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La Lettre des Achats - Septembre 2020 N°296
Septembre 2020

Tendances

Étude

Etude PwC, CNA, DGE, CNI
Comment relocaliser 382 milliards d’euros d’achats ?

Par la rédaction

Etude PwC, CNA, DGE, CNI

Comment relocaliser 382 milliards d’euros d’achats ?

Une étude sur la relocalisation des achats stratégiques réalisée par PwC et le CNA avec la participation de la DGE met en lumière plus d’une centaine de catégories de produits qui pourraient être implantées sur le territoire national.

Dans la série des idées pour renaître meilleur de la crise du Covid-19, le cabinet de conseil PwC et le CNA apportent une contribution de poids avec une étude détaillée et documentée sur le potentiel de relocalisation de l’industrie française. Au bas mot, 58 catégories de productions industrielles représentant un potentiel de valeur de 115 Mds d’€ ont été identifiées comme étant particulièrement propices à une implantation en France ou jugées prioritaires pour leur criticité pour les chaînes d’approvisionnement des donneurs d’ordres français.

Les achats hors UE ciblés


Au total, 113 catégories de produits représentant 382 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 70 % des importations en France, pourraient faire l’objet de démarches de relocalisation (localisation) sur le territoire national. Ces produits se concentrent sur quatre secteurs d’activité identifiés par les experts de PwC : santé et pharmaceutique ; agroalimentaire ; électronique ; industries de process et d’assemblage. Pour en arriver à ce ciblage, ils ont défini un critère de criticité à partir de l’étude des montants d’importation, de la part de ces importations en provenance de pays hors Union européenne et du pourcentage d’achats importés dans les données des Douanes françaises et les données Eurostat (Prodocom). Ces analyses ont été enrichies par des entretiens avec des donneurs d’ordres et fournisseurs.

Localiser plus que relocaliser


Après avoir répondu à la question de « qu’est-ce qu’on relocalise ? », les experts de PwC ont invité plusieurs personnalités dont des professionnels des Achats à rappeler pourquoi on doit le faire, lors de la présentation de cette étude le jeudi 9 juillet. Une démonstration fournie notamment par Karine Alquier-Caro, la directrice des achats du spécialiste des infrastructures électriques et numériques Legrand pour qui la relocalisation est une nécessité opérationnelle face à des risques de ruptures et de pénuries chroniques. « Sur tous les éléments de composants électroniques et de produits semi-finis », rappelle-t-elle avant de préciser que « la relocalisation ne peut se faire que sur les technologies de demain », soit un tiers des produits identifiés par l’enquête, qui sont sur des catégories émergentes avec des enjeux d’avenir, dans l’électronique, par exemple, les capteurs pour les applications IOT et les accumulateurs.
Olivier Lluansi, associé PwC en charge de la practice industrie et maître de cérémonie de cette présentation reconnait lui-même que les démarches improprement désignées sous le terme de relocalisation sont en réalité « souvent des innovations dont on doit implanter la première localisation en France ».
Dans le secteur santé-pharma, l’ancien directeur des achats de Sanofi, Jean-Philippe Collin, note lui-aussi avec le sens de la formule que « l’une des meilleures relocalisations, c’est la délocalisation que l’on évite ». De son côté, il cite plus particulièrement les anticorps monoclonaux dont il estime « qu’il faut monter la base industrielle en Europe ». Dans l’agroalimentaire, les sujets de localisation concernent les vitamines et produits d’appoint pour les animaux, les protéines et les emballages ; dans les industries de process et d’assemblage, les moteurs électriques et les technologies de transmission de puissance, la fabrication additive…

Généraliser le TCO


Dès lors que l’on sait quoi localiser et pourquoi, restera la lourde tâche de définir comment faire. L’implication du CNA dans l’enquête désigne d’emblée la fonction achats comme étant, en principe, une partie de la solution. « Il n’y aura de relocalisation en France que s’il y a une demande structurée, c’est pourquoi nous avons fait appel à des acheteurs », rappelle Olivier Lluansi. « Certes il y a des questions de coût, de compétitivité, d’impôt de production… mais il y a plein de catégories où, en ne changeant pas grand-chose, une réglementation, ou une façon de voir, en prenant en considération le coût complet, les frais administratifs, la gestion des incidents d’approvisionnement, etc… on pourrait relocaliser avec une grande compétitivité », estime l’expert PwC.
Pour ce qui est de la capacité à prendre en compte le TCO, le président du CNA et directeur des achats groupe d’Eiffage, Jean-Luc Baras, répond présent au nom de ses confrères… tout en faisant prudemment une passe en retrait aux codirs. « Pour modéliser les risques et le potentiel de développement que l’on achète à travers sa politique achats, nous sommes prêts, nous avons les outils, les femmes et les hommes. Mais je crois qu’il faut que nous soyons accompagnés par une volonté claire des dirigeants politiques et des dirigeants des grandes entreprises », avance-t-il.
Associée PwC en charge de la practice achats, Isabelle Carradine rappelle de son côté les autres acteurs qu’il conviendra d’intégrer dans ce projet : les Régions, auxquelles ce portefeuille de produits va être présenté pour qu’elles se positionnent sur des territoires où localiser les investissements ; les fonds d’investissement, qui seront les partenaires incontournables de projets industriels ambitieux et les pouvoirs publics, notamment à travers les leviers réglementaires et fiscaux.

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