Publicité
La Lettre des Achats - Février 2020 N°290
Février 2020

Tendances

Études

Étude AgileBuyer 2020
Au revoir les "cost killers", bonjour les "business partners" ?

Baromètre Obsar
Les objectifs environnementaux montent en puissance

Baromètre des risques supply chain
Le coût du risque

Deloitte CPO Survey
La digitalisation des achats jugée sur son efficacité

Par Guillaume Trécan

Étude AgileBuyer 2020

Au revoir les "cost killers", bonjour les "business partners" ?

L’étude Tendances achats réalisée par le cabinet AgileBuyer en partenariat avec le CNA révèle les ambivalences de la fonction achats, qui se veut moins que jamais focalisées sur les coûts, mais peine à investir d’autres missions.

Avant la crise des subprimes en 2008, beaucoup d’acheteurs considéraient encore le qualificatif de Cost Killer comme une flatteuse reconnaissance de leur capacité à apporter des gains à l’entreprise, mais de l’eau à couler sous les ponts et cet anglicisme est majoritairement devenu infamant. Au-delà de sa connotation agressive, il ne reflète pas le potentiel de valeur qu’une direction achats peut apporter. Dans la version 2019 de l’étude Tendances achats réalisée par AgileBuyer en partenariat avec le CNA, réduire les coûts n’est d’ailleurs un objectif prioritaire que pour 68 % du panel, un point bas jamais atteint depuis 2011.

Des acheteurs bien dans leur peau


Et lorsque ce sondage en ligne réalisé en novembre 2019 demande aux acheteurs et responsables achats de choisir pour leur fonction les dénominations (deux réponses possibles) qui reflètent le mieux leur rôle, c’est Business Partner qui ressort en tête, cité par près de la moitié du panel. Pourtant, 44 % optent pour conserver acheteur, tandis que 26 % misent fièrement sur négociateur, auxquels s’ajoute une élite de 11 % qui enfonce le clou et préfère se voir en « Chief Negotiator Officer ».
La fonction achats évolue donc dans l’ambivalence entre affirmation de ses fondamentaux et aspiration à un rôle plus stratégique. Mais, si certains acheteurs verraient bien d’autres titres sur leur carte de visite, cela ne les empêche pas d’être bien dans leur peau d’acheteurs. En effet interrogée sur son état d’esprit, seule une petite minorité se montre insatisfaite : 3 % de « ras-le-bol », auxquels s’ajoute 8 % de « résigné et désabusé ». Des mécontents qui ne font pas le poids face aux 39 % de « motivé », aux 43 % d’« enthousiaste et engagé », sans compter les vibrionnants 6 % de « motivé comme jamais ».

Les gains, roi des KPI


L’intérêt et la diversité des missions qui s’offrent aux équipes achats sont sans doute à la source de cet enthousiasme. Reste que la performance des acheteurs continue à être très majoritairement évaluée sous l’angle de la réduction des coûts par les directeurs achats eux-mêmes. Les économies réalisées sont le critère d’évaluation de la performance de 55 % des acheteurs. Les autres critères d’évaluations se partagent de façon émiettée les suffrages restants. Dans l’ordre : la contribution au chiffre d’affaires (11 %), les risques contractuels (11 %), la réactivité (9 %), la gestion du cash (7 %) et les risques réputationnels (1 %).
Moins facile à évaluer, ces axes de travail se retrouvent également dans les bonus des 64 % de répondants qui en perçoivent. Seul 3 % du panel perçoit des bonus fondés uniquement sur les gains achats ; 43 % des personnes interrogées voient leurs bonus indexés sur leurs gains et d’autres critères ; 18 % des acheteurs perçoivent même des bonus sur des critères n’incluant pas les gains achats (en hausse de trois points par rapport à l’an dernier).
Du côté des compétences les plus recherchées par les directeurs achats pour leurs équipes, on trouve en tête la capacité à collaborer avec les fournisseurs (36 %), le leadership (35 %), le management de projet (33 %) et – toujours en embuscade – la négociation (32 %).

Pas assez actifs sur les délais de paiement et les startups…


Il existe donc aux Achats une conscience aiguë de l’intérêt de soigner ses relations fournisseurs. Mais que retrouve-t-on de ces bonnes intentions dans les pratiques achats ? Sur deux indicateurs au moins, la réalité réserve des déceptions. Sur l’élémentaire, pour commencer : les délais de paiement. Seul un tiers des personnes interrogées déclare que faire respecter les délais de paiement figure toujours dans ses objectifs. S’y ajoutent tout de même 30 % d’acheteurs pour qui c’est « souvent » le cas. Reste 19 % chez qui c’est rarement le cas et 17 % jamais. Préalable à toute action de collaboration, le respect des délais de paiement reste ignoré par près de la moitié des directions achats. Interrogés sur leurs actions en matière de « sécurisation », seul 48 % du panel cite le respect des délais de paiement. Une réponse qui est toutefois en hausse de huit points par rapport à
l’an dernier.
Sur le sujet beaucoup plus avancé du travail avec les startups, les lacunes sont encore plus criantes, avec les deux tiers (67 %) du panel qui confesse n’avoir aucun processus particulier pour travailler avec ces partenaires à la fois plus agiles et plus fragiles. Autre indice d’un manque de cadrage en la matière de la part des directions achats le nombre de répondants optant pour « ne sais pas », atteint le score inquiétant de 15 %.
Pire encore, interrogés sur le bon fonctionnement de ce processus, plus de la moitié (55 %) des 17 % de personnes qui en disposent indique qu’il n’est encore qu’en « phase débutant » ; 8 % ne savent pas s’il fonctionne et 2 % constatent qu’il ne fonctionne pas.

… trop occupé par les tâches à non-valeur ajoutée


Pas toujours présents sur des actions importantes liées au bon fonctionnement de la relation fournisseurs, les acheteurs le sont en revanche trop sur des tâches à non-valeur ajoutée. Près de la moitié des participants au sondage (49 %) indique être accaparée plus de 20 % de son temps par ce type d’actions. Pour 16 % du panel, c’est même 40 % ou plus de son temps de travail.
Au chapitre de ces actions chronophages, figurent les questions de conformité réglementaire liées en particulier à la loi Sapin 2 et au RGPD. Seuls 45 % des personnes interrogées estiment que leur temps de travail n’a pas augmenté sur les sujets de conformité réglementaire. Un quart des personnes interrogées affirme même qu’il a augmenté de plus de 25 %.
Pour faire évoluer ce constat d’une mutation restée au milieu du gué il reste les recrutements. Mais là encore, les résultats de l’étude AgileBuyer CNA laissent entrevoir des ambiguïtés. D’un côté la majorité des personnes interrogées (63 %) fait état de tension sur les ressources achats (« de qualité », précise toutefois le questionnaire) et 57 % indiquent avoir été contactés par un chasseur de tête ces trois derniers mois ; de l’autre, les personnes évoquant une hausse dans les effectifs du département achats sont finalement peu nombreuses : 28 %. Les directions achats peinent donc à trouver du sang neuf capable de relever les nouveaux défis qui l'attendent pour devenir Business Partner et elles ne le font pas massivement, ce qui laisse entier les problèmes liés à l’accroissement des tâches administratives.



Par Guillaume Trécan

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°290 - Février 2020

Le catalogue

Le catalogue Silex

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play