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La Lettre des Achats - Novembre 2014 N°232
Novembre 2014

Tendances

Entretien

Philippe Guyomard - PDG - NTN Transmission Europe
« Corriger l’image d’une industrie automobile quittant la France »

Par Guillaume Trécan

Philippe Guyomard - PDG - NTN Transmission Europe

« Corriger l’image d’une industrie automobile quittant la France »

Onze syndicats professionnels, membres de la fédération des industries mécaniques (FIM), représentant différents métiers fournisseurs de l’automobile, viennent de créer le groupement FIM auto. Son président, Philippe Guyomard en expose les enjeux.

Vous venez d’être élu à la tête d’un groupement dédié à l’automobile au sein de la Fédération des industries mécaniques. Quel est son objet ?

Diverses instances ou organisations s’efforcent aujourd’hui de travailler sur les problèmes que connait la filière automobile. La plupart des ces organisations, comme par exemple la Fiev, sont principalement axées sur des problématiques de marché automobile. D’autres en revanche travaillent sur l’avenir de la filière à partir de points de vue métiers. C’est le cas par exemple du groupement des professionnels du métier de la plasturgie, ou encore de ceux du caoutchouc. C’est aussi le positionnement de FIM Auto. La FIM représente l’ensemble de la mécanique française, soit 30 720 entreprises et 112,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires ; 10 % de cette activité et un très grand nombre d’acteurs de la mécanique sont tournés vers le marché automobile. FIM Auto regroupe de fait onze syndicats (voir encadré) et notre souhait consiste à mettre en valeur ces différents métiers.

Quelles actions avez-vous prévu de mener ?

Nous n’en sommes encore qu’à la fondation de ce groupement et nous devons maintenant préciser notre plan d’action, ce qui sera fait avant la fin de l’année. Il suivra deux axes : la défense de nos intérêts et la promotion de notre filière auprès des donneurs d’ordres et des pouvoirs publics. Nous avons ainsi à cœur d’organiser notre filière mécanique pour trouver des synergies et apporter aux donneurs d’ordres des offres structurées émanant de plusieurs entreprises. A part quelques ETI, la mécanique est en grande partie constituée de PME, voire de TPE. En ce qui concerne la défense de l’attractivité de notre filière, nous voulons rappeler que si, en France, l’automobile est considérée de façon macro-économique comme une industrie qui perd des emplois, certains métiers qui travaillent pour elle sont néanmoins en train d’embaucher. Et nous faisons parti de ces métiers. Malheureusement l’image de la filière automobile s’étant dégradée, nous voyons s’évanouir des compétences. Il est donc nécessaire de communiquer sur nos perspectives d’embauche et nos besoins pour que l’offre de formation soit plus à même d’y répondre. Nous pourrions par exemple promouvoir des start-up qui se positionnent au croisement de la mécanique et de l’automobile, ou encore organiser des journées d’expertise pour échanger sur nos savoir-faire.

Qu’est-ce qui vous incite à organiser collectivement votre offre vis-à-vis des donneurs d’ordres ?

Nous sommes partis du constat que nos entreprises ont du mal à faire valoir leurs compétences auprès de grands donneurs d’ordres. Notre initiative s’inscrit dans le thème du «chasser en meute». Nous représentons des métiers aussi variés que la forge, les traitements de surface, l’usinage, la construction de machines spéciales… en mariant tous ces savoir-faire, nous pouvons proposer des offres complètes à des donneurs d’ordres qui ont plutôt tendances à nous oublier lorsque nous nous présentons en ordre dispersé. Nous voudrions participer au développement qu’ils envisagent. Lorsque nous entendons par exemple leur souhait d’intégrer plus de polymères dans les pièces de carrosserie, nous nous disons que nous avons peut-être une offre globale à présenter qui irait dans ce sens.

Travaillerez-vous sur des hypothèses de regroupements capitalistiques ?

Les sujets liés à la consolidation de la filière automobile seront forcément à étudier.

Quel écho avez-vous reçu de votre initiative ?

La PFA (Plate-forme de la filière automobile) est intéressée par la création de notre groupement parce qu’elle perçoit l’intérêt d’échanger et de travailler sur l’angle métiers. Nous devons maintenant nous partager les tâches et les missions.

Il semble que les perspectives s’améliorent pour les constructeurs et équipementiers. Qu’en est-il pour vos entreprises ?

Nous constatons en effet que la demande automobile en Europe est soutenue. Mais le marché automobile français semble avoir atteint un pallier et les constructeurs ont tendance à externaliser leurs moyens de production. Il est d’ailleurs logique qu’ils souhaitent baser leurs unités de production dans les pays où il y a de la croissance. Mais notre message consiste à attirer l’attention sur le fait que des entreprises de la mécanique tournées vers le marché automobile connaissent encore de la croissance… et pas seulement en R&D mais également en production. Nous sommes positionnés sur des produits qui sont encore susceptibles d’être fabriqués en France. Nous devons corriger l’image d’une industrie automobile quittant la France. C’est peut-être vrai lorsque l’on adopte une vision globale de marché, pas quand on regarde nos métiers en détail. La différence est grande, entre le fabricant d’un pare-choc, qui doit être relativement proche de l’usine qui achète ses pièces et un fabricant d’engrenages ou de roulements, dont les produits présentent beaucoup plus de valeur technologique dans un volume condensé et qui peut encore envisager de produire en France.

Malgré le niveau de professionnalisation très élevé de la fonction achats dans l’automobile, ses pratiques sont régulièrement pointées du doigt. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Les compétences achats sont évidemment une partie extrêmement importante des compétences de l’automobile. Mais les témoignages des adhérents de FIM Auto soulignent le fait que les modes collaboratifs mis en œuvre par certains constructeurs ou équipementiers étrangers (notamment allemands) s’avèrent beaucoup plus agréables et productifs qu’en France. Cela dit ce n’est pas en se plaignant que l’on fait avancer les choses, mais en faisant des propositions. C’est bien pour cela que nous nous attachons à développer nos synergies. Je peux comprendre que que les grands donneurs d’ordres ne soient pas vraiment intéressés par la proposition d’une PME de cinquante personnes. En revanche si cette PME fait partie d’un ensemble de plusieurs sociétés qui représente une masse critique, peut-être bénéficiera-t-elle d’une meilleure écoute.

Parvenez-vous à mettre en œuvre ces dynamiques de partenariat avec les fournisseurs de votre entreprise ?

Le mode collaboratif est en effet la ligne directrice de nos achats , avec une réussite satisfaisante. Par ailleurs, attachement de NTN SNR à la région Rhône-Alpes et à la Savoie est très profond. Nous nous efforçons de privilégier les entreprises de proximité et nous avons effectué plusieurs tentatives réussies pour fédérer un certain nombre d’entreprises autour de nos projets. Mais c’est sans doute une pratique que nous devons encore développer. Nous avons besoin d’alimenter notre propre fonction achats avec des idées de ce type.



Portrait
Philippe Guyomard  (53 ans, Ensam, Cedep Insead) est président du groupement FIM Auto. Il est également PDG de NTN transmission Europe, entité du groupe mondial NTN SNR. NTN Transmissions Europe est née en 1998 d’une alliance entre Renault et le groupe japonais NTN. Depuis NTN est progressivement monté au capital du spécialiste rhônalpin des roulements SNR, jusqu’à former un seul et même groupe. Philippe Guyomard a fait toute sa carrière dans l’automobile. Avant de rejoindre NTN Transmission Europe en 2009, il exerçait les fonctions de co-directeur général du fabricant de pièces d’habillage intérieur plastique Simoldes.

FIM Auto
La réunion fondatrice du groupement FIM Auto a eu lieu le 17 septembre. Cette organisation présidée par Philippe Guyomard est composée de onze syndicats membres de la fédération de la mécanique : Affix (association des fabricants de fixations mécaniques), AFF, Amics-E&PI (syndicat professionnel de l’usinage et de la machine spéciale), Artema (syndicat des industriels de la mécatronique), Cisma (syndicat des équipement pour construction, infrastructure sidérurgie et manutention), FIM Métaux en feuille, FIM Ressorts, FIM Moules et Prototypes, Symop (syndicat des machines et technologies de production), SNDEC (syndicat du décolletage), UITS (syndicat professionnel des industriels des technologies de surface).

Par Guillaume Trécan

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