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La Lettre des Achats - Juin 2020 N°294
Juin 2020

Éditorial

L’après-Covid

Par François-Charles Rebeix

L’après-Covid

Après les différents plans de soutien à l’économie au plus fort de la pandémie de Covid-19 (continent par continent, pays par pays), voici venu le temps des plans de relances selon le même découpage. Les rappeler tous ici relèverait des travaux d’Hercule. Oublié Jupiter. Ce n’est plus la foudre qui nous est promise mais une pluie de milliards. Oubliées aussi les notions de dettes publiques. À la fin de l’année, le déficit budgétaire atteindra les 11,4 % et la dette près de 121 % du PIB. Il faut désormais parler de dettes perpétuelles lesquelles ne seraient – dit-on – jamais remboursées. Puisque sans cesse renouvelées. Sauf que les emprunteurs – nous – serviront longtemps de substantielles échéances assorties d’intérêts. Le tout transmis aux générations à venir. Beaucoup prient maintenant pour une reprise de l’inflation – un comble – afin que la charge soit moins lourde dans le temps. Évidemment, les épargnants redouteront cette rechute d’un mauvais mal. Les prévisionnistes aussi – y compris aux Achats – qui peineront à évaluer la réalité des chiffres…

Les plans visent aussi les secteurs d’activité. Le tourisme, l’automobile et l’aéronautique font partie des priorités de nos gouvernants. Soit 8 milliards d’euros pour la filière automobile, 15 milliards d’euros pour la filière aéronautique avec un soutien massif aux donneurs d’ordres comme à leurs sous-traitants. Au passage, plus de 500 000 entreprises ont demandé un PGE (Prêt Garanti par l’État). Ces prêts seront remboursés, eux. Sauf défaillance des solliciteurs. Le pire n’est jamais sûr. Espérons-le. La Banque de France et Bercy tablent respectivement sur un recul de l’activité de 10 % et 11 % en 2020 (après - 15 % au second trimestre, -10 % au 3e et –7% au 4e). En 2021, le rebond serait de 7,4 %. Mais le taux de chômage devrait se fixer à un taux record de 11 % sans décrue significative avant mi-2021.

Ces mesures d’accompagnement se justifient encore par deux arguments massues : elles sont destinées à favoriser l’innovation et la transition écologique. Le monde de demain ne renoncera pas à se déplacer. Peut-on imaginer un monde sans échange et faire rimer développement avec enfermement ? Mais cette mobilité sera électrique pour la voiture et à l’hydrogène pour l’avion. Vivement demain… D’ici là, nous laisserons les spécialistes de la RSE nous recalculer le bilan carbone de cette mutation.

Revenons un moment à l’automobile. Renault recevra au titre du PGE l’essentiel du plan de soutien de la filière (5 milliards d’euros). Or, les difficultés de l’entreprise ne doivent rien au Covid-19. Mais plutôt à une crise de gouvernance que les déboires de son ex-Pdg Carlos Ghosn ont révélé au grand jour, une course au volume avec son partenaire Nissan (devenir le N°1 des constructeurs) et sans doute un défaut de rationalisation. Le plan de restructuration annoncé prévoit une réduction des plateformes, une coupe drastique dans les coûts de R&D (et ses effectifs), un contingentement des équipementiers intégrés aux équipes. Le partage technologique et géographique promet d’être plus strict. C’est la fin d’une époque ou par définition tout ce qui venait de l’automobile relevait des meilleures pratiques. À méditer au moment où le thème des relocalisations ressort (après des délocalisations massives), où le politiquement correct fait déjà des ravages dans un monde toujours amnésique à l’heure des bilans. C’est le thème de notre dossier du mois : les achats ne doivent pas lâcher l'innovation, ne pas céder aux modes du moment, envisager le futur avec des visions nouvelles, préférer le collaboratif aux transitions abruptes… À suivre.

Par François-Charles Rebeix

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