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La Lettre des Achats - Mai 2002 N°95
Mai 2002

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Industrie automobile
PSA Peugeot Citroën ouvre les portes de sa stratégie business to business

Publié le 15/09/2004 - Par Pierre Chevanne

Industrie automobile

PSA Peugeot Citroën ouvre les portes de sa stratégie business to business

La stratégie business to business de PSA Peugeot Citroën s’articule autour de trois projets majeurs : une toute nouvelle version du portail fournisseurs, Psa-Suppliers, la participation à Covisint et l’intégration aux systèmes d’information de ces deux outils. Les résultats tombent : multiplication par dix du nombre d’enchères, connexion de tous les fournisseurs programmée, nouvelles fonctionnalités du portail, utilisation de Covisint pour des projets de travail collaboratif…

À l’heure où PSA annonce une croissance de 28,9 % de son résultat net et de 16, 9 % de son chiffre d’affaires, la stratégie business to business du groupe intéresse l’analyse. Au sein de PSA, les relations fournisseurs recouvrent en effet des problématiques très variées : innovation, développement de projets, gestion de la chaîne d’approvisionnement auprès des fournisseurs de différents rangs, ainsi que tous les actes d’achat et les processus comptables afférents. La stratégie business to business du groupe consiste à intégrer ces différentes fonctions à travers la nouvelle version du portail et Covisint.

Psa-Suppliers revisité

Premier élément de la stratégie business to business, une troisième version du portail fournisseurs, ouvert en mai 2001, Psa-Suppliers, vient d’être lancée. Les différences avec la précédente version sont à la fois d’ordre quantitatif et d’ordre qualitatif. Le portail s’adresse à un nombre plus élevé de fournisseurs et dispose de fonctionnalités plus nombreuses et plus étendues. Il est aussi plus dynamique dans le sens où il intègre les informations des fournisseurs. C’est le cas par exemple de la base fournisseurs qui leur permettra de mettre à jour leurs données dans les systèmes d’information de PSA. Seconde modification importante, la nouvelle version prévoit la possibilité d’échanger des documents, alors que la première version offrait l’accès à 4 000 documents et références, sans permettre les échanges. Enfin, le portail ouvrira aux fournisseurs la possibilité de lancer et d’administrer des forums, privilège jusqu’ici réservé au constructeur.
Au cours de l’année 2002, PSA compte connecter l’ensemble de ses fournisseurs à Psa-Suppliers. À ce jour, seulement 200 d’entre eux le sont effectivement, sur un total de 450 pour le domaine de la production et de 6 000 pour le hors production. L’outil a été conçu pour optimiser les processus d’information et de travail avec les fournisseurs de différents rangs. « Dans un contexte où les fournisseurs tiennent un rôle accru avec des responsabilités élargies, le portail Psa-Suppliers représente pour nous un outil stratégique », explique Annick Gentes-Kruch, directeur business to business du groupe.
Cette nouvelle version du portail est appelée à être enrichie. Elle comprendra la recherche et l’inscription en ligne de nouveaux fournisseurs. Psa-Suppliers offrira alors toutes les modalités de communication : de PSA à l’ensemble des fournisseurs, des fournisseurs entre eux et des fournisseurs à PSA avec un espace commun, un espace fournisseurs et un espace collaboratif.

Un an de Covisint

Au terme d’un an d’utilisation de la place de marché, quelle est la place de Covisint dans la stratégie de PSA ? 2001 a été l’année de la validation technique, de l’adaptation des méthodes de travail et des tests. Le bilan varie en fonction des différentes fonctionnalités, enchères, appels d’offres, catalogues, supply chain ou ingénierie collaborative.
La première brique de Covisint, l’e-procurement, offre la possibilité de mener des enchères inversées, d’émettre des appels d’offres ou de gérer des catalogues. « Pour les enchères, le bilan est positif, analyse Annick Gentes-Kruch. Nous déployons l’outil cette année pour mener plus de 200 enchères, c’est-à-dire presque une enchère par jour de travail ». En 2001, le groupe PSA a conduit des enchères pour plus de 200 millions d’euros. Elles ont concerné aussi bien les pièces de séries, pour les deux tiers, que les frais généraux. Il semble difficile à ce jour d’estimer précisément les économies réalisées. Les enchères ont porté sur des pièces de nouveaux modèles, pour lesquels il n’existait pas d’éléments de comparaison. « Il n’y a pas de règles pour les économies, complète Annick Gentes-Kruch. Elles varient selon les enchères de zéro à une économie à deux chiffres. Mais nous savons que l’outil nous permet de gagner du temps et d’être plus productifs dans nos appels d’offres ». Avec une multiplication par dix du nombre d’enchères entre 2001 et 2002, le constructeur automobile confirme la place de cet outil dans sa stratégie achats.
Le bilan est plus mesuré pour l’émission d’appels d’offres en ligne. La sélection de Matrix One en septembre 2001 par Covisint a ralenti le déploiement de l’outil. Cette fonctionnalité, qui intéresse le constructeur, sera déployée au cours du second semestre 2002. Deux catalogues en ligne étaient aussi en phase de test en 2001. Le projet peut paraître mesuré mais il a un impact dans toutes les directions, achats, approvisionnements, qualité, gestion et comptabilité. Il change les méthodes de travail pour l’approvisionnement, la réception et la facturation. Le test est réussi dans la mesure où le constructeur prévoit de mettre en ligne 25 catalogues en 2002.

Supply chain et EDI

La deuxième brique de Covisint repose sur la gestion de la supply chain. Covisint permet de connecter les fournisseurs qui n’ont pas encore de liens directs avec le constructeur. L’objectif affiché du groupe est de relier l’intégralité des fournisseurs métiers au web EDI, en complément de l’EDI standard. De plus, il est prévu d’ouvrir la connexion aux fournisseurs de frais généraux. En ce sens, Covisint couvre la plupart des besoins du constructeur. Toutefois, le marché américain, pour lesquels les outils ont été conçus, est structuré différemment du marché européen. La différence est particulièrement sensible pour la gestion des stocks de véhicules et de sous-ensembles. C’est pourquoi Covisint peine à trouver sa place dans la stratégie de gestion de la chaîne d’approvisionnement, au-delà de la connexion au web-EDI.
Le troisième élément du bilan de Covisint est constitué par les outils de travail collaboratif. Le groupe utilise Covisint pour gérer différents partenariats. Les fonctionnalités collaboratives de la place de marché permettent notamment l’envoi des spécifications techniques aux acheteurs de PSA. Les modifications en vie série de la boîte de vitesses automatique A4L avec Renault constitue un exemple des possibilités ouvertes par Covisint que les deux constructeurs utilisent pour suivre le projet.
Covisint ne constitue qu’un aspect de la stratégie de PSA en termes d’ingénierie collaborative. Le groupe a développé depuis plusieurs années ses propres outils de partage de la maquette numérique et des modules d’échanges des données techniques avec le lancement du projet Ingenum en 1998. En 2002, PSA prévoit de multiplier par huit le nombre de fournisseurs connectés à Ingenum et de couvrir 150 sites.
Le recours à Psa-Suppliers et à Covisint suppose que ces outils soient intégrés aux systèmes d’information du groupe. En effet, au-delà des achats, la stratégie B to B devrait toucher environ 20 000 personnes qui ont un rôle vis-à-vis des fournisseurs : les approvisionnements, la comptabilité fournisseurs ou l’ingénierie. C’est pourquoi la pierre angulaire du projet réside dans la possibilité d’intégrer l’ensemble des applicatifs aux systèmes du groupe. Reste qu’en dépit des problématiques techniques que cela sous-tend, le portail est resté un projet géré par la direction des achats. « La maîtrise d’ouvrage a été confiée aux achats ; je suis moi-même un ancien acheteur », explique Sylvain Dubois, responsable du projet, qui anime une équipe de douze personnes, acheteurs et techniciens.

Covisint ou Psa-Suppliers ?

Covisint se présente aujourd’hui davantage comme un outil de gestion de projets, avec des informations sur les délais ou sur le suivi des échanges, que de travail collaboratif. Derrière le concept générique d’ingénierie collaborative se cachent des fonctionnalités relativement simples tel l’horodatage ou plus complexes comme la possibilité de travailler en commun sur des données techniques. Ici réside toute la complémentarité entre l’ingénierie collaborative que prévoit Covisint et la maquette numérique que comporte par exemple le portail fournisseurs. Pour le groupe, Covisint présente deux avantages majeurs. Il a permis de mutualiser les coûts de développement entre les différents constructeurs et il est l’occasion de statuer sur des standards communs au monde de l’automobile. Mais pour les fonctions avancées ou pour des problématiques spécifiques au groupe, l’expérience montre que PSA préfère déployer ses propres outils pour compléter ceux de Covisint.
En cours d’utilisation ou de déploiement, les outils de Covisint et du portail permettent donc gérer en ligne les achats, la chaîne d’approvisionnement ou la co-conception avec les fournisseurs. 2000 a été l’année des choix, 2001 l’année des tests. Dans la stratégie du groupe, 2002 sera l’année du déploiement à grande échelle. Avec ces nouveaux développements et l’intégration à ses systèmes internes, PSA Peugeot Citroën donne corps au concept d’entreprise étendue.

Le groupe PSA
Peugeot Citroën
Chiffre d’affaires : 51, 66 milliards d’euros (soit une croissance de 16,9 % entre 2000 et 2001)
Résultat net : 1,691 milliard d’euros (croissance de 28,9 %)
Chiffre d’affaires achats
27 milliards d’euros dans le monde.
Effectifs achats : 1 000 personnes
Nombre de personnes impliquées dans la relation fournisseurs : 20 000
Les achats se répartissent en deux catégories. Les achats de pièces de séries représentent 75 % du total des achats. Avec 450 fournisseurs, dont 50 réalisent la moitié du chiffre d’affaires, il s’agit d’un marché très concentré. Ces fournisseurs sont globaux et leur périmètre d’action est très large avec par exemple une intégration à la recherche et au développement. Le groupe PSA évolue pour ce type d’achats vers des achats de sous-ensembles. La deuxième catégorie est composée des achats tertiaires, de prestations ou de bâtiments. Elle regroupe 6 000 fournisseurs. À la différence des achats de production, le marché est hétérogène et l’intégration est moindre. Les achats représentent 70 % du coût d’une voiture.

Publié le 15/09/2004 - Par Pierre Chevanne

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