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La Lettre des Achats - Février 2020 N°290
Février 2020

Éditorial

Excès de zèle

Par François-Charles Rebeix

Excès de zèle

Il en va des études comme des opinions : souvent elles varient, pour ne pas dire qu’elles s’opposent, au point de révéler de sérieuses contradictions.

Ainsi, dans sa dernière mouture, livrée traditionnellement en début d’année, l’enquête AgileBuyer-CNA 2020 sur les tendances achats de l’année souligne que « seulement » 68 % des répondants font de la réduction des coûts un objectif prioritaire. Ce serait, selon les auteurs de l’étude, le plus bas taux (!) depuis l’origine de l’exercice (2011). Soit.
Un peu plus loin dans ce numéro, vous lirez le produit d’un travail similaire mené cette fois par le cabinet Deloitte (CPO Survey). Dans cette enquête, la réduction des coûts apparaît comme la première des préoccupations pour 98 % des interrogés. Nous laisserons au CNA, également partenaire de Deloitte, le soin de démêler ces deux positions assez différentes et d’explorer d’autre part les comparaisons possibles d’une enquête à l’autre.
Toutes ces organisations font beaucoup d’efforts – à raison – pour présenter les Achats sous leur meilleur jour. Mais qui peut raisonnablement penser que les Achats n’ont pas la réduction des coûts comme principale vocation ? Quelle est l’entreprise qui ne s’intéresse pas à sa structure de coûts et à ses marges ? La loi Pacte n’a pas encore totalement transformé l’objet social de toutes nos activités. Et quel raisonnement étrange d’entendre de bon matin (sur une matinale radio) que le poste Achats dépassant le montant des salaires, les Achats sont de facto plus importants ? Deux remarques : cette assertion n’est pas forcément vraie pour toutes les entreprises et rien ne permet de négliger le poste des salaires dans le montant d’une prestation achetée… Les délocalisations qui sont intervenues dans l’industrie et sans doute aussi dans les services nous le rappelleraient. Pas question pour nous cependant de nier toutes les autres missions qui doivent incomber aux Achats : sécuriser les approvisionnements, diversifier les sources, trouver toute solution alternative, penser responsabilité économique, environnementale et sociale tout à la fois, prendre part à l’innovation, contribuer à la transformation de l’entreprise, s’impliquer très en amont dans sa réflexion stratégique, etc.
Alors, à qui faut-il en vouloir de ce qui peut paraître parfois un excès de zèle ? Aux sondeurs ? Ou aux sondés ? Ni aux uns ni aux autres. Tant pour les deux l’exercice est abrupt. C’est entendu : les Achats ne se voient pas comme des « cost killers » (l’ont-ils été vraiment ?) mais plutôt comme des « business partners » (les laissera-t-on le devenir ?). Pas sûr que les Achats aient beaucoup à gagner à repeindre en vert (développement durable) voire carrément en rose (prescripteurs, fournisseurs, tous partenaires !) leurs missions premières. D’ailleurs, à la vérité, les directeurs des achats que nous rencontrons (ce mois-ci, Olivier Brunet, directeur des achats d’Imerys) ne s’y trompent pas.Ils savent assumer les positions fortes qui leur sont demandées. Seul le résultat compte…
Notre dossier du mois porte précisément sur les relations internes. Celles qu’entretiennent les Achats avec leurs prescripteurs sur des sujets usuels ou des projets de co-conception. Serons-nous exempts de contradictions ?
Pas sûr. À lire…

Par François-Charles Rebeix

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