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La Lettre des Achats - Avril 2002 N°94
Avril 2002

Tableau de bord

Conjoncture

Un rebond ne fait pas le printemps

Publié le 16/09/2004 - Par Patrick Cartier

Un rebond ne fait pas le printemps

Dans son rapport annuel sur le financement du développement, la Banque mondiale estime que le taux de croissance se limitera à 1,3 % cette année. La croissance devrait repartir l'an prochain avec un taux de 3,6 % et de 5 % pour les pays en développement, après 3,2 % cette année. Pour les États-Unis, la banque table sur 1,3 % en 2002 et 3,7 % en 2003, dans le droit fil de propos récents d’Alan Greenspan. Pour le Japon, la banque prévoit une contraction de 1,5 % cette année et une croissance de 1,7 % en 2003. Pour la zone euro, le PIB progresserait de 1,2 % puis de 3,3 % l'an prochain. Les taux de croissance les plus élevés seront enregistrés dans les pays en développement, l'Asie du Sud-Est remportant la palme avec 5,2 % cette année et de 6,9 % en 2003. Pour l'Amérique latine (Caraïbes comprises), la banque est plus pessimiste qu'en octobre, avec un taux de croissance globale de 0,5 % pour cette année.

Zone euro

La Commission européenne prévoit une croissance du PIB comprise entre + 0,4 et + 0,7 % au deuxième trimestre par rapport au premier. Ces prévisions confirmeraient que la phase de ralentissement est terminée, mais semblent indiquer une reprise modérée. L’enquête Insee de mars montre que la conjoncture industrielle (hors agroalimentaire) s'est redressée en février. La perception de la tendance de la production par les industriels a rebondi, tandis que les carnets de commandes se regarnissent quelque peu. Toutefois, les enquêtes allemandes, et dans une moindre mesure françaises, ont une tonalité un peu moins optimiste : les carnets de commandes globaux comme étrangers ne s’améliorent pas en février, relève l'Insee. L’avenir, ce sont les Purchasing Managers Indexes (PMI) qui peuvent en donner idée : ils sont en hausse pour l’ensemble de l’Europe, mais aussi le Royaume-Uni et la Suisse.
La tendance à la hausse de l’inflation et la remontée d’un certain nombre d’indices donnent à penser que la BCE ne bougera pas pour l’instant ses taux d’intérêt. Elle les a d’ailleurs laissés en l’état lors de sa réunion de mars. Or les analystes pensent que la reprise sera nettement plus lente dans la zone euro qu’aux États-Unis, malgré l’amélioration d’indicateurs ces derniers mois. Pour la majorité d’entre eux, l’absence de détente monétaire de la BCE en avril ou en mai serait une déception. Elle retarderait encore la reprise, alors que les prévisions d’investissements sont toujours basses et que les estimations de résultats des sociétés pour l’exercice en cours sont revues à la baisse. À titre de comparaison, les taux américains actuels sont inférieurs de 100 points de base à l’inflation sous-jacente, alors qu’en Europe, ils lui sont supérieurs de 150 points de base.

France

Après le recul du PIB de 0,1 % au quatrième trimestre, l'économie démarre 2002 avec un acquis de croissance d'à peine 0,2 %, alors que le gouvernement table sur une croissance de 1,4 à 1,6 % pour l'année, après 2,0 % en 2001. Autre point négatif : l’Unedic a estimé que le chômage devrait augmenter de 50 000 personnes en 2002, après avoir annoncé une stabilisation en décembre (-10 000). Le ralentissement des créations d'emplois en 2002 devrait s'accentuer, avec environ 111 000 postes supplémentaires, contre 170 000 à 244 000 prévus en décembre. La consommation des ménages, malgré son recul de février, devrait bien résister en 2002, avec une quasi-stagnation au premier semestre et une croissance positive dans la seconde partie de l’année. Les ménages ont assez d’épargne (taux d’épargne de 15 %) pour soutenir leur consommation malgré un ralentissement prévisible du revenu.
Du côté des exportations, 2002 devrait être meilleure que 2001. Tout d’abord, les exportations ont baissé de 16 % sur un an, ce qui entraînera mécaniquement un effet de base positif en 2002. Ensuite, la reprise aux États-Unis devrait amorcer la pompe du commerce international, et avec un euro faible, les entreprises européennes sont très compétitives. En revanche, il est difficile d’espérer une forte contribution de l’investissement. Selon l’enquête Insee de janvier sur les investissements dans l’industrie, les chefs d’entreprise prévoient une baisse de 3 % de l’investissement en 2002 (- 4 % en octobre) après une stagnation en 2001 (+ 3 % lors de la précédente enquête). Il y a cependant un écart considérable entre les prévisions des industriels en janvier et la réalisation (4 points de % en moyenne historique). De plus, mis à part certains secteurs, la majorité des entreprises françaises n’a pas surinvesti ces dernières années et n’a donc pas besoin d’une longue période d’ajustement, comme aux États-Unis.
Les entreprises françaises sont moins optimistes que l'année dernière, malgré une légère remontée du moral des industriels quant aux perspectives générales : 52 % anticipent une progression de leur chiffre d'affaires en 2002, contre 59 % un an plus tôt, selon le baromètre d'Eurofactor. Le chiffre est de 61 % dans les services.

Monnaies et taux
La Suède a donné le signal de la hausse en relevant son taux de prise en pension à 4 %, contre 3,75 % précédemment. Vingt-deux des 24 spécialistes en valeurs du Trésor (SVT), interrogés après le compte rendu semestriel de politique monétaire de la Fed, pensent que la Réserve fédérale ne modifiera pas son principal taux directeur, celui des Federal Funds, jusqu'au 30 juin. La remontées des divers indices (confiance, PMI, ISM, etc.) en février, tant en Amérique qu’en Europe, renforce le clan de ceux qui anticipent une remontée des taux d’ici la fin de l’année. Les prévisions actuelles de taux sont donc très disparates. Pour l’Europe, la plupart des économistes et des marchés jugent de fait que la BCE ne baissera plus ses taux et que son prochain mouvement sera un relèvement du coût du crédit.

Les points-clés du mois
• En Europe, l’industrie a touché son point bas et plusieurs signaux indiquent un redémarrage. La reprise devrait être plus tardive qu’aux États-Unis et moins marquée.
• Le différentiel de croissance entre UEM et États-Unis jouera contre l’euro qui devrait évoluer dans une fourchette de 0,85 à 0,90 dollar.
• Aux États-Unis, l’impact de la baisse attendue de la consommation devrait être atténué par le ralentissement du déstockage.
• La dégradation des finances publique au Japon est préoccupante : un scénario de crise ne peut plus être exclu.
• Le cycle d’assouplissement monétaire est probablement achevé. La BCE ne baisserait plus ses taux et la Fed commencerait à relever les siens en septembre, avec pour objectif une politique monétaire neutre en 2003.

Publié le 16/09/2004 - Par Patrick Cartier

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