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La Lettre des Achats - Octobre 2020 N°297
Octobre 2020

Marchés

Reportages

ICF Habitat
Des achats d’énergie qui deviennent des charges locatives

LVMH
Plein phare sur les datas des achats de transport

Par Guillaume Trécan

ICF Habitat

Des achats d’énergie qui deviennent des charges locatives

Pour éviter d’imposer à ses locataires une inflation de leurs charges, le bailleur social ICF Habitat (groupe SNCF) a dû mettre en œuvre une stratégie pointue d’achats d’énergie. Accompagné par le cabinet KLB Group, la directrice des achats, Virginie Tinel pratique désormais l’« achat dynamique » sur ses achats de gaz et, bientôt, sur ceux d’électricité.

La fin des tarifs réglementés de l’électricité, en décembre prochain ne va  pas prendre de court la direction des achats du bailleur social ICF Habitat (groupe SNCF), puisque cela fait près de six ans qu’elle les a anticipés ! C’est en effet en 2014 qu’elle a initié sur ses achats de gaz la stratégie qui lui permet aujourd’hui d’aborder ses achats d’électricité avec sérénité.
Des dépenses classées par la directrice achats d’ICF Habitat dans la catégorie fluides, qui pèse à elle seule 40 millions d’euros (dont 40 % pour le gaz, 18 % l’électricité et 42 % l’eau), soit beaucoup moins que les plus de 200 millions d’euros d’achats annuels de travaux, mais un poids non négligeable pour les locataires des quelque 95 000 logements du groupe. « C’est un portefeuille important et un axe stratégique non négligeable. Il était donc indispensable que nous arrivions à mettre en œuvre une stratégie d’achats efficace et ambitieuse », explique Virginie Tinel.

Près des 2/3 des charges locatives

 
Si les dépenses énergétiques du groupe sont stratégiques c’est parce qu’en bout de ligne ce sont les habitants qui les payent dans leurs charges. « Il faut que les personnes que nous logeons puissent les supporter en plus des loyers. Si nous ne maîtrisons pas ces charges, c’est d’autant plus compliqué », éclaire la directrice achats, qui poursuit : « la volatilité des marchés des fluides, que ce soit le gaz, l’eau ou l’électricité est très compliquée à expliquer au niveau des charges des locataires. » En moyenne, l’énergie représente près des deux-tiers des charges locatives et dans certains endroits les charges locatives pèsent plus cher que le loyer.
Avec un effectif de 21 acheteurs dont des experts travaux et pour le reste des acheteurs pluridisciplinaires, référents par familles d’achats, Virginie Tinel a dès 2014 fait le choix d’être accompagnée par un expert énergie du cabinet de conseil KLB Group, Joseph Habbouche, qui l’a aidée à comprendre les fondamentaux du marché du gaz, puis est intervenu en assistance à maîtrise d’ouvrage pour effectuer une analyse de différents scénarii et le sourcing auprès du marché fournisseurs.
Un premier accord-cadre a été mis en place en 2014 sur quatre ans avec plusieurs fournisseurs sélectionnés, puis un marché subséquent de deux ans sur 100 % des volumes. « Nous avons alors fait une belle opération parce que le marché historique était très élevé par rapport au marché concurrentiel », se réjouit Virginie Tinel qui précise que « la performance s’est chiffrée en millions. » Mais du fait de la volatilité du marché, la directrice achats a apprécié l’implication de Joseph Habbouche pour identifier le moment adéquat pour passer le deuxième marché subséquent pour les deux dernières années du contrat-cadre.
A l’issue de ce contrat, les choses se sont compliquées avec une évolution à la hausse des prix, une forte augmentation des taxes (TICGN). « Il fallait continuer à aller chercher des économies. Pas forcément pour faire de la performance achats mais pour compenser la hausse des taxes », commente Virginie Tinel.

Des achats à l’opportunité sur une partie du volume


Virginie Tinel et Joseph Habbouche décident alors de changer de tactique et de passer à « un achat dynamique ». Un nouvel accord-cadre est conclu sur quatre ans, toujours avec le même énergéticien (un leader du marché), assorti de clauses permettant d’acheter un certain niveau de volume à un instant T quand le marché est intéressant.
« Avec le fournisseur, nous nous voyons toutes les semaines pour observer la tendance du marché sur les années à venir et s’il y a une opportunité pour placer une partie de nos volumes pour rester proche de notre prix objectif cible », explique Joseph Habbouche, qui se considère dans « une démarche de co-construction » avec le fournisseur. En plus du gaz, l’énergéticien apporte aussi du service à ICF Habitat, avec la capacité à s’adapter à sa pratique de dématérialisation totale des factures et en lui fournissant un historique de facturation avec le détail des consommations par bâtiment, « ce qui peut influer sur les choix de travaux ou de remplacement d’équipement », précise Virginie Tinel.
Trois « clics » (actes d’achats) ont été enclenchés en 2019, suivis d’un quatrième et d’un cinquième au premier semestre 2020, couvrant 60 % des volumes prévus dans le contrat-cadre… sachant que, en achetant en 2020, des volumes pour 2022, ICF Habitat poursuit une « démarche continue de maintien des prix sur les années à venir ». Et Virginie Tinel voit encore plus loin, puisqu’elle envisage déjà de repasser un marché pour les années 2023 à 2026. Quand à internaliser la compétence achats d’énergie, ce n’est pas à l’ordre du jour pour la directrice des achats très claires sur ses priorités : « le cœur de métier d’ICF Habitat, c’est de loger des gens, construire, réhabiliter et entretenir des bâtiments. »
Portrait

Virginie Tinel
Directrice des achats

En chiffres
ICF Habitat
Bailleur social
Chiffre d’affaires (2019) : 478 M d’€
Effectif total : 1 534 personnes
Montant des achats : 450 M d’€
Effectif achats : 21 personnes

Par Guillaume Trécan

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