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La Lettre des Achats - Novembre 2002 N°100
Novembre 2002

Tableau de bord

Conjoncture

La crise s’installe

Par Sophie Dorgan sdorgan@lettredesachats.fr

La crise s’installe

Après le rebond des échanges internationaux lors du premier semestre 2002, l’activité économique subit des turbulences fortement liées au ralentissement américain. Si les indicateurs conjoncturels soulignent des fluctuations baissières plus fortes en Europe qu’aux États-Unis, l’Asie bénéficie toujours d’un dynamisme assez fort, à l’instar de la Chine qui connaît une croissance de 7,9 % sur les neuf premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2001. Cependant, l’activité de l’Asie émergente risque d’être freinée par le ralentissement des demandes de ses principaux clients, Japon, États-Unis et Europe.

Zone euro

En Europe, le scénario n’est guère réjouissant. L’imbrication des perspectives économiques des deux côtés de l’Atlantique renforce la morosité. L’incertitude liée au contexte géopolitique d’un possible conflit en Irak, les turbulences boursières – en moyenne mensuelle, l’Euro Stoxx50 a perdu 30 % entre mars et septembre – et le manque de confiance des ménages refroidissent la croissance. Selon Eurostat, les prévisions sur le PIB des douze pays de la zone euro pour les troisième et quatrième trimestres sont revues à la baisse et passent d’une fourchette de 0,3 %-0,6 % à 0,2 %-0,5 %. Ces données chiffrées sont corroborées par l’Insee qui signale en septembre une dégradation du climat industriel. L’OCDE annoncera également, le 21 novembre, une révision à la baisse de ses prévisions estimées pour le moment à 1,8 % en 2002 et à 3 % en 2003. L’OCDE appelle aussi les Européens à remettre de l’ordre dans leurs finances publiques au moment où plusieurs pays prévoient des dérapages dans le pacte de stabilité budgétaire.
Dans le registre des mauvaises nouvelles, l’indice des directeurs achats PMI Reuters de septembre est repassé sous la barre des 50 et retrouve ainsi son niveau de février. La conjoncture allemande très maussade peut expliquer cette évolution. Cette tendance baissière est également confirmée par les enquêtes de la Commission européenne avec, dans les principaux pays européens, une dégradation de la confiance des industriels qui reflète la baisse des perspectives de production. À l’exception de l’Italie, ce mouvement négatif se poursuit depuis quelques mois. L’indice allemand IFO des perspectives à trois mois a reculé pour le quatrième mois consécutif en septembre. Malheureusement, la faiblesse de la demande intérieure ne permet pas de compenser le recul du commerce intra-zone.
Cette morosité générale s’avère contagieuse et l’enquête de la commission européenne montre une stagnation de la propension des ménages à consommer, sous l’influence de la dégradation du marché du travail. Dans cette optique, la hausse du prix du pétrole depuis l’été, de 24 dollars en juin à plus de 27 dollars en septembre, se répercute sur les dépenses des ménages et affecte les perspectives de croissance. Par ailleurs, l’inflation demeure mo-deste, malgré l’estimation en légère hausse des prix à la consommation d’Eurostat (2,2 % en septembre contre 2,1 % en août).
Le « oui » irlandais à la ratification du traité de Nice apporte une bouffée d’oxygène en levant l’hypothèque qui pesait sur l’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux pays. Mais cet accord soulève d’autres problèmes, notamment sur les aides agricoles et structurelles puis sur les « corrections » des contributions budgétaires.

France

Entre les inquiétudes géopolitiques, les turbulences boursières et l’érosion de la confiance des ménages et des entreprises, l’économie française affiche un profil bas. Le tableau statistique que dessinent les différents instituts de conjoncture n’engendre guère l’optimisme. Selon l’Insee, la croissance ne dépassera pas 1 % cette année, la plus mauvaise performance depuis neuf ans et « la traduction d’un environnement instable depuis dix-huit mois ». Cette révision négative s’accompagne de mauvaises nouvelles du côté du taux de chômage, prévu en hausse à 9,3 % fin décembre contre 9 % fin août, et des investissements des entreprises, affichant un recul de 0,4 % par trimestre entre juillet et décembre. Même constat pour l’indicateur avancé de la Caisse des Dépôts et Consignations. La CDC a également révisé à la baisse ses estimations pour le second semestre et annoncé une fin d’année 2002 presque atone. Selon cet indicateur, la croissance ne serait que de 0,2 % au troisième trimestre et de 0,1 % au quatrième, soit une croissance 2002 plus proche de 0,8 % ou 0,9 %. Dans ce contexte, Jean-Pierre Raffarin a reconnu que la prévision de 2,5 % de croissance en 2003 était « ambitieuse » et a concédé que « dans la présentation budgétaire, le taux de croissance est à la fois une estimation et une mobilisation ».
Ces perspectives baissières atteignent le moral des ménages, l’indicateur de l’Insee annonce un léger repli à - 18 en septembre contre - 17 en août. Les ménages, bénéficiant d’un pouvoir d’achat dynamique en hausse prévisible de 2,7 % au quatrième trimestre, continuent pourtant de consommer. Mais ils se tournent de plus en plus vers l’épargne dont le taux de-vrait s’élever, selon l’Insee, à 18,3 % du revenu disponible au quatrième trimestre – un record depuis vingt ans. Cette morosité est aussi confirmée par les chiffres de la production industrielle de juillet, en baisse de 1 % et de 1,3 % pour la production manufacturière. La reprise technique par les stocks semble très limitée et les stocks sont jugés trop lourds pour le troisième mois consécutif par l’Insee. Seul signe positif pour éclaircir le paysage : l’inflation. Elle est maîtrisée avec une faible hausse des prix de 0,2 % en septembre par rapport au mois précédent, ce qui ne devrait pas inhiber trop fortement le désir de consommation. Dans l’ensemble, l’activité française maintiendrait au second semestre un rythme inférieur à son potentiel néanmoins supérieur à celui de la zone euro.

Les points-clés
• Selon l’Insee, la croissance française ne dépassera pas 1 % cette année, la plus mauvaise performance depuis neuf ans.
• En France, le taux d’épargne devrait s’élever, selon l’Insee, à 18,3 % du revenu disponible au quatrième trimestre, un record depuis vingt ans.
• Selon Eurostat, les prévisions sur le PIB des douze pays de la zone euro pour les troisième et quatrième trimestres sont revues à la baisse et passent d’une fourchette de 0,3 %-0,6 % à 0,2 %-0,5 %.
• Dans la zone euro, l’indice des directeurs achats PMI Reuters de septembre est repassé sous la barre des 50 à son niveau de février.
• L’euro poursuit son effritement face au dollar. Depuis la mi-juillet et son franchissement de la parité, la monnaie unique des Douze a cédé plus de 3 % pour tomber en dessous de 0,97. Deux causes principales à ce glissement : le pacte de stabilité et l’élargissement de l’Europe.

Par Sophie Dorgan sdorgan@lettredesachats.fr

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