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La Lettre des Achats - Janvier 2020 N°289
Janvier 2020

Marchés

Conjoncture

Pays émergents : le risque « émergents » reste sous surveillance

Le risque « émergents » reste sous surveillance

Michel Audeban - Directeur général - Genway Assets
« Nombre de pays émergents ont engagé des réformes pour soutenir leur économie »

Par François Le Roux

Le risque « émergents » reste sous surveillance

Les pays émergents sont devenus un rouage incontournable du sourcing international des entreprises. Confrontés au ralentissement de l’économie mondiale et au climat d’incertitude entretenu par l’affrontement commercial entre les États-Unis et la Chine, leur croissance est menacée. Faut-il pour autant craindre une nouvelle crise des émergents ?

Fin 2018, les craintes d’une récession mondiale avaient fait chuter les marchés financiers. Le Cac 40 avait enregistré une baisse de 11 % à 4 731 points, terminant quasiment à son plus bas de l’année. L’interminable feuilleton du Brexit, la guerre commerciale Chine-Etats-Unis, le ralentissement économique chinois et les craintes d’un atterrissage plus global de l’économie mondiale constituaient les principaux facteurs de stress des bourses mondiales.
Si ces risques sont toujours présents, les clignotants ne semblent plus au rouge vif pour les investisseurs internationaux, le Cac 40 flirtant avec les 6 000 points en cette fin 2019, à ses plus hauts depuis juillet 2007. « Tous les déclencheurs habituels qui précèdent une récession mondiale sont absents. La hausse des prix du pétrole a été contenue. Les taux d’intérêt ne sont pas partis à la hausse. La politique monétaire américaine a même fini par redevenir plus accommodante. Certes, l’endettement augmente mais aucune crise de solvabilité ou de surendettement n’est d’actualité » justifie Emmanuel Jessua, directeur des Etudes de Rexecode.

Un atterrissage en douceur de l’économie mondiale


Le consensus des analystes financiers privilégie ainsi un atterrissage en douceur de l’économie mondiale. « D’ici la fin de l’année 2019, la croissance mondiale continuera de ralentir sans pour autant décrocher, grâce notamment au soutien des politiques monétaires. Au-delà, l’activité se stabiliserait autour de 3 % en rythme annualisé, contre 4 % à 3,5 % en 2019 » anticipe le service des Études Économiques de La Banque Postale.
Si l’action des banques centrales semble rassurer les marchés financiers, le moral des patrons continue néanmoins de s’effriter. Car au-delà des risques de 2018 toujours présents, les incertitudes politiques se sont multipliées avec la crise de change argentine, les manifestations d’ampleur à Hong Kong et en Russie ou encore l’attaque d’installations pétrolières en Arabie Saoudite. « Désormais, outre les entreprises européennes et asiatiques, les entreprises américaines s’inquiètent aussi ouvertement de la rhétorique protectionniste du président Donald Trump » notent aussi les experts de Coface, tout en soulignant qu’outre le secteur automobile mondial, sont désormais aussi sous pression la chimie en Allemagne, le secteur du papier en Amérique du Nord et les TIC en Corée…

Le secteur des services pas épargné par la crise


Signe de la fragilité croissante des entreprises, 2020 pourrait d’ailleurs se caractériser par une extension du ralentissement de la croissance mondiale au-delà du secteur manufacturier. Un scénario similaire à celui observé en 2001-2002 à la suite de l’éclatement de la « bulle internet » pourrait se concrétiser par une transmission progressive et partielle de la récession industrielle au tertiaire, provoquant un ralentissement marqué de la croissance l’année prochaine dans les principales économies avancées.
Le moteur du commerce mondial devrait par ailleurs durablement rester grippé, les derniers chiffres de l’OMC faisant état d’une croissance de seulement 1,2 % en 2019 contre 3 % en 2018 et 4,6 % en 2017. « L’espoir de voir le commerce se ressaisir suppose que se dissipent, ou tout au moins se calment, les conflits commerciaux, les tensions géopolitiques et la volatilité financière. Or, si des répits sont envisageables, rien ne suggère une accalmie durable » estiment les conjoncturistes du groupe Crédit Agricole.

Le retour du risque budgétaire


Cette fragilité croissante des économies ne sera pas de bon augure pour l’après 2020. « À l’approche de 2021, l’économie mondiale se rapprochera un peu plus de la zone grise entre un ralentissement et la récession » avertit Michala Marcussen, Chef économiste, groupe Société Générale, tout en pointant le retour d’un risque majeur pour la croissance, à savoir l’accroissement des relances budgétaires favorisées la faiblesse des taux et financées par l’augmentation de la dette publique. « Une relance budgétaire mal conçue, se limitant à financer les dépenses courantes, augmentera certes les perspectives à court terme mais réduira considérablement le potentiel de croissance à long terme » ajoute l’économiste.
Au rang des incertitudes allant émailler l’année 2020, les élections présidentielles américaines et la procédure de destitution engagée à l’encontre de Donald Trump seront aussi à surveiller.

Par François Le Roux

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