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La Lettre des Achats - Juillet - Août 2019 N°284
Juillet - Août 2019

Marchés

Conjoncture

Productivité : La productivité mondiale au point mort

La productivité mondiale au point mort

Témoignage

Gilbert Cette - Professeur d’économie - Université d’Aix Marseille
« Les bénéfices des révolutions ont toujours mis du temps à se diffuser »

Par François Le Roux

La productivité mondiale au point mort

Les grandes révolutions industrielles ont historiquement insufflé un regain de productivité à l’économie mondiale. Face à des économies tertiarisées, la nouvelle révolution des technologies de l’information et de la communication tarde à démontrer pleinement ses bénéfices.

Depuis la fin des années 1990, la France et la plupart des pays européens font face à un ralentissement marqué de la croissance de la productivité du travail. La tertiairisation de leurs économies serait l’une des explications. Dans l’hexagone, la part de l’industrie est ainsi passée de 30% en 1980 à moins de 15% en 2018 de l’emploi du secteur marchand. L’OCDE estime en outre que dans ses pays membres les fortes créations d’emplois restent concentrées dans les secteurs à faible productivité et à basse rémunération.
Dans son rapport Compendium of Productivity Indicators, publié fin avril, l’organisation souligne qu’ « en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, les trois secteurs qui ont enregistré les plus fortes progressions de l’emploi entre 2010 et 2017 représentaient un tiers du total des créations d’emplois mais offraient des rémunérations inférieures à la moyenne ». A l’opposé, « en Belgique, en Espagne, en Finlande et en Italie, les secteurs d’activité affichant des niveaux de productivité du travail supérieurs à la moyenne ont accusé des pertes nettes d’emplois » ajoute l’OCDE.

Les français doivent travailler plus


Fin avril toujours, Emmanuel Macron a pour sa part indiqué lors du grand débat censé répondre à cinq mois de manifestations des gilets jaunes que le français devait travailler plus car « la France travaille beaucoup moins que ses voisins ». Depuis les experts s’écharpent sur le bien fondé de cette affirmation. Dans son dernier rapport Perspective pour l’emploi 2019, l’OCDE semble contredire le chef de l’État français. En 2016 les Français, salariés et indépendants, ont travaillé en moyenne 1 526 heures. C’est nettement plus que l’Allemagne qui occupe contrairement aux idées reçues la dernière place des pays de l’OCDE avec 1 363 heures. C’est aussi à peine moins que le Royaume-Uni, dont la moyenne est de 1 545 heures.
Ces chiffres n’offrent toutefois qu’une vue partielle de la situation. L’OCDE a ainsi refait ses calculs en divisant le nombre total d’heures travaillé par le nombre d’habitants de chaque pays, et non plus par le nombre de travailleurs. Et le résultat est tout autre. Dans ce cas, la France figure effectivement en dernière position des pays de l’OCDE, avec 630 heures par an rapportées à ses 67 millions d’habitants, derrière la Belgique et la Turquie, à 637 heures. L’Espagne est à 697 heures par habitant, l’Allemagne est à 722 heures.

La rentabilité des TIC mise en doute


L’impact des nouvelles technologies de l’information et de la communication, les fameux TIC, est également pointé du doigt pour expliquer le ralentissement des gains de productivité, dans le premier rapport du Conseil national de productivité, publié fin avril. Des experts internationaux tels que Larry Summers et Robert Gordon vont aussi dans ce sens, mettant en avant le ralentissement du progrès technique. Ils estiment que les innovations les plus rentables ont été découvertes et que la rentabilité des nouvelles découvertes serait décroissante. Robert Gordon estime en plus que les grandes vagues d’éducation sont arrivées à leur terme dans les économies avancées, limitant à long terme les hausses de productivité. Ces avis font toutefois débat, nombre de membres de la communauté scientifique estimant que ce ralentissement est transitoire et que la croissance de la productivité devrait augmenter avec la poursuite de la révolution numérique.
Dans le cas de la France, le Conseil national de la productivité identifie, en outre, des facteurs spécifiques, tels que le déficit de formation et de compétence de la main d’œuvre, qualifié de « particulièrement inquiétant compte tenu des exigences croissantes liées à l’évolution de la technologie » mais également une insuffisante qualité du management dans sa capacité à superviser, à fixer des objectifs, à promouvoir les talents… Le CNP met également en cause la faiblesse du niveau de dépense nationale dans la recherche et le développement et le poids plus important des impôts de production que chez les partenaires de la France.

Par François Le Roux

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