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La Lettre des Achats - Juin 2002 N°96
Juin 2002

Tableau de bord

Conjoncture

La croissance entre deux eaux

Par Patrick Cartier

La croissance entre deux eaux

La croissance dans les pays de l'OCDE est en train de se reprendre pour atteindre + 1,8 % cette année, avant de croître de + 3,0 % l'année prochaine, selon les prévisions de printemps de l'OCDE. Cette reprise économique est inégale selon les régions du monde de même que des risques subsistent. Parmi ceux-ci figure le cours du pétrole, dont l'évolution peut dépendre de raisons politiques ou encore une dégradation prolongée du marché du travail qui ternirait la confiance des consommateurs, ainsi que de nouvelles pressions protectionnistes.

Zone euro

Le vice-président de la BCE, Christian Noyer, a averti qu'il serait vraisemblablement difficile de tenir l'objectif d'un taux d'inflation inférieure à 2 % dans la zone euro cette année. Les raisons de ce dérapage tiennent à la récente hausse des prix énergétiques. Toutefois, la BCE maintient que le taux d'inflation mensuel exprimé en glissement annuel, passera dans les mois qui viennent sous la barre des 2 %. Il était encore de 2,4 % en février et de 2,5 % en mars. Même si, pour le moment, la vigueur de la reprise économique est encore entourée d'une relative incertitude, les conditions sont réunies, dans la zone euro, pour assurer un redémarrage, a affirmé Wim Duisenberg.
La Commission européenne, après avoir indiqué que, selon ses études, le taux de chômage atteindrait 8,5 % en 2002 puis 8,1 % en 2003, contre des prévisions antérieures de 8,6 % et de 8,2 %, a publié ses prévisions de croissance pour les pays de l'Union européenne.



L'industrie européenne redémarre. Après un sixième mois consécutif d'amélioration, l'indice des directeurs achats de la zone euro est repassé, pour la première fois depuis treize mois, au-dessus du niveau des 50 points. Cet indice, établi sur la base des données recueillies auprès de 2 500 sociétés, a atteint 50,7 points en avril en données CVS, soit une hausse de 0,7 point par rapport à mars. L’indice couvre huit des douze pays de la zone : Allemagne, France, Italie, Espagne, Irlande, Autriche, Grèce et Pays-Bas. Cette reprise globale masque des situations assez différentes. En Allemagne, le secteur manufacturier continue de se contracter, mais il devrait bientôt toucher son point bas : l'indice a atteint 49,1 points, contre 48,4 en mars. En France, l'indice s'est redressé à 51,7 points en avril contre 50,6 le mois précédent, soit son rythme de progression le plus rapide depuis plus d'un an. En Italie, avril a marqué un troisième mois consécutif d'expansion, mais le rythme de croissance s'est ralenti : l'indice est en effet passé de 52,5 points en mars à 51,5 le mois dernier. Enfin, l'Espagne a enregistré une vigoureuse hausse de l'activité manufacturière, avec un indice à son meilleur niveau depuis 16 mois (52,2 points contre 50,1 en mars).

France

Malgré les incertitudes économiques et politiques des élections législatives et la baisse de l’indice de confiance des ménages, le ton demeure relativement optimiste pour le moyen terme. La croissance devrait s'accélérer l'année prochaine, si l'on en croit les prévisions de printemps du FMI et de l’OCDE. Pour le FMI, la France devrait en effet afficher une croissance de 3 % en 2003, soit plus du double que celle de 1,4 % prévue pour cette année, moindre que celle de 2001, mais supérieure aux autres pays de la zone euro. La production ne devrait que lentement progresser au premier semestre 2002 avant que la croissance ne s'accélère. De ce fait, l'investissement devrait dans un premier temps reculer légèrement, avant de se raffermir vers la fin de l'année. Concernant l'emploi, le ralentissement du rythme de la croissance cette année devrait entraîner une hausse de 0,2 point du taux de chômage en 2002, à 9,2 % contre 9 % actuellement. En revanche, en 2003, le marché de l'emploi devrait nettement s'améliorer, le taux de chômage retombant à 8,7 %. Enfin, l'inflation se situerait à 1,8 % cette année et à 1,4 % en 2003.


Le Medef a présenté un scénario de reprise économique assez modérée pour 2002, avec une croissance un peu supérieure à 1 % en moyenne annuelle, s'achevant au rythme de 2 à 2,5 % l'an, tout en soulignant le lien étroit avec la reprise américaine. Or, selon le Medef, la « bonne nouvelle » d'une croissance en rythme annuel de 5,8 % du PIB américain au premier trimestre était due pour moitié à des restockages, et pour une autre bonne partie à l'augmentation des dépenses militaires. Trois problèmes majeurs demeurent : croissance très forte de l'endettement des ménages, capacités de production en excès freinant l'investissement, solde de balance des paiements extrêmement négatif. Au total, le Medef envisage une reprise américaine « limitée », avec une croissance proche de 1,5 % cette année, et un rythme proche de 3 % en fin d'année.

Monnaies et taux
Les taux à la hausse
Les statistiques américaines du chômage, au plus haut niveau depuis près de huit ans, les reculs des indices ISM industriels et services pour avril, ont fait fléchir le dollar, ce qui a permis à l’euro de casser à la hausse le seuil des 0,90 dollar. En mai, malgré quelques flottements lors des publications de données statistiques, l’euro s’est maintenu dans une fourchette de 0,91 à 0,925 dollar. Pour le court terme, les cambistes envisagent un maintien dans ces niveaux.
Malgré les hausses de leurs taux directeurs annoncées par la Suède en mars et en avril, par le Canada en avril, et la déclaration de la Banque du Canada avertissant qu’elle procéderait à de nouvelles hausses dans les mois à venir, la majorité des analystes financiers ne s’attend pas une hausse généralisée des taux des banques centrales avant l’été. Ils considèrent qu’il est beaucoup plus probable que ce relèvement intervienne en août, voire même plus tard dans l’année, si l’on s’en remet aux analyses du Beige Book publié par la Fed. Seule la Suisse, contrainte d’agir à contre-courant pour limiter la hausse du franc suisse considéré comme valeur refuge, a poursuivi sa politique de baisse en diminuant de 0,5 point les taux d’encadrement de la marge de fluctuation du Libor.
Les six principaux instituts de conjoncture allemands, dans leur publication commune de printemps, estiment que la BCE, dont le discours s’est durci, suivra la Fed. Ils tablent sur une hausse de 0,5 point du taux directeur de la Banque centrale européenne entre fin 2002 et début 2003. De son côté, la Fed ne devrait pas revoir sa politique de taux avant le mois d’août au plus tôt. L’OCDE estime que, compte tenu de l'accélération de la croissance économique, et malgré les réserves émises, la Fed devrait relever ses taux d'intérêt au second semestre, alors que la BCE devrait suivre plus tardivement si elle ne veut pas compromettre la reprise en Europe.

Par Patrick Cartier

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