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La Lettre des Achats - Juillet-Août 2002   N°97
Juillet-Août 2002

Tendances

Chronique

« Il faut que tout change pour que tout se conserve »

Par François-Charles Rebeix fcrebeix@lettredesachats.fr

« Il faut que tout change pour que tout se conserve »

Le titre de cette nouvelle chronique, c’est la fameuse maxime du prince de Salina, alias « Le Guépard », dans le film du même nom tourné par Luchino Visconti en 1963 (1) d’après le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. En Sicile, au temps du débarquement des troupes de Garibaldi, le prince comprend qu’une époque s’achève – celles des grands féodaux – et qu’un ordre nouveau s’installe, dominé par des dirigeants désormais élus… Nous n’affirmerons pas, comme au cinéma, que toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence… Nous cherchions un prétexte, nous l’avons trouvé. Il nous fallait en effet rendre compte des remue-ménage que connaissent quelques organisations regroupant des responsables achats.

Ainsi, la CDAF (Compagnie des acheteurs de France) a, en toute discrétion, changé de président au début de l’année… 2001. François Girard (MAI 88) a ainsi succédé à Michel Raffet, en place depuis près de quinze ans. Mais si le « past president » a tout de même pris la tête d’une sorte de comité d’orientation presque taillé sur mesure pour lui, le jeune président a introduit quelques changements. Comme toute association dont les activités s’inscrivent sur un marché concurrentiel – dans ce cas précis, la formation professionnelle –, la CDAF est désormais soumise à de nouvelles obligations fiscales. Association par son statut, elle restait avant tout un organisme de formation et sa situation financière n’était plus aussi confortable. Le 21 juin dernier, son assemblée générale a donc adopté un projet de transformation radicale. À l’horizon 2003, la CDAF serait ainsi scindée en deux parties : l’une association, l’autre société commerciale, cette dernière sous la forme d’une SAS (société anonyme simplifiée). Bien sûr, la première serait actionnaire de la seconde. Actionnaire unique en attendant – pourquoi pas ? – d’ouvrir son capital à d’autres acteurs.
Nous avons souvent milité à La Lettre des Achats (voir La Lettre des Achats n°88 d’octobre 2001) en faveur de la création d’une véritable association de professionnels de l’achat ouverte à toutes les origines et capable de fédérer les multiples entreprises qui soutiennent cette fonction (conseil, formation, éditeurs de logiciels, presse, etc.) sans les concurrencer. Alors reconnaissons que l’histoire va dans le bon sens. Mais nous ne passerons pas sous silence les nombreuses questions que la CDAF s’est posées, et se posera sans doute encore, sur sa vocation véritable – fédérer une profession ? –, voire son financement aujourd’hui assuré par la vente de formations – mais demain par des cotisations, l’octroi de labels à d’autres organismes de formation ? Nous le savons, les échanges ont été rugueux. Les présidents de région (cinq en tout), forts de leur expérience du terrain, auraient prévenu du risque de paraître délaisser non seulement des activités rémunératrices mais aussi des occasions de tisser un véritable lien social entre acheteurs, surtout en région.
Ces derniers mois, de nombreux contacts ont été pris par les nouveaux dirigeants de la CDAF, des soutiens recherchés (écoles, entreprises, etc.). Mais le tour d’horizon a-t-il été suffisamment vaste ? Le débat vraiment porté sur la place publique ? Sans doute pas. À ne pas le faire, l’association risque pourtant de céder à l’isolement, voire à la tentation hégémonique. Son changement de statut n’y fera rien. Pour se financer, elle aura le souci de développer de nouvelles activités tandis qu’elle ne pourra pas s’affranchir vraiment de son statut d’actionnaire d’une société commerciale. L’ambiguïté ne sera pas supprimée, elle sera diluée. Et les échéances reportées. Or, l’association est au-jourd’hui confrontée à un double défi : élargir ses activités associatives et développer son outil de formation. Dans les deux cas, elle ne pourra pas le faire seule. Les temps ont changé, il faut assumer cette ouverture et accélérer le changement pour… conserver l’ensemble.
Le mouvement qui agite la CDAF n’épargne pas les autres associations achats. Ainsi, le Club Achats proposé et animé par Roger Perrotin (Cegos) pourrait se transformer en une véritable association et sortir de la tutelle de l’entreprise de conseil. Les 120 patrons achats qui font partie de l’aventure initiale pourraient être tentés de poursuivre au sein de la nouvelle structure qui s’est jurée de conserver sa dimension conviviale. Du benchmarking de proximité en quelque sorte. Un terrain sur lequel la CDAF a souhaité, elle aussi, être présente au meilleur niveau : depuis quelques mois, Françoise Missant, directrice des achats de Vivendi Universal, anime le club des directeurs achats de la CDAF. Du côté des écoles enfin, l’association des anciens du MAI est une affaire qui tourne – elle reste présidée par Jean-Marc André – tandis que les anciens du Desma de Grenoble viennent d’adopter une nouvelle dénomination, Adesa Club Achats-Acyde, et d’élire un nouveau bureau avec à sa tête Alexis Isaac-Demoustier (Pechiney). La journée de présentation des travaux de recherche collective, proposée et animée par Richard Calvi, responsable des formations continues, le 14 juin dernier, a fourni l’occasion de l’officialiser. Enfin, du côté d’HEC Management, l’ACA (les anciens du Cesa Achats) a changé, elle aussi, de président. Frédéric Petit (Key Corporate Solutions) a succédé à Thierry Grimbach (CCF) et promet sans doute, comme tous ses homologues, la plus large ouverture possible. Un premier pas vers de plus grands rapprochements encore ? Fidèle à notre message, nous le souhaitons ! Car au fond, ce qui rassemble ces associations est plus important que ce qui les sépare. Il leur faut simplement s’affranchir des fées qui se sont penchées sur leur berceau.
En attendant, le club qui a réuni en une seule fois le plus de patrons achats, c’est, ce mois-ci… La Lettre des Achats. Suite logique de notre précédent dossier sur les organisations, ils sont 60 directeurs achats groupe à figurer en photo dans ce numéro exceptionnel. Merci à eux et à toute l’équipe de La Lettre des Achats pour avoir relevé et réussi ce véritable défi ! Bonne lecture et bonnes vacances !

 

1. Parce que la mémoire reste approximative et qu’il faut citer ses sources : www.cinemaenlumiere.com

Par François-Charles Rebeix fcrebeix@lettredesachats.fr

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