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Par la rédaction

Pierre Pelouzet - Médiateur des relations inter-entreprises

« Le coût complet est un outil extraordinaire pour changer la vision des choses »

Pour le Médiateur des relations inter-entreprises, valeurs humaines et visions stratégiques de l’acheteur doivent se rejoindre dans la pratique du TCO.

Que peuvent faire fournisseurs et donneurs d’ordres lorsque la qualité de la relation se dégrade ?

Je vois trois possibilités : demander à un avocat de saisir le juge, ne rien faire et tout accepter (dans l’immense majorité des cas, c’est ce que font les PME), ou faire appel à la Médiation qui a l’avantage d’être gratuite, rapide, et d’éviter de se fâcher avec le client. Et surtout, dans 80 %, nous résolvons le problème.

Comment évolue le recours à la médiation ?

En 2013, nous avons réalisé 50 % de médiations en plus par rapport à 2012, nous sommes aujourd’hui sur les bases d’un millier par an, en sachant que nous avons des médiations individuelles, collectives, par filière ou inter-filières donc elles touchent de multiples entreprises. Nous sommes plus visibles, mais la situation ne s’arrange pas non plus. Le sujet principal de saisine concerne les paiements, ce qui semble très logique étant donné que la situation à ce sujet est assez catastrophique. Nous avons toujours un retard moyen de 12 jours, et l’on estime, qu’à cause des délais de paiement, il manque 15 milliards d’euros dans la trésorerie des PME. Les autres grands sujets portent sur la rupture brutale du contrat, la spoliation de la propriété intellectuelle, les variations des matières premières. L’année dernière, nous avons eu une saisine collective sur ce que nous avons appelé le « racket au CICE » (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Les grandes entreprises avaient exigé de leurs fournisseurs une réduction de prix immédiate équivalente au crédit d’impôt qu’ils allaient toucher. Cela été a été violent. Mais nous avons pu intervenir pour tuer dans l’œuf cette pratique honteuse.

Pensez-vous que la qualité de la relation fournisseur est devenue une véritable préoccupation des achats ?

C’est une question qui émerge, mais qui reste compliquée. Nous avons créé la charte des relations fournisseur responsables qui compte aujourd’hui 457 signataires. Et 17 entreprises ont déjà obtenu le label relations fournisseur responsables, bientôt 20. Sans oublier l’implication d’un nombre toujours plus grand d’entreprises dans le Pacte PME. Tout ceci prouve qu’il y a un réel mouvement de progression. Mais en parallèle, il existe des « court-termistes » dont les actions sabotent le travail de fond de leurs collègues responsables attachés au partenariat. C’est un triste comportement humain, malheureusement : dans une même entreprise, certains ont des valeurs et réfléchissent en coût complet quand d’autres estiment que la meilleure méthode consiste à exiger -10 % et d’améliorer sa trésorerie en allongeant les délais de paiement.

A quoi est-ce dû ?

Je pense qu’il y a un problème de valorisation du coût complet. Ce processus est sous-utilisé aujourd’hui de manière générale dans les achats. Et pourtant c’est un outil extraordinaire pour changer la vision des choses qui implique toute l’entreprise. Selon moi, il représente la plus belle porte de sortie pour valoriser les PME qui apportent de l’innovation, ou une différence. Et pour moi, la meilleure justification économique du made in France réside dans le coût complet. Si vous prenez un prix au départ de Chine et un prix au départ de France, le premier est souvent moins cher. Mais en ajoutant les coûts de transport, les coûts logistiques, l’impact carbone, les coûts qualités, la vérification de la qualité, beaucoup de produits que acheté loin et pourrait l’être beaucoup plus près de manière intelligente.

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