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La Lettre des Achats - Juillet-Août 2002   N°97
Juillet-Août 2002

Tableau de bord

Conjoncture

La croissance se fait attendre

Par Patrick Cartier

La croissance se fait attendre

Le FMI a revu en hausse ses prévisions de croissance économique pour 2002 et 2003. Il table désormais sur une croissance mondiale de 2,9 % en 2002, contre une précédente estimation de 2,8 %. Pour l’an prochain, sa prévision est de 4,1 %, contre 4 %. Pour la zone euro, le FMI a revu son estimation en baisse à 1,3 % contre 1,4 % pour 2002, et maintient à 2,9 % sa prévision pour 2003.

Zone euro

La BCE table sur une inflation comprise entre 2,1 et 2,5 %, contre 1,1 à 2,1 % initialement prévue, selon son rapport mensuel. L'inflation serait donc supérieure au plafond de 2 % que s'est fixé la banque. En relevant ses perspectives, la BCE laisse entendre une prochaine hausse des taux directeurs. Elle a aussi revu en hausse pour 2003 sa projection entre 1,3 et 2,5 %, contre 0,9 et 2,1 % en décembre.
Pour l’instant, la reprise européenne se traduit davantage par la hausse des indices précurseurs que par un réel décollage de la demande intérieure. C’est en Allemagne que ce schéma est le plus marqué, avec une atonie désespérante de la consommation. Les choses devraient aller mieux au troisième trimestre. La demande extérieure se redresse, la demande intérieure finira bien par être plus dynamique. La banque centrale prévoit dorénavant une augmentation du PIB de la zone euro comprise entre 0,9 et 1,5 % pour cette année, contre 0,7 à 1,7 % en décembre dernier. En 2001, la croissance avait été de 1,5 %. Le sursaut de la croissance semble annoncé pour le troisième trimestre. Mais les carnets de commandes sont encore maigres et les indices de production sont mitigés d’un mois sur l’autre. Eurostat prévoit un rebond très sensible de l'activité après l'été, avec une croissance attendue en progression d'au moins 0,7 %, voire de 1 % pour le seul troisième trimestre. Eurostat souligne que l'environnement international est favorable, que la croissance américaine a déjà rebondi de 1,5 % au premier trimestre en rythme annuel et que les baisses de taux opérées par la BCE l'an dernier commencent actuellement à produire leurs effets.

France

Malgré un ralentissement en mai dû au recul des prix des produits pétroliers, du gaz de ville et des télécommunications, l’inflation marque depuis le début de l’année une tendance à la reprise. Le phénomène semble profond puisqu’il en va de même de l’inflation sous-jacente (inflation calculée hors produits volatils, tarifs publics et corrigée des incidences fiscales). En France, comme dans la zone euro, le tournant se situera au début du second semestre. En 2000 et 2001, l’inflation avait fortement baissé au deuxième semestre. Si l’indice des prix continue de manifester des velléités de hausse après juin, ce sera considéré comme un mauvais signe. C’est malheureusement le scénario le plus probable pour une majorité d’économistes. Ils estiment que l’inflation a plus de chance de s’installer cette année dans la zone 2,5 %-3,0 % que de retomber dans la fourchette 1,5 %-2,0 %. Selon l'enquête semestrielle de l'Insee, les chefs d'entreprise prévoient un recul de 2 % de l'investissement dans l'industrie en 2002 après une stagnation en 2001. Globalement, les prévisions sont légèrement meilleures que le recul de 3 % de l'enquête de janvier. Dans l'industrie manufacturière, les responsables tablent sur une baisse de 3 % de leurs investissements, après une progression de 1 % en 2001. Dans les biens d'équipement, et surtout les biens de consommation, les chefs d'entreprise revoient en hausse leurs projets et s'attendent à une croissance de l'ordre de 3 et 4 % respectivement. Inversement, les industriels du secteur des biens intermédiaires se montrent encore plus réservés qu'en début d'année avec un recul prévu de 8 % en 2002, contre 6 % prévu en janvier. Au vu des ventes réalisées, les chefs d'entreprise de l'automobile révisent aussi leurs projets en baisse, avec un repli de 4 %. Il faut toutefois tenir compte du fait que l’enquête livre l’état d’esprit présent des industriels, mais qu’en période de croissance, ils sous-estiment leurs projets et qu’a contrario en période de ralentissement, ils les surestiment.

Monnaies et taux
L’euro à la hausse

La nette remontée de l’euro face au dollar va soumettre les pays de l’Union européenne à des pressions concurrentielles importantes, mais variables selon les pays et les secteurs. Le Conference Board estime que le recul du dollar ne devrait être que momentané. Au contraire, les cambistes voient l’euro se stabiliser dans une fourchette de 0,95 à 0,98 dollar cet été. Le tableau ci-dessous permet de se faire une idée de l’impact de la variation du billet vert.
Malgré son recul accentué de juin, le niveau actuel du dollar, s’il est encore un handicap pour la reprise américaine, reste malgré tout la meilleure solution pour éviter une crise des financements des déficits des États-Unis. Une telle crise entraînerait la fin du rebond économique mondial en cours, selon des analystes. Ce déficit devrait atteindre le record de 462 milliards de dollars sur 2002.
Les décisions majeures des banques centrales devraient intervenir cet été et une majorité des analystes s’attend à un relèvement des taux de base. Pour la BCE, la tendance constatée à la remontée pour l’inflation devrait jouer dans ce sens, et elle a d’ailleurs procédé à plusieurs mises en garde. À noter qu’un euro fort contribue à juguler la hausse des prix et joue à peu près le même rôle qu’un relèvement des taux. La Banque du Canada a, conformément à ce qu’elle avait déclaré en avril, relevé une fois de plus ses taux de 25 points de base.
La Fed a un rôle à jouer face aux risques en-courus par l’économie américaine. Une hausse des taux a des conséquences négatives sur l’immobilier, sur la bourse et évidemment sur les taux et par conséquent sur la demande intérieure. Elle est aujourd’hui dans une situation très délicate, car il lui faut doser entre l’inéluctable cycle de hausse des taux et la fragilité des bilans privés. Elle attendra donc probablement le plus possible avant de remonter les Fed-funds actuellement à 1,75 %. 

Par Patrick Cartier

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