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Publié le 19/01/2021 - Par François Le Roux

Matières premières : pas de flambée des prix en 2021

La facture « matières premières » ne va pas baisser pour les entreprises européennes. Tirés par la bonne tenue de l’économie chinoise, les prix ont d’ores et déjà renoué avec leurs niveaux d’avant crise. Mais au-delà du seul critère des coûts, les Européens commencent à se mobiliser pour sécuriser leurs approvisionnements face à l’appétit de l’ogre chinois.
Baromètre de l’activité économique mondiale, d’où son surnom de «Docteur Copper», le cuivre a rebondi à des plus hauts de sept ans. Le métal rouge comme l’ensemble des matières premières bénéficie de la santé retrouvée de l’économie chinoise. « Les prix des métaux industriels n’ont pas attendu la fin de la pandémie du Covid pour repartir à la hausse. Après un premier trimestre 2020 dramatique, où le cuivre a chuté de 20 %, le nickel de 18 % et l’étain de 15 %, l’effet rebond a été notable. L’explication tient en un seul mot : la Chine, pays fondamental pour les matières premières. Dès le mois de mai, les marchés ont acheté la maîtrise de la pandémie par Pékin et ses plans de relance engagés dans les infrastructures » explique Yves Jégourel, économiste et directeur adjoint de Cyclope.
Les stratégistes de BNP Paribas Wealth Management sont ainsi à l’achat sur l’argent, le platine et le palladium, qui sont à la fois des métaux précieux et des métaux industriels, mais aussi certains métaux de base comme le cuivre et le nickel, qui profiteront de la reprise économique mais également de leur exposition aux véhicules électriques. (Voir l’analyse Focus stratégie d’investissement de décembre 2020).
Avec ce rebond, la chute des prix enregistrée en début d’année a désormais totalement été effacée. « En novembre, tous les métaux industriels étaient repassés au vert, avec mi-décembre une progression de plus de 25 % pour le cuivre sur le LME par rapport au 1er janvier et de 57 % pour le minerai de fer » précise Yves Jégourel. L’autorisation du vaccin anti-Covid de Pfizer BioNTech aux États-Unis a même donné un nouveau coup d’accélérateur à cette hausse. L’indice S&P, qui évalue un panier de matières premières, a bondi de 14 % sur le seul mois de novembre.

La volatilité dominera


Une nouvelle envolée des prix des matières premières ne constitue toutefois pas le scénario privilégié pour 2021. « La volatilité constituera le principal marqueur, 2021 se singularisant par une absence de tendance. Les incertitudes perdureront, le vaccin ne signifiant pas la fin des problèmes mais le début d’éventuelles solutions » anticipe Yves Jégourel, qui pointe différents obstacles au renchérissement des prix des métaux. « Des vents contraires agitent les fondamentaux de nombreuses matières premières. En déficit sur les huit premiers mois de l’année 2020, le cuivre pourrait ainsi voir la hausse de ses prix se tasser, voire plus, avec la réouverture des mines au Pérou. Par ailleurs, l’élection de Joe Biden ne signifiera pas la fin des barrières tarifaires et non-tarifaires internationales, avec à la clé un manque de lisibilité persistant du marché en 2021 ».
Face à cette montée des barrières douanières et à la nécessité de sécuriser l’approvisionnement des entreprises européennes en métaux critiques, l’Europe a en tout cas réagi avec le lancement de l’Alliance européenne des matières premières (Erma). « Créée fin septembre, l’Erma marque enfin un changement de discours de l’Europe. L’objectif est de rendre l’Europe économiquement plus résiliente en diversifiant ses chaînes d’approvisionnement sur les métaux stratégiques pour la transition environnementale et numérique » salue Yves Jégourel, tout en rappelant les carences des démarches passées : « L’essentiel des efforts jusqu’à présent reposait sur l’idée que le recyclage suffisait. Mais le métal recyclé à partir d’une batterie de voiture ne conduit pas forcément à un métal de qualité suffisante pour produire une nouvelle batterie ».

Redévelopper un secteur minier européen


La reconstitution d’un secteur minier respectueux des normes écologiques est aussi l’un des enjeux pour contrecarrer la domination de la Chine. « La Chine a, depuis bien, longtemps lourdement investi sur le segment des matières premières, et notamment sur celui des métaux. La concurrencer par un «pricing» agressif m’apparaît désormais très difficile, sinon impossible. Sur l’aluminium par exemple, Pékin représente 50 % de la production mondiale, conséquence évidente d’une grande efficacité productive, mais également d’un engagement des pouvoirs publics pour la soutenir. Mais l’aluminium chinois est produit à partir de centrales au charbon quand, en Europe, l’hydroélectricité est privilégiée. Le paradigme des approvisionnements peut donc être modifié en faveur des producteurs locaux en privilégiant l’aluminium bas-carbone » indique Yves Jégourel.
L’essor de nouvelles technologies constitue plus généralement un axe pour le renouveau d’un secteur minier « vert » en Europe. « Avec l’intelligence artificielle, les producteurs de pétrole américains parviennent à drastiquement rationaliser leurs coûts et sont désormais rentables même avec un brut à 50 dollars. Il faut soutenir massivement cette ambition dans le but non seulement de rationaliser le processus productif, mais également d’atteindre les plus hautes performances environnementales » explique Yves Jégourel. Le défi sera de convaincre les opinions publiques européennes des vertus écologiques d’un secteur minier 2.0.
Portrait

Yves Jégourel
Directeur adjoint
Cyclope


" Le paradigme des approvisionnements peut donc être modifié en faveur des producteurs locaux en privilégiant l'aluminium bas-carbone "

Publié le 19/01/2021 - Par François Le Roux

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