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Publié le 19/01/2021 - Par François Le Roux

Géopolitique : une reprise économique mondiale déséquilibrée

Durement impactés par la pandémie du Covid, les grands pays industrialisés amorcent une année 2021 sous le signe de la convalescence. La reconstruction s’annonce lente et douloureuse. La montée des tensions sociales et l’envolée des dettes seront à surveiller comme l’huile sur le feu.
Après une année 2020 désastreuse sur le plan économique, la croissance mondiale regagnera en vigueur à compter du second semestre 2021, grâce aux effets de la vaccination et aux mesures de confinement. Ce scénario privilégié par le consensus des économistes entérine toutefois un recul du PIB mondial en 2021 par rapport au monde d’avant Covid, c’est-à-dire 2019. Pour l’OCDE, l’avenir restera par ailleurs très incertain à court terme. Dans son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales l’organisation prévoit une chute de l’économie mondiale de 4,2 % en 2020 avant un rebond du même ordre en 2021. En Europe, la récession devrait s’établir à 7,5 % en 2020, contre une croissance de 3,6 % l’année prochaine. Aux États-Unis, le PIB devrait plonger à 3,7 % en 2020 avant d’accélérer l’année prochaine à 3,2 %.
La reprise se singularisera aussi par son absence d’homogénéité entre les pays, ce qui pourrait durablement modifier l’économie mondiale. « Les écarts de croissance pré-existants à la crise sanitaire vont s’amplifier entre les grandes zones économiques. Sur les quinze pays les plus performants de la période 2020-2021, la moitié sera en Asie et l’autre en Afrique. À l’inverse, sur les quinze pays les moins performants, la moitié se situera en Amérique du sud à laquelle s’ajoute au sein des grands émergents l’Afrique du sud. Le PIB de la zone euro restera pour sa part fin 2021 inférieur de 3,5 points au niveau de 2019 tandis que le PIB des États-Unis sera plus faible de deux points. Il faudra sans doute au moins trois ans pour renouer avec les niveaux de production d’avant crise » anticipe Julien Marcilly, chef économiste de la Coface, qui prévoit un rebond du PIB mondial de 4,4 % en 2021 après une chute de 4,8 % en 2020.

Une dangereuse montée des tensions sociales


D’ores et déjà déséquilibrée, cette reprise devra éviter la sortie de route face à la montée des risques générés par la crise du Covid. « À court terme, le recul de la richesse mondiale, avec la multiplication des faillites et des suppressions d’emplois, menace d’attiser les tensions sociales dans nombre de pays émergents mais également de pays développés. Notre indicateur du risque politique montre que la France et les États-Unis figurent parmi les pays exposés à cette montée potentielle des troubles sociaux » avertit Julien Marcilly.
La crise de la dette sera un autre défi à gérer dans les prochains mois. « L’endettement restera un risque majeur en 2021. Avec la pandémie, la dette publique n’est pas la seule à avoir flambé. L’endettement des entreprises et des ménages les plus vulnérables a également atteint des niveaux critiques durant la pandémie » note Julien Marcilly.
Cependant les risques ayant pesé sur le commerce mondial ces dernières années devraient s’estomper. L’élection de Joe Biden aux États-Unis devrait signifier par exemple la fin de la montée des barrières douanières, même si Donald Trump a été nettement moins actif en la matière sur sa dernière année de mandat. « Mais avec la crise sanitaire de nouvelles formes de protectionnisme sont apparues, avec des réflexes de repli nationaux. Dans le secteur des services, le développement du télétravail pourrait au contraire inciter à moyen terme à la délocalisation de certains métiers vers des pays disposant d’un coût du travail plus favorable, une main-d’œuvre qualifiée et des infrastructures télécoms robustes et en nombre » prévoit
Julien Marcilly.
La nécessité de disposer d’économies plus vertes et décarbonées constituera un autre fil rouge en 2021. « La différence est que l’Europe ne sera plus isolée. Aux États-Unis, Joe Biden affiche un programme ambitieux et la Chine a dévoilé ses grands axes de développement au début de l’automne pour accélérer sa révolution verte » indique Julien Marcilly. Pour les entreprises, cette vague verte pourrait signifier le renforcement des normes environnementales.
Portrait

Julien Marcilly
Chef économiste de la Coface

" Notre indicateur du risque politique montre que la France et les États-Unis figurent parmi les pays exposés à cette montée potentielle des troubles sociaux "

Publié le 19/01/2021 - Par François Le Roux

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