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La Lettre des Achats - Septembre 2019 N°285
Septembre 2019

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L’affacturage inversé peine à séduire

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Par Guillaume Trécan

Médiation

L’affacturage inversé peine à séduire

La Médiation a réuni début juillet une centaine de personnes, donneurs d'ordres publics et privés, fournisseurs et banquiers pour vanter les mérites de l’affacturage inversé collaboratif… une solution aux problèmes récurrents de retards de paiement qui existe déjà depuis plusieurs années, sans avoir pourtant massivement séduit les fournisseurs.

Patrick Mignola, député savoyard et chef du groupe Modem à l’Assemblée nationale est l’auteur d’un amendement dans la loi PACTE qui rend utilisable l’affacturage inversé collaboratif par les donneurs d’ordres publics. Ayant exercé plusieurs mandats locaux, il ne peut être taxé de partialité lorsqu’il témoigne à charge sur les collectivités locales : « je n’en connais aucune qui respecte la LME soit 45 jours de délai à la d’émission de la facture… et pas à la date de validation, comme c’est le plus souvent le cas ». En outre, en tant que PDG de la PME familiale de revêtements de sol, il comprend l’enjeu de survie que représentent pour les PME les retards de paiement de leurs clients. « Cela représente 13 milliards d’euros de trésorerie bloqués dans notre pays », s’est ainsi insurgé Patrick Mignola devant les invités de la réunion organisée par la Médiation à Paris pour vanter les mérites de l’affacturage inversé le lundi 8 juillet.
Grâce à son amendement, les donneurs d’ordres publics peuvent ainsi sans risque passer un contrat avec un établissement financier d’affacturage qui paiera de manière anticipée les factures de ses fournisseurs qui le souhaitent, moyennant un taux d’escompte payé par ces derniers (voir notre dossier sur l’affacturage inversé dans la Lettre des Achats n°247). Ce taux étant en général très faible et aligné sur les conditions de crédit accordées au donneur d’ordres. Tout doute quant à la conformité réglementaire de cette démarche a été levé, lorsque la DGFIP a confirmé qu’il ne contrevenait pas au principe du maniement exclusif des fonds publics pas le comptable public, l’établissement financier payant le fournisseur sur ses fonds propres et pas en délégation du donneur d’ordres public.

Une garantie contre les retards de paiement


Une clarification que le directeur général du Centre hospitalier intercommunal (CHI) de Créteil, Stéphane Pardoux n’avait pas attendue lorsqu’il a mis en place l’affacturage inversé collaboratif en 2016 (voir son interview dans la Lettre des Achats n°268). Difficile pourtant de croire à la recette miracle, lorsque l’on constate le peu d’emballement suscité par ce type de mécanisme auprès des fournisseurs. Ainsi, le CHI de Créteil, qui s’est engagé dans l’affacturage inversé pour résoudre d’importants retards de paiement, constate que la plupart des fournisseurs restent méfiants. À ce jour, sur un montant de 70 millions d’euros d’achats par an, seul 4,5 millions d’euros sont payés à huit fournisseurs volontaires de manière anticipée, par le factor auquel le CHI a fait appel, La Banque postale. À l’échelle nationale, sur 215 milliards d’euros de créances traitées par le biais de l’affacturage, seuls 6,5 % passent par de l’affacturage inversé », éclaire le directeur général de la Médiation, Nicolas Mohr.
Pour le directeur adjoint aux affaires financières de l’hôpital, Ilia Pustilnicov, peut-être que, paradoxalement, les efforts de l’hôpital pour améliorer ses délais de paiement ont-ils aussi rendu moins nécessaire le recours à l’affacturage inversé aux yeux des fournisseurs. En effet, le CHI de Créteil a dernièrement convaincu la CPAM (caisse primaire d’assurance maladie) de passer un contrat du même type avec la Banque postale pour payer l’hôpital de manière anticipée les quelque dix millions d’euros de recette qu’elle lui doit.
Dans le privé, les grands groupes ne semblent pas massivement emballés par cette solution. Ainsi dans notre enquête TOP250 sur les organisations achats des 250 premières entreprises françaises, sur plus de 150 répondants, seules treize directions achats déclaraient avoir proposé à leurs fournisseurs l’affacturage inversé en 2016. Deux ans plus tard, lors de l’édition 2018 de l’enquête, ils n’étaient que cinq de plus.

Des fournisseurs difficiles à mobiliser


Engie fait partie des entreprises fermement convaincues par l’intérêt de la démarche et a passé un accord dans ce sens avec BNP Paribas. « Nous l’avons fait parce que nous avons un risque d’affichage en tant que mauvais payeurs et surtout parce que le risque est, derrière, que des fournisseurs refusent de travailler pour Engie », reconnaît Pierre Jossier, responsable corporate finance. Le groupe a commencé cette démarche avec les 6 000 à 7 000 fournisseurs d’Engie Cofely… a l’heure actuelle seule une quarantaine de fournisseurs profitent de cette facilité de paiement. « Nous leur proposons de se connecter sur une plateforme sur laquelle ils voient leurs factures à payer, le coût d’escompte, ce qu’ils vont toucher et à quelle date », détaille Pierre Jossier.
Pour l’Ugap qui a engagé son programme affacturage inversé en 2015, à l’issue d’un travail en profondeur sur la dématérialisation, le succès du dispositif affacturage inversé est cela dit plus net. Ainsi, sur les 700 fournisseurs référencés par la centrale d’achats publics, 45 utilisent la possibilité de recourir à la Banque postale pour se faire régler leurs factures de manière anticipée et 65 millions d’euros d’achats sont couverts. Un résultat qui demeure modeste au regard des plus de 3 milliards d’euros d’achats annuels de l’Ugap, mais tout de même significatif, compte tenu du fait que la centrale d’achats paye déjà ses fournisseurs avec un délai moyen de 28 jours.
Le Médiateur qui organisait cette réunion à laquelle une centaine de personnes voudrait que ces témoignages fassent boule de neige. « J’ai besoin de pionnier qui vont rejoindre les premiers que vous allez entendre ce matin », déclarait-il en préambule. Il lui reste encore du pain sur la planche pour honorer la nouvelle mission que le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, vient de lui confier officiellement pour promouvoir l’affacturage inversé collaboratif.

Par Guillaume Trécan

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