce qui leur confère une forte maturité achats. « Nous ne parlons pas tout à fait le même langage. Dans la plupart des entités d’EnPro, les Achats font encore partie de la supply avec un rôle très approvisionnements, là où nous dépendons du responsable d’usines GGB France », précise Olivier Favier.

Réduire les temps de développement et les risques


En décidant de développer une culture achats projet et de l’ancrer au côté de la R&D, le directeur achats France était en outre certain du ROI de sa démarche, avec en tête une réduction significative du temps de développement. De fait, l’implication des Achats dans ces phases de développement est à présent sous-contrôle. « Nous monitorons les délais de livraison des outillages en phase projet. C’est capital pour pouvoir réduire nos délais de livraison des échantillons initiaux », explique Olivier Favier.
Au-delà de cette question de réduction des délais, le responsable R&D, Mickaël Vernoit, se réjouit d’avoir désormais un acheteur à ses côtés pour appréhender le risque fournisseurs. « L’absence d’un acheteur projet était pour moi très pénalisante dans le sens où les ingénieurs R&D faisaient beaucoup de travail par eux-mêmes, sans forcément reboucler sur notre panel fournisseurs. Il nous arrivait de nous engager avec des fournisseurs qui n’étaient pas retenus en vie série parce que, du point de vue des usines, ils ne s’avéraient pas les meilleurs d’un point de vue technique, économique ou capacitaire. Nous fonctionnions vraiment en silo », regrette Michaël Vernoit.
Aux yeux de Fabien Masson son apport essentiel, au-delà des fonctions clefs de l’acheteur (sourcer, qualifier, sélectionner, négocier, suivre les commandes, mettre en œuvre des plans de progrès…) consiste à : « mettre du liant dans ces équipes projets. » Sa présence au côté de Mickaël Vernoit, permet maintenant de multiplier les collaborations fournisseurs dans un climat de confiance avec un minimum de formalisation, limité à la signature d’une NDA.

Moins de formalisation et plus de confiance


« Cela me pousse à m’interroger en tant qu’acheteur. Cela fait quinze ans que je fais ce métier. J’ai été formé à avoir une approche très factuelle avec des tableaux de choix de critères pondérés et plus nous avançons plus nous nous rendons compte que la confiance, voire l’intuition sont primordiales pour décider si l’on s’engage dans un projet avec tel ou tel fournisseur », confie Olivier Favier.
La proximité géographique est un élément important dans ce climat de confiance. « Nous avons la chance de bénéficier d’un écosystème local ultra-dense en Haute-Savoie et en Rhône-Alpes. Il y a donc beaucoup de locaux dans nos partenaires, ce qui est d’ailleurs plus simple sur ces phases d’échanges et de travail sur des prototypes », explique Olivier Favier. « Nous apprécions de travailler avec des entreprises proches de nous, non pas par parce que nous sommes chauvins, mais parce que le jour où survient un problème, c’est plus facile de se voir et de parler. Nous avons pu le constater avec le coronavirus », remarque Olivier Favier, qui est par ailleurs bien conscient que défendre son écosystème de fournisseurs locaux est aussi un moyen de protéger l’activité sur Annecy en cas d’arbitrage au niveau du groupe.
Le responsable achats France se réjouit également de pouvoir travailler avec des PME dont les strates de décision sont assez simples. « Les choses fonctionnent parce qu’il y a de part et d’autre des gens qui se font confiance et qui, dans leur propre organisation, ont une certaine légitimité pour avancer de manière autonome », analyse Fabien Masson.

Une expression du besoin plus précise


Pourtant, inclure un acheteur dans les projets de développement, n’était pas une évidence côté R&D. « Au début, il y a eu quelques réticences dues au sentiment que cela allait alourdir notre fonctionnement et prendre beaucoup plus de temps. Très vite, ils se sont aperçus que ce n’était pas le cas. Au contraire, parce qu’aller chercher un fournisseur et construire une relation en partant de zéro prend beaucoup plus de temps que si l’acheteur nous permet d’identifier un fournisseur de notre panel avec lequel la relation existe déjà », reconnaît Mickaël Vernoit.
Une fois battu en brèche ce préjugé sur les acheteurs empêtrés dans leurs process, le savoir-faire méthodologique de Fabien Masson en matière d’expression du besoin a très vite été apprécié par ses collègues de la R&D. « Nos ingénieurs avaient tendance à réfléchir en solutions et à aller voir un fournisseur avec cette solution en lui demandant de l’exécuter, reconnaît Mickaël Vernoit. Parler avec Fabien Masson les oblige à formaliser leurs besoins fonctionnels et à être plus précis, plus rigoureux sur ce qu’ils veulent vraiment. Cela améliore aussi la qualité du développement. »
Les fournisseurs aussi bénéficient du développement d’une culture achats projet, qui va de pair avec une plus grande visibilité sur les orientations de leur client. « Depuis trois ou quatre ans, nous avons mis en place avec les Opérations des revues annuelles de performances fournisseurs, qui concernent environ 70 fournisseurs, tous ceux qui rentrent en contact avec le produit (matières premières, sous-traitance) ainsi que d’autres prestataires clés ou sous-traitants particuliers. Ce sont des revues collégiales avec toutes les parties prenantes où nous faisons le point sur notre relation actuelle et nous parlons aussi de ce que nous aimerions faire ensemble à l’avenir. »
Cette proximité se décline ensuite par projets. « Nous organisons des sessions de travail avec les fournisseurs. Nous allons dans leur labo ou bien ils viennent dans le nôtre. Nos équipes travaillent ensemble sur des prototypes. Les barrières tombent », explique Michaël Vernoit. Avec la crise du Covid, il a dû mettre en sommeil ces visites et remonter quelques barrières. Mais désormais elles ne sont plus culturelles, seulement sanitaires.
En chiffres
GGB
Paliers lisses et ingénierie de surfaces
Effectif total France : 350 personnes
Montant des achats France : 20 M d’€
Effectif achats France : 5 personnes couvrant deux sites de production

Par Guillaume Trécan

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