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La Lettre des Achats - Mai 2002 N°95
Mai 2002

Interview

Sarah Lim, Recruitment Director, Purcon Consultants Ltd
“ Les employeurs veulent des qualités de comportement plutôt que des compétences purement techniques ”

Marc Moulinier - directeur des achats - FCI
“ La communication électronique permettra de résoudre les problèmes tactiques pour se concentrer sur le caractère stratégique de l’achat ”

Publié le 15/09/2004 - Par Sophie Jouffroy

Sarah Lim, Recruitment Director, Purcon Consultants Ltd

“ Les employeurs veulent des qualités de comportement plutôt que des compétences purement techniques ”

Si, en France, la fonction achats reste dominée par le monde industriel, ce n’est plus vraiment le cas en Grande-Bretagne où la mutation de l’économie entraîne des évolutions importantes dans le profil des acheteurs. Ces derniers se doivent donc d’être mieux formés bien sûr, parfois polyglottes, mais surtout largement ouverts aux échanges au sein même de l’entreprise.

Quelles sont les tendances actuelles sur le marché de l’emploi des acheteurs au Royaume-Uni ?
Avec les événements du 11 septembre, nous avons pu voir une réelle baisse de l’activité, mais depuis le début de l’année, il y a un véritable boom que nous n’avions pas prévu. En ce moment, nous travaillons énormément avec les industries de service et plus spécifiquement avec les services financiers et l’industrie pharmaceutique. En revanche, nous avons moins de recrutement en cours que d’habitude avec l’industrie informatique, les télécoms ou l’industrie manufacturière. Cela a aussi un impact sur le partage des profils entre ingénieurs et commerciaux. Avec la régression de l’industrie au profit des services et la délocalisation de nos sites industriels vers les pays à faible coût de main-d’œuvre, les postes achats traditionnels attachés à la production deviendront de plus en plus rares.
Y a-t-il d’autres secteurs dynamiques dans leur recrutement ?
Oui, et un autre secteur pour lequel nous recrutons beaucoup est la distribution. Comme le secteur marche bien en Angleterre, il faut des professionnels de la supply chain pour accompagner les ventes. J’en profite pour souligner que la supply chain comprend à la fois les professionnels des achats mais aussi de la gestion de stocks, du planning de production ou de la logistique. À l’opposé, « purchasing » ou « procurement », pour nous, couvriront seulement la partie contractualisation et approvisionnement. Dans certaines industries, comme par exemple le pétrole, le gaz ou le secteur public, on fait une différence entre ces deux termes, l’un étant utilisé pour couvrir la partie négociation et réduction des coûts, l’autre pour désigner la personne responsable de la bonne disponibilité des approvisionnements uniquement.
Existe-t-il aussi des différences dues à la répartition géographique des acheteurs ?
Oui, il existe aussi une différence de qualification des acheteurs selon la zone géographique du pays. Chez nous, le secteur industriel est traditionnellement représenté dans le Nord et les Midlands. L’informatique et la haute technologie sont plutôt au Sud-Est ou autour de l’autoroute M4 vers l’Ouest. Les services et la finance sont près de Londres et dans le Sud-Est. En termes de profils d’acheteurs, vous trouverez donc plus de gens avec une expérience en achats de service ou en achats corporate autour de Londres, le Sud-Est et l’autoroute M4, particulièrement dans les domaines des achats de marketing, d’informatique, de services généraux, et plus généralement des achats hors production.
Selon vous, quel est serait le profil idéal aujourd’hui sur le marché britannique ?
Je pense qu’il est difficile de répondre par la seule description d’un profil type. En revanche, on peut dire qu’il y a un grand désir exprimé par les employeurs pour plus de qualités de comportement plutôt que de compétences purement techniques. Ce que je veux dire par-là, c’est que bon nombre de nos clients mettent l’accent sur la capacité à construire des relations à l’intérieur de l’entreprise comme à l’extérieur, à mener le changement, à influencer les autres, aussi bien que sur les compétences achats. Ceci est un changement réel comparé aux descriptifs que nous avions il y a quatre ou cinq ans seulement.
Qu’est-ce qui a provoqué ce changement ?
Je crois que la fonction achats a une plus grande dimension aujourd’hui. Sur le marché britannique, elle s’est assurément développée plus rapidement ces cinq ou sept dernières années. Et au fur et à mesure que les acheteurs ont des profils plus qualifiés, ils sont intégrés de plus en plus tôt dans les projets importants des entreprises ou participent aux prises de décision dans des domaines de plus en plus larges et stratégiques.
Quelles sont les principales qualifications des professionnels des achats sur le marché ?
Le diplôme du CIPS (Chartered Institute of Purchasing and Supply) est demandé par quelques organisations, mais pas toutes, et il est rare de voir un candidat écarté sur ce critère (voir La Lettre des Achats n° 89 de novembre 2001). Ce diplôme est plus ressenti comme la preuve de l’attachement à la profession achats et de connaissances techniques reconnues. Les achats sont encore une fonction alimentée par des gens de passage qui viennent d’autres domaines comme les ventes, le marketing, les opérations ou toute autre spécialisation.
Les achats ont-ils leur place dans les cycles d’études ?
Il me semble qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire en Angleterre pour que cette matière soit reconnue comme une discipline à part entière plus tôt dans les études. Nous avons finalement peu d’universités offrant un enseignement spécialisé sur ce thème. Ce n’est donc pas un sujet courant pour les étudiants qui n’optent que rarement pour les achats en premier choix en tant que profession, même si les choses vont en s’améliorant. Les acheteurs ont donc des parcours multiples et le passage aux achats n’est pas toujours ressenti comme une promotion, ou pas immédiatement, alors que, pour certains, cette fonction correspond bien à leurs expériences et à leurs compétences.
Les profils des acheteurs se sont-ils internationalisés ?
Oui, et les langues sont aussi des compétences de plus en plus demandées. Outre l’anglais nous cherchons pour nos clients multinationaux des professionnels pouvant parler une deuxième ou troisième langue, la plupart du temps le français ou l’allemand, voire le néerlandais. Comme ce type de compétences est difficile à trouver en Grande-Bretagne, nous démarchons le reste de l’Europe avec nos bureaux en France, en Belgique et en Irlande, et ceci est une part croissante de notre business.
Quelles sont les possibilités d’évolution d’un secteur à l’autre pour les acheteurs ?
Selon l’entreprise, un acheteur peut passer plus ou moins facilement de la production au hors production. Il y a seulement deux ou trois ans, le secteur de l’automobile était réputé pour être leader dans le domaine des achats. Les groupes pharmaceutiques par exemple, moins avancés en la matière, étaient alors prêts à accueillir des acheteurs de cet univers pour réaliser un transfert de compétences. Mais ceci a bien changé maintenant, d’abord parce que l’industrie automobile a presque disparu, et puis parce que l’on demande à recruter des gens qui ont déjà l’expérience de la famille d’achats concernée. Il devient donc de plus en plus difficile de passer d’une famille d’achats à une autre, sauf si le changement a lieu dans une même société. Des domaines comme l’achat de prestations marketing, la construction, le conseil, les achats pour les ressources humaines (recrutement, formation, retraites, mutuelles, etc.) sont en train de se spécialiser de façon incroyable.
Quelles sont les perspectives d’évolution offertes aux acheteurs ?
Aujourd’hui, un acheteur peut devenir expert dans un domaine d’achats bien précis et évoluer, par exemple vers des responsabilités paneuropéennes, ou au contraire varier ses connaissances de domaines achats pour aller vers une fonction de management. Ou bien, pour ceux qui souhaiteraient changer de métier, s’orienter vers une fonction commerciale ou une direction, mais ce changement, là encore, ne peut se faire qu’au sein d’une même organisation. Pour des candidats qui ont les compétences nécessaires ainsi que l’ambition et la détermination, doublées par les capacités relationnelles dont nous parlions tout à l’heure, il y a de très belles possibilités de carrière. Mais peu de personnes disposent de tous ces talents à la fois, du charisme et des qualités personnelles permettant de faire avancer les choses.

Créé en 1978, Purcon est un cabinet spécialisé dans le conseil et le recrutement de professionnels des achats et de la logistique. Le cabinet a une dimension européenne avec des bureaux en Belgique, en Irlande et en France sous le nom de Delta Supply Chain Consultants. Purcon traite environ 1 000 projets de recrutement par an dans les achats au Royaume-Uni, et ceci aussi bien avec de grandes entreprises multinationales que de plus petites structures

La définition des postes
• Assistant achats : poste administratif avec passations de commandes, analyses et recherches essentiellement.
Autres titres : analyste, administrateur de contrats, etc.
• Acheteur : première expérience achats ou des compétences commerciales acquises ailleurs. Rôle opérationnel avec responsabilités.
Autres titres : contrôleur de stocks, négociateur de contrats, etc.
• Acheteur senior : rôle opérationnel et stratégique à la fois, pouvant inclure une responsabilité de management de petite équipe.
Autres titres : responsable d’entrepôt, acheteur expert, etc.
• Responsable achats : management de la fonction sur un plan stratégique avec une petite équipe et toujours un rôle opérationnel important.
Autres titres : acheteur expert senior, directeur achats adjoint, etc.
• Directeur achats : management de la fonction, responsabilités stratégiques avec un département, ou charge du développement de la fonction, ou responsabilités de conseil ou intra-groupe.
Autres titres : responsable logistique, directeur du plan de production, directeur supply chain, etc.
• Directeur achats groupe : manager senior avec implication au niveau du comité de direction.
Autres titres : directeur logistique, directeur des opérations, etc.
Recrutement achats
Un marché de l’emploi en nette reprise au Royaume-Uni
L’année 2001 a vu l’économie britannique ralentir de façon généralisée et plus particulièrement dans l’informatique et les télécommunications. Pour autant, les salaires de la profession achats dans ces secteurs sont restés supérieurs à la moyenne de 34 757 livres – avec une augmentation déjà confortable depuis l’an 2000 de plus de 8 % alors que l’augmentation des prix de détail dans le même temps n’est que de 2,25 %. Cette hausse des salaires s’est ressentie pour tous les niveaux de postes liés à la supply chain et ces tendances sont largement supérieures au reste du marché de l’emploi britannique.
La demande pour des acteurs de la supply chain qualifiés reste donc importante, mais avec un très net glissement vers les industries de service, au détriment des postes en production. Seules sont épargnées les industries à forte valeur ajoutée, comme les hautes technologies ou la pharmacie. Les acteurs des achats hors production ont donc le vent en poupe et les qualités personnelles deviennent plus importantes que les compétences techniques. Par ailleurs, tant que la consommation des ménages reste forte, le secteur de la distribution, lui aussi, reste demandeur de professionnels performants de la supply chain. L’impact de cette fonction sur les résultats d’une entreprise explique certainement cette demande soutenue en des temps moins cléments.

Publié le 15/09/2004 - Par Sophie Jouffroy

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