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La Lettre des Achats - Juin 2020 N°294
Juin 2020

Secteur Public

Interview

Nathalie Sébastien - Directrice générale adjointe - Aéroport de Martinique
« Nous voulions un pôle achats qui puisse proposer une stratégie aux prescripteurs »

Par Jean Chabod-Serieis

Nathalie Sébastien - Directrice générale adjointe - Aéroport de Martinique

« Nous voulions un pôle achats qui puisse proposer une stratégie aux prescripteurs »

En 2019, la SAMAC a créé son pôle achats, pour préparer les grands projets à venir. Parmi eux, le doublement de la surface de l’aéroport d’ici 2022. La directrice générale adjointe de l’aéroport Nathalie Sébastien revient sur l’importance de la professionnalisation des achats de l’aéroport pour mener à bien son plan d’investissement.

En 2019, la SAMAC a créé un pôle achats. Dans quel but ?

Notre service juridique abritait des acheteurs, mais il n’existait pas de pôle à part entière. Or, nous voulions développer le pilotage des achats pour accompagner les grands projets qui nous attendent, notamment le quasi-doublement de la surface de l’aéroport d’ici 2022 : de 24 000 m2 à 44 000 m2. Pour cela, nous avions besoin d’acheteurs plus spécialisés travaillant sur la base d’indicateurs de performance, avec des process achats plus structurés. Il s’agissait aussi de fluidifier les relations avec les prescripteurs et de planifier plus efficacement nos achats.

Pourquoi doubler la surface de l’aéroport d’ici 2022 ?

Le trafic aérien sur notre zone est en croissance depuis plusieurs années : +25 % sur les cinq dernières années, +2 % attendus en 2020 (avant la crise du Covid-19, Ndlr.). Nous avons franchi le seuil des deux millions de passagers en 2019 avec un an d’avance sur les prévisions, et nous visons les 2,5 millions d’ici 2025. Il s’agit donc pour nous de faire face à cette croissance en améliorant la capacité d’accueil des voyageurs et en nous mettant aux normes réglementaires, notamment le passage au standard trois pour les systèmes de contrôle des bagages en soute. Le projet d’agrandissement représente un budget de 80 millions d’euros sur deux ans et demi. Dans le même temps, nous ambitionnons de réduire nos charges de 5 % dès 2022. La structuration du pôle achats s’est faite en fonction de ces objectifs.

Que vous a apporté ce nouveau pôle ?

En 2019, en plein chantier, alors que les fondations venaient d’être coulées, notre mandataire principal a fait défaillance. Nous avons donc dû relancer le marché, en gardant les cotraitants (architecte et maître d’œuvre). C’est là que nous avons mesuré l’importance d’un pôle achats structuré : cette équipe renforcée, pour laquelle nous avons recruté un acheteur, nous a apporté des solutions efficaces pour réagir vite. Cela a permis à la responsable du contentieux de se concentrer sur la défaillance du mandataire sans avoir à gérer la nouvelle consultation.

Quel genre de profils avez-vous recrutés ?

À l’occasion de la création du pôle achats, nous avons recruté un troisième acheteur. Il a été formé en IRA – donc spécialisé en achat public – ainsi qu’en finances gestion, une double compétence précieuse. Et puis, à la suite d’un départ, nous avons recruté un autre acheteur, avec un profil de chargé d’affaires type bureau d’études, formé à l’achat public.

Mais au quotidien, que change ce nouveau pôle ?

Plusieurs choses : d’abord la négociation, indispensable à la recherche de performance et désormais permise depuis la réforme du code des marchés publics. Pour le chantier d’extension de l’aéroport, nous avons ainsi pu mener plusieurs phases de négociation. Ensuite, l’implication des clients internes dans la conception des marchés ; ainsi, sur le marché concernant le système de convoyage de bagages, prévu dans le projet d’extension, notre pôle achats a associé le service Maintenance pour que celui-ci puisse assurer la transition entre le système actuel et le futur système, sans rupture de service pour nos clients. L’idée, c’est que le fournisseur s’engage sur la pérennité des équipements et fasse une proposition cohérente avec nos besoins.

Pour vos clients internes, que représente la création de ce pôle achats ?

Nos principaux prescripteurs sont les Travaux, la Maintenance des infrastructures et les Opérations aéroportuaires. Certains de nos collaborateurs occupent leurs fonctions depuis bien avant la création de la SAMAC en 2012, ils ont donc pris des habitudes dans la rédaction de leurs cahiers des charges que nos acheteurs, de leur côté, recevaient sans les remettre vraiment en question. Aujourd’hui, les acheteurs questionnent les prescripteurs sur l’incidence économique de leurs choix. Face à un environnement réglementaire qui a beaucoup changé ces dernières années, nous voulions un pôle achats qui puisse proposer une stratégie aux prescripteurs et plus seulement être les exécutants des procédures de la commande publique.

Vous parlez de stratégie. En quoi la stratégie achat sert-elle la stratégie globale de l’aéroport ?

Elle la sert sous trois aspects, que j’ai évoqués : performance, définition du besoin et respect des délais. Ces trois aspects sont surveillés de près par nos clients (les compagnies aériennes), l’État (notre principal actionnaire) et notre conseil de surveillance. Et puis, n’oubliez pas que nous sommes sur une île, et que si nous voulons attirer des opérateurs d’ailleurs, nous devons être très précis dans l’expression du besoin, et très rigoureux dans le respect de nos calendriers. Cette anticipation sous-tend la création du pôle achats.

Concrètement, comment s’opère cette anticipation ?

Le pôle achats fonctionne désormais en mode projet. Un cabinet nous a accompagnés dans sa structuration et a mis à notre disposition un outil de planification qui permet d’inscrire tous les collaborateurs (prescripteurs et acheteurs) dans une vision globale du projet. Cette notion de planification est cruciale : nous sollicitons des financeurs qui attendent que les travaux soient réalisés dans le planning défini. La défaillance du mandataire en 2019 a été l’occasion de mettre le nouveau système à l’épreuve.

Quels sont vos projets pour le pôle achats ?

Nous étudions un projet de mutualisation achat avec d’autres opérateurs sur le territoire. Sur certains marchés – par exemple : les interventions sur les pistes –, nous envisageons une association avec la Guadeloupe, Saint Martin et la Guyane. Par ailleurs, nous mettons en place un système d’information qui regroupera nos indicateurs de performance.
Portrait
Nathalie Sébastien est à la fois DGA (directrice générale adjointe), DAF (directrice administrative et financière) et membre du directoire de la SAMAC, société gestionnaire de l’aéroport de Martinique. Elle en est, de fait, la responsable des achats.

En chiffres
Aéroport de Martinique
Société aéroportuaire
Création : en 2012 sous le statut de société anonyme à directoire et conseil de surveillance, ses capitaux sont publics : 60 % État, 25 % CCI de Martinique, 15 % collectivités territoriales
Effectifs : 142 personnes
Achats annuels : 40 M d’€, dont 15 M d’€ d’investissement et 25 M d’€ de prestations
Effectifs achats : 3 personnes

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