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La Lettre des Achats - Mai 2002 N°95
Mai 2002

Tableau de bord

Conjoncture

Une reprise en demi-teinte

Publié le 15/09/2004 - Par Patrick Cartier

Une reprise en demi-teinte

Le FMI a repris début avril ses prévisions de croissance, avec une révision à la hausse de ses chiffres. Il prévoit ainsi une croissance économique mondiale de 2,7 % pour 2002 et anticipe une accélération du rythme vers la fin de l'année. Il prévoit une reprise plus rapide que prévu aux États-Unis et une nette accélération de la croissance mondiale l’an prochain, mais souligne le risque que présente un dollar surévalué et les faiblesses de l’économie japonaise. Une stabilisation du baril de pétrole au-dessus de 30 dollars remettrait ces chiffres en cause et entraînerait une révision à la baisse.

Zone euro

L’amélioration des enquêtes de conjoncture est encore timide et la hausse du pétrole depuis la mi-février risque de ralentir un peu la dynamique. En particulier, la consommation des ménages est très sensible aux variations de l’inflation. Or elle s’accélère depuis le début de l’année (+ 2,5 % en mars contre + 2,4 % en février), sous l’effet de la hausse des produits pétroliers. La vigilance des banques centrales devrait faire que cette hausse cyclique ne devienne pas tendancielle. Si la reprise de la croissance européenne ne fait plus de doute, elle risque d’être d’une ampleur plutôt modeste.

L'indice des directeurs d'achats (PMI) de la zone euro a enregistré en mars sa cinquième hausse mensuelle consécutive pour atteindre son point d'équilibre de 50,0 contre 46,8 en février, limite entre une situation de baisse ou d’augmentation de l'activité industrielle. Ce retour au point neutre montre que le rebond de la production industrielle prend forme dans la zone euro comme aux États-Unis. La reprise cyclique est parfaitement synchrone dans les deux zones, mais beaucoup plus faible en Europe.

Le secteur des services, le plus important des secteurs d'activité de la zone euro, a connu en mars son troisième mois consécutif d'amélioration et la confiance dans ses perspectives a atteint un plus haut en 19 mois. L'indice Reuters d'activité est ressorti à 53,1, après 51,5 en février. Le sous-indice des affaires nouvelles a lui aussi connu sa plus forte hausse en plus d'un an, pour s'établir à 52,8 en mars contre 50,6. Reflétant les espoirs de reprise dans la zone euro et dans le reste du monde, l'indice mesurant les anticipations sur un horizon à un an est quant à lui monté à 72,0, soit son plus haut depuis août 2000, après 69,7 en février.

France
Toutes les analyses économiques sont « parasitées » par la campagne électorale et les interprétations divergent en fonction des positions politiques. Toutefois, la dernière enquête Insee disponible fait état d’une amélioration modérée du moral des industriels en mars, malgré une stagnation de leurs perspectives quant aux carnets de commandes. L'Insee a révisé en légère hausse – de 0,5 % à 0,8 % – sa prévision de croissance pour le premier semestre 2002. De son côté, le gouvernement table sur une croissance de 1,4 % à 1,6 % pour l'ensemble de l'année. L'institut estime aussi que la remontée du chômage observée ces derniers mois va se ralentir d'ici juin, autour de 9,2 %. L'indicateur avancé de la Caisse des Dépôts et Consignations ne se montre pas aussi optimiste mais rehausse légèrement la projection présentée en mars. Le scénario est désormais celui d'une croissance de 0,3 % au premier trimestre et de 0,4 % au deuxième, en données cvs et des jours ouvrables.

En France, l'indice des services est passé à 54,7 contre 53,2, et l'optimisme des entrepreneurs a vivement progressé. Certaines entreprises observent toutefois que leurs clients diffèrent leurs contrats en attendant l'issue des élections présidentielles.
Selon une enquête sur le comportement des entreprises industrielles en 2001 et 2002 publiée par la Banque de France, la progression du chiffre d'affaires des entreprises industrielles a été de 3 % en 2001 et serait de 1 % en 2002. Pour 2002, les prévisions d'évolution des effectifs (- 1,7 % prévu) sont essentiellement affectées par un moindre recours à l'emploi intérimaire (- 20,7 % prévus dans l'industrie). Les investissements productifs sont annoncés en baisse de 5 %, alors que les dépenses immatérielles en informatique enregistreraient un rebond de 10 %. La baisse prévue des investissements en équipement (- 3 %) serait essentiellement due aux entreprises productrices de NTIC. Les investissements en construction seraient en recul (- 7 %). Les investissements sont majoritairement prévus pour le second semestre et viseraient, pour l'essentiel, à la modernisation et au renouvellement des capacités de production.

Monnaies et taux
Après que la BCE a confirmé début avril la fin du cycle de détente monétaire, en laissant une nouvelle fois ses taux directeurs inchangés, une enquête Reuters montre qu’une majorité d’analystes estime qu’un relèvement du loyer de l'argent est au programme de la BCE pour le second semestre. Leur position repose sur les signes annonciateurs d'un retournement de l'économie, la hausse des prix du pétrole et la crainte d'une inflation induite par les hausses de salaires, en Allemagne notamment, et un regain d'inflation générale dans l’ensemble de la zone euro. Quant à la date de remontée effective des taux, les avis sont partagés. Sur 50 d'entre eux, deux attendent une hausse avant la fin juin, 23 tablent sur le troisième trimestre et 18 sur le quatrième. Un économiste penche pour septembre ou octobre, un autre pour décembre ou janvier et le dernier pour janvier. À la fin 2002, 22 d’entre eux prévoient que le taux sera remonté à 3,50 % tandis que quinze pensent qu'il sera passé à 3,75 %. Cinq tablent sur 4 % et deux sur 4,25 %. Cinq estiment en revanche que le taux restera à 3,25 %.
Les estimations actuelles donnent toujours l’euro dans une fourchette de 0,87 à 0,90 dollar aux deuxième et troisième trimestres, mais les experts peinent à prédire l’évolution des grandes monnaies et les avis sont très divergents. La Fed, de son côté, s’interroge sur la vigueur de la reprise et ne remonte pas ses taux pour l’instant.
Alors que la Chine, à la suite de son entrée dans l’OMC, étudie l’hypothèse d’un assouplissement de son régime des changes, elle a signé avec le Japon un accord d’assistance monétaire afin de parer une éventuelle attaque spéculative des devises asiatiques. Les banques sont désormais autorisées à effectuer des transactions en euros en Chine. L’hypothèse monétaire semblant la plus probable est l’ancrage du yuan à un panier de devises et non plus un amarrage fixe au dollar (8,27 yuans pour 1 dollar), comme depuis des années.


Publié le 15/09/2004 - Par Patrick Cartier

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