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La Lettre des Achats - Avril 2014 N°226
Avril 2014

Secteur Public

Actualités

La région Centre crée une centrale d’achats territoriale

Par François-Charles Rebeix

La région Centre crée une centrale d’achats territoriale

Ses promoteurs parlent d’une première. La région Centre a lancé fin février à Orléans Centr’Achats, une centrale destinée à mutualiser tous les achats du territoire. Objectifs : faire des économies mais aussi s’adresser mieux au tissu économique local. Les statuts sont quasiment prêts, il s’agit maintenant de recruter les futurs adhérents. Les premiers appels d’offres verraient le jour d’ici le mois de mai.

Il y avait du monde ce jour là dans la salle des délibérations du bâtiment de la région centre. Les invités se pressaient dans l’hémicycle pour prendre place derrière des pupitres équipés de micros. Au milieu de la salle, le président de la région Centre, François Bonneau, et Marc Sauvage, directeurs des achats, allaient l’un après l’autre présenter les enjeux de la création de cette nouvelle structure. Deux tables rondes étaient également organisées. La première, plus technique, faisait intervenir autour de Marc Sauvage des profils gestionnaires (aéroport local, direction action éducative, lycées, etc.). Elle était animée par un consultant achat, Marc Debets (BuyO). La seconde devait évoquer les enjeux territoriaux et donner cette fois la parole aux politiques (maires, conseillers généraux, président d’université, etc.).
François Bonneau, le président de la région Centre, a évoqué sans détour les principes fondateurs de Centr’Achats : à la fois économiser l’argent public et faire mieux en matière de dépenses. Les dotations aux collectivités territoriales vont se réduire (le mouvement a déjà commencé). Se regrouper, mutualiser ses actions, devrait permettre de dépenser moins. Mais sans renoncer à faire bien. La décentralisation a permis aux territoires de s’autonomiser, d’adapter les réponses aux besoins locaux, mais attention à ne pas le faire de façon inconsidérée et d’optimiser les ressources engagées. « Acheter, rappelait-il, c’est aussi avoir un impact social et environnemental. » Réaffirmée, la dimension économique de l’achat doit aussi s’inscrire dans une démarche responsable et durable.

Deux centrales d’achats en gestation


Il faut rendre à César ce qui lui appartient. En créant il y a deux ans maintenant une réflexion achats au niveau de ses services et en recrutant un directeur des achats de plein exercice, Marc Sauvage (voir La Lettre des Achats n°222), la région Centre a donné des gages au mouvement avec déjà deux millions d’euros économisés en 2013, qui deviendront quatre millions en 2014. Pourquoi ne pas continuer en regroupant les volumes avec d’autres intervenants publics (mairies, lycées, autres opérateurs publics, etc.) ? Les domaines d’achat sont multiples : véhicules, moyens informatiques, maintenance des ascenseurs, énergie (nouvelles règles pour la passation des marchés dès 2015), etc. L’objectif serait de passer de près 2 000 acheteurs (!) à deux, soit les deux centrales d’achats en gestation dans la région : Centr’Achats mais aussi le projet Approlis, apparu presqu’au même moment sur les départements 28 (Eure-et-Loir), 41 (Loir-et-Cher) et 45 (Loiret).
Comment va fonctionner Centr’Achats ? Marc Sauvage devait en détailler les principales lignes : le volume d’achats (plusieurs centaines de millions d’euros), les familles d’achats (voir encadré en page 48), la gouvernance (une assemblée générale, un bureau exécutif, une commission d’appel d’offres dont les compositions refléteront la représentativité des adhérents). Centr’Achats, constituée en association, n’aura pas vocation à acheter pour revendre mais mettra à disposition de ses adhérents des accords-cadres ou des marchés à bons de commandes, les adhérents restant responsables de l’exécution de leurs marchés et de leurs commandes.

Recruter les adhérents et les impliquer


Sur un plan opérationnel, Centr’Achats sera organisée en projets, par familles d’achats tandis que les adhérents seront impliqués dans la production des marchés, depuis l’expression du besoin jusqu’à l’analyse des offres. Aujourd’hui, les statuts se finalisent et il s’agit maintenant de recruter les futurs adhérents. Le potentiel est là : il y a 1 800 communes, 100 lycées, 400 CFA (apprentissage), 120 intercommunalités, 15 structures associées (l’aéroport de Châteauroux, le château de Chaumont, etc.), les opérateurs de l’Etat présent localement, les universités, etc. Les premiers appels d’offres verraient le jour au printemps pour que les premiers marchés puissent être passés à l’automne.
Marc Sauvage devrait aussi s’engager sur ce qu’apportera Centr’Achats à ses partenaires. D’abord les fondamentaux d’une organisation achats professionnelle, ensuite la connaissance du marché des fournisseurs (locaux et nationaux et le bon niveau d’articulation entre les uns et les autres), la performance économique (volumes et tous les autres leviers), la sécurité juridique. Faire ce qui se fait dans les entreprises les plus matures : travailler le besoin en amont, visiter les fournisseurs bien avant les appels d’offres, voir tous les acteurs possibles, y compris les organisations professionnelles. Autre promesse qui rencontre de plus en plus d’échos : rendre la commande publique à la fois plus visible et plus attractive.

Un besoin d’échanger sur les pratiques achats


Invités à s’exprimer, plusieurs responsables de la commande publique dans la région ont reconnu l’intérêt d’une structure d’échanges commune, un besoin de centraliser des informations, de diffuser de bonnes pratiques, de collaborer avec des équipe qui cumulent expertise des achats et des marchés publics, leur difficulté à gérer une multitude des références, leur faible marge de négociation, la logique qu’il y avait à mutualiser… Certains d’entre eux ont également rappelé leur préoccupation d’avoir une démarche responsable en matière environnementale et sociale.
Il y eut aussi des objections : la disparité des structures et des besoins, certains s’estimant plus avancés que d’autres en termes de pratiques, l’existence d’autres choix possibles (centrales nationales ou locales), les garanties effectives de sécurité juridique, etc. Et plus que tout la question de la mutualisation : est-ce que cela ne va pas affaiblir les entreprises locales ? Regrouper les demandes pourrait entraîner une concentration de fournisseurs. Dans la salle, un intervenant ose le parallèle : moins de fournisseurs, plus de chômeurs ? Il faudra beaucoup de patience aux promoteurs de Centr’achats pour expliquer, convaincre que d’autres stratégies achats sont possibles et qu’elles peuvent être à la fois synonymes d’économies d’argent public (moins de budgets, moins de ressources disponibles) et porteuses de nouvelles offres non moins qualitatives. Et qu’elles peuvent représenter des promesses de développement pour les entreprises locales, y compris les plus petites, les plus jeunes qui sauront trouver là un point d’entrée important. A suivre…

Par François-Charles Rebeix

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