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La Lettre des Achats - Septembre 2014 N°230
Septembre 2014

Secteur Public

Interview

Bernard Tual - Directeur du service commande publique - Rennes et Rennes métropole
« Nous allons d’avantage centraliser la fonction achats »

Par Cécile Bontron

Bernard Tual - Directeur du service commande publique - Rennes et Rennes métropole

« Nous allons d’avantage centraliser la fonction achats »

Bernard Tual est le directeur de la commande publique rennaise. Les particularités de cette direction : mutualisation et décentralisation à la fois. Un subtil mélange que va éprouver le changement de statut de Rennes Métropole en 2015.

Quel est le périmètre achats dont vous avez le charge ?

Le budget de la ville est de 527 millions d’euros, celui de la communauté d’agglomération de 624 millions d’euros ; c’est un budget plus conséquent actuellement puisqu’il faut financer la nouvelle ligne de métro ainsi que la création d’un centre des congrès et d’une cité internationale (voir encadré). Sur ces montants, les achats représentent environ 250 millions d’euros. La direction de la commande publique a été créée en 2010, quand plusieurs services de la ville et de Rennes Métropole ont été mutualisés, dont les achats. Nous prenions alors collectivement conscience des possibilités qu’offrait la commande publique en termes de performances économiques, techniques et environnementales. Le contexte économique joue une influence importante sur la professionnalisation de nos achats. Les déficits publics et l’austérité budgétaire ne font que renforcer la nécessité d’une politique d’achat forte. La Cour des comptes, qui a remis son rapport annuel le 17 juin, parle des achats pour lutter contre les déficits publics. La cour insiste sur une politique d’achats plus efficace dans les collectivités locales, notamment entre les intercommunalités et leurs communes-membres.

Comment est structurée votre direction ?

C’est une organisation décentralisée. La direction de la commande publique compte 12 personnes, sous statut d’agents de Rennes Métropole, également réparties entre deux activités : un service Marchés qui s’occupe entre autres du contrôle interne, de la jurisprudence, du contrôle de légalité de la totalité des marchés ; et un service Animation de la politique d’achat, dont la mission consiste à coordonner l’activité de la trentaine de référents achat dans les directions. Plusieurs directions – rues, jardins, approvisionnements, etc. – ont leur propre entité marché, que nous assistons si besoin. Mais nous n’avons pas uniquement un rôle de contrôle ou de conseil auprès d’elles : notre direction dispose aussi d’une unité de production de marchés pour les directions qui ne sont pas dotées de référents. De fait, les directions voient que nous travaillons avec elles, que nous sommes confrontés aux mêmes problèmes ensemble.

Quelles sont vos marges de progression dans la mutualisation entre ville et communauté d’agglomération ?

En janvier 2015, la communauté d’agglomération de Rennes deviendra statutairement une métropole : elle n’en a que le nom pour le moment. Nous nous dirigeons donc vers une administration plus intégrée, avec un directeur général des services (DGS) unique pour l’ensemble des services des deux entités. Cette fonction sera assurée par le DGS actuel de Rennes Métropole. La conséquence sur les achats : nous allons davantage centraliser la fonction en réduisant – non pas le nombre d’acheteurs – mais le nombre des acteurs de l’achat, les prescripteurs, ceux qui pratiquent le benchmark, ceux qui définissent le besoin. Leur répartition est trop diffuse aujourd’hui. Il s’agit de professionnaliser l’achat : nous voulons que leurs fonctions soient reconnues dans la fiche de poste, qu’ils aient accès à des formations dédiées.

Quels moyens mettez-vous en oeuvre pour faire progresser la professionnalisation des acheteurs ?

Nous avons co-construit, avec les référents chargés des cellules marchés et des acheteurs dans les services, un guide d’aide à la négociation. Ce guide regroupe les règles de bon sens, des préconisations, etc. Impliquer tout le monde dans sa conception a été le meilleur moyen d’obtenir une large adhésion. Nous avons également mis en place un plan de formation à la négociation et nous allons développer une nouvelle offre de formation à l’analyse en coût complet. Le but est de spécialiser les agents et de faire en sorte que l’achat constitue l’essentiel de leur mission et non plus une partie comme actuellement. Afin d’avoir une méthodologie commune, nous avons aussi créé un vade-mecum sur la pondération des critères. Enfin, nous avons participé à la mise en place d’un guichet unique de la clause sociale dans les marchés publics. Porté par la maison de l’emploi, de la formation et de l’insertion, il centralise les réponses pour les acheteurs d’une vingtaine d’organismes publics qui ont tous signé au préalable une charte sur les clauses sociales : Rennes et sa métropole, le centre hospitalier, les universités Rennes 1 et 2, le département d’Îlle-et-Vilaine, la région Bretagne, le SAE, des sociétés d’économie mixtes locales, des bailleurs sociaux, des fédérations professionnelles.

Quels sont vos projets au niveau des outils ?

Nous avons principalement deux projets : le premier, concerne bien sûr la dématérialisation complète de nos procédures pour être en conformité avec les objectifs des nouvelles directives européennes fixés à l’horizon 2018, en complément de la dématérialisation comptable en cours. Le second, porte sur la mise en place d’un outil logiciel commun de production et de suivi. Cette application nous permettra d’améliorer l’efficacité et la sécurité de nos marchés. Enfin, notre troisième gros chantier concerne l’évaluation : celle de la satisfaction du besoin et celle du fournisseur. Nous mettons déjà quelques outils à disposition de nos acheteurs mais le but est de systématiser le processus.

Justement, comment est organisée votre relation fournisseurs ?

Nous ne centralisons pas non plus la relation fournisseurs, elle est prise en charge par chaque service doté d’une cellule marchés, qui entretient une relation avec les fournisseurs. C’est tout le problème de notre organisation que
nous voulons améliorer en maîtrisant notamment le nombre d’acheteurs. Nous passons plus de 1 500 marchés par an. Le panel de fournisseurs est donc très large et nous avons besoin de mieux le maîtriser. L’un de nos objectifs porte notamment sur le recensement des marchés passés avec les PME/TPE et la mise en place une méthode d’achat innovante pour leur faciliter l’accès à l’achat public.


Le temps des grands travaux
La ville de Rennes et Rennes Métropole construisent actuellement une deuxième de métro automatique pour l’agglomération, la ligne B, dont le coût devrait s’élever à 1,19 milliard d’euros. Démarré fin 2013, ce chantier devrait s’achever en 2018. Le projet de la Cité internationale Paul Ricoeur, dispose d’un budget de 21,6 millions d’euros. Les travaux ont débuté fin novembre 2013 et doivent s’achever début 2016. Quant au chantier du futur Centre des congrès construit sur le site de l’ancien couvent des Jacobins ils ont débuté en janvier 2014 et doivent s’achever fin 2016 et disposent d’un budget de 74,9 millions d’euros.

Portrait
Bernard Tual, (62 ans, juriste) est directeur du service commande publique de la ville de Rennes. Il a intégré les services de la ville en 1973. Il travaille d’abord à la direction des finances, puis à la commission des appels d’offres. En 1995, il rejoint le tout nouveau service des marchés publics. En 2010, il participe activement à la création de la direction de la commande publique.

En chiffres
Rennes et Rennes métropole
Municipalité
Budget : 1,15 milliard € dont 527 millions € pour la ville et 624 millions € pour l’agglomération
Effectif total : 5 000 personness
Montant total des achats : 250 millions €
Effectif achats : 12 personnes à la direction de la commande publique et 30 référents achats dans les directions

Par Cécile Bontron

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