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La Lettre des Achats - Juin 2019 N°283
Juin 2019

Marchés

Conjoncture

Environnement : le dérèglement climatique menace la création de valeur

Le dérèglement climatique menace la création de valeur

Témoignage

Lætitia Baldeschi - Responsable des études et de la stratégie - CPR AM
« Les banquiers centraux devront veiller aux conséquences économiques du changement climatique »

Publié le 27/05/2019 - Par François Le Roux

Le dérèglement climatique menace la création de valeur

Face à la montée des sinistres causés par le dérèglement climatique, les Etats tentent de se mobiliser. Le bilan reste toutefois accablant à l’approche de la COP25 en novembre au Chili. Les entreprises se doivent également de prendre leurs responsabilités. Faute de réaction, leur capacité à créer de la valeur substantiellement sera amputée.
Les experts du climat sont formels : la terre se réchauffe à un rythme soutenu. En cause, l’augmentation des gaz à effet de serre d’origine humaine. Les conséquences, la multiplication des catastrophes climatiques, inondations et tempêtes… avec à la clé des pertes d’activité, de stocks et de matériels pour les entreprises et des ruptures dans la chaîne d’approvisionnement avec leurs fournisseurs.
La situation est d’autant plus préoccupante que tous les indicateurs restent au rouge. La quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a atteint l’an dernier un nouveau record, à 405,5 millions de parties par million, contre 403,3 millions un an plus tôt, et rien n’indique une inversion de tendance, selon l’institut Global Carton Atlas, la Chine, les États-Unis et l’Inde étant les trois plus gros émetteurs de CO2.

L’addition climatique sera lourde


Dans ces conditions, le coût du réchauffement climatique s’annonce élevé. La facture pourrait atteindre 90 000 milliards de dollars sur les quinze prochaines années, selon les estimations des économistes de la Commission sur l’économie et le climat « New Climate Economy » dont l’étude a été mandatée par le congrès américain. En comparaison, le PIB annuel mondial s’élève à près de 80 000 milliards de dollars.
Les entreprises ne seront pas épargnées par cette épée de Damoclès. « Une réelle prise en compte du risque climatique réduirait en moyenne la valeur des entreprises de 2 à 3 % » selon les experts du gestionnaire d’actifs Schroders, qui ont étudié 11 000 sociétés cotées en bourse dans le monde entier. Certains secteurs seraient plus particulièrement touchés. « Les acteurs de l’électricité, du pétrole et du gaz risquent de perdre de 4 à 4,5 % en valeur. Certaines entreprises sont confrontées à des pertes potentielles allant jusqu’à 20 % de leur valeur » précisent les analystes.

Le prix du carbone à un plus haut de dix ans


Dès 2012, l’Europe a bien tenté de réagir avec la création de son marché carbone, l’ETS European Union Emission Trading, dont l’objectif est de réduire de 20 % d’ici 2020 les émissions globales de carbone par rapport à 1990. Donné pour moribond, avec des cours tombés à cinq euros la tonne en juillet 2017, alors que son prix devrait dépasser les 20 euros pour que le système soit efficace, le marché carbone a depuis retrouvé des couleurs. Ces « droits à polluer » s’échangent actuellement à plus de 25 euros.
Pour remettre sur pied le marché des quotas de CO², victime d’un péché originel, avec une distribution trop généreuse de permis à polluer gratuits, puis des crises économiques et financières de 2008 et 2011, l’Union européenne a engagé de difficiles négociations avec les pays membres. Un accord a finalement été signé, imposant qu’à partir de janvier 2019, et tous les ans pendant cinq ans, 24 % des quotas carbone soient ôtés de l’offre disponible et mis de côté dans une réserve de stabilité du marché.
Mais entre impératif écologique et préservation de la croissance économique, le juste milieu reste difficile à trouver. D’autant que pour respecter les Accords de Paris et achever la transition énergétique autour de 2020, il faudrait un prix du carbone de l’ordre de 540 dollars. « Si la transition énergétique était entièrement financée par le secteur privé, elle provoquerait une récession économique de l’ordre de - 5 % du PIB mondial, accompagnée d’une augmentation importante du niveau des dettes privées de près de +130 points de PIB par rapport à 2016 » estime Gaël Giraud, chef économiste de l’Agence française de développement (AFD).
Une voie intermédiaire devra fatalement être adoptée. « Une trajectoire de prix carbone plus lente à court terme, de l’ordre de 100 dollars en 2040 à 450 dollars au courant des années 2050, préserverait certes l’économie mondiale d’une décroissance forcée trop importante durant la transition, mais provoquerait un réchauffement climatique en fin de siècle de l’ordre de +3 degrés, aux conséquences en partie incalculables » avertit toutefois Florent Mc Isaac de l’AFD.

Publié le 27/05/2019 - Par François Le Roux

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