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La Lettre des Achats - Juin 2019 N°283
Juin 2019

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Universités des achats
Confiance, efficacité et digital

9es Rencontres de l' Adra
RSE, intérim, énergie, design thinking et massification

Publié le 25/05/2019 - Par Guillaume Trécan

Universités des achats

Confiance, efficacité et digital

Le grand rendez-vous annuel du Conseil national des Achats au palais des congrès d’Issy-les-Moulineaux le 20 mai a donné lieu à deux plénières où se sont succédé des visions de directeurs achats et de directions générales sur la fonction achats.
Lors de l’édition 2018 des Universités des Achats du CNA, la patronne du fonds d’investissement Raise, Clara Gaymard, exhortait les directeurs achats à prendre des risques. Suite logique de cette réflexion dans l’édition 2019 avec pour fil rouge la notion de confiance : confiance des Achats dans leurs fournisseurs, confiance des acheteurs dans leurs managers, confiance des prescripteurs envers les Achats, confiance des acheteurs en eux-mêmes… Les Achats en sont-ils encore là ? Pour le directeur des achats d’Eiffage et pilier du CNA, Jean-Luc Baras, la quête de leadership des managers achats est liée à cette question. « Cette création de confiance part de la confiance que l’on a en soit. Il s’agit d’obtenir du leadership sans être omniprésent dans la relation. Il faut être capable de multiplier la surface de contact des Achats, avec l’innovation, la logistique, l’administratif, etc. Nous avons accès à un certain nombre de sujets qui ne sont pas du seul ressort de l’acheteur », constate-t-il.

Confiance dans l’avenir des Achats


Avant de laisser la place à un panel de dirigeants d’entreprise, quelques confrères et consœurs de Jean-Luc Baras ont décliné ce thème dans sa dimension relation entre la direction achats et son entreprise. Isabelle Quettier, la directrice des achats du groupe Suez rappelle ainsi que l’une de ses plus grandes réussites a été d’« amener des patrons de business à faire du catégorie management. » La directrice des achats de la Société Générale, Françoise Guillaume enchaîne sur la responsabilité du manager achats vis-à-vis de ses équipes : « les équipes doivent avoir confiance en lui pour se développer dans cette tâche qui est parfois ingrate ». Une préoccupation qu’Isabelle Quettier partage et qui l’amène à réaffirmer sa « confiance dans ce métier qui a beaucoup muté et qui va sans doute être un peu percuté par l’intelligence artificielle. »
Le directeur des achats de Thales, Roque Carmona, mise pour sa part sur une organisation avec moins de structures hiérarchiques pour autonomiser et libérer ses acheteurs, « les obliger à prendre des risques, à faire différemment à trouver de nouvelles manières d’acheter », explique-t-il, se rapprochant du cœur du sujet.
La question principale de la confiance dans les Achats telle que se la posent les dirigeants d’entreprise est en effet bien loin de ces problématiques managériales de confiance en eux des acheteurs. La seule qui compte pour un PDG est celle qu’il peut avoir dans la capacité des directions achats à remplir leurs objectifs.
Pour le patron d’Yves Rocher, Bris Rocher, les Achats sont stratégiques et ils n’ont pas de complexe à avoir, ils sont à ses yeux « le nerf de la guerre ». Et la guerre se joue essentiellement sur deux fronts. Celui des coûts d’abord : « l’objectif de diminuer le prix de revient de 10 % n’a pu se faire qu’avec des fournisseurs », rappelle le petit-fils du fondateur de la marque de cosmétique de La Gacilly. Ce sont également les Achats qui doivent apporter le carburant financier pour faire face aux disrupteurs. « Les Achats ont un rôle à jouer pour financer la transformation de notre business modèle », affirme Bris Rocher. L’autre terrain sur lequel la fonction achats doit batailler c’est celui de l’approvisionnement en produits conformes à la qualité et à l’éthique environnementale du groupe qui, sur ces critères, s’interdit de faire entrer pas moins de 1 600 ingrédients dans ses produits.

Des acheteurs à l’aise dans les écosystèmes


Pour le PDG de Lacroix Electronics, Vincent Bedouin, les Achats doivent participer à la consolidation de la filière dans laquelle l’ETI entend s’épanouir et qu’elle considère comme son principal atout à l’international. Il a pour cela pris la tête d’un cluster regroupant clients, sous-traitants et même concurrents, We Network (West Electronic & Applications Network), dont la dernière réalisation est la création d’un « techno campus », une plateforme mutualisée de recherche et d’innovation technologique. Sa vision de dirigeant sur sa propre fonction achats est influencée par son expérience du rôle de la fonction achats de ses clients : « soit nous avons des clients dont le directeur achats veut tout maîtriser et est susceptible de cacher sa copie, soit un directeur achats qui coache des écosystèmes », résume-t-il.
Pour le directeur général délégué du Crédit Agricole, Xavier Musca, la question de la survie ne se pose pas dans des termes aussi chauds que dans une filière électronique française rescapée. Il a néanmoins su faire écho aux préoccupations de ses voisins de table-ronde en rappelant l’initiative conjointe de sa direction achats avec celles de ses concurrents Société Générale, BPCE et BNP Paribas qui ont signé un contrat commun avec Provigis pour le suivi des documents légaux de ses fournisseurs. « Si nous voulons préserver notre modèle nous devons entrer dans cette démarche de filière de confiance », a également abondé l’ancien secrétaire général de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy.
Quant à la présidente de la région Île de France et patronne du président du CNA, Marc Sauvage (directeur général adjoint des services de la région), la fonction achats doit avant tout servir son ambition de faire revenir la collectivité francilienne dans des règles de bonne gestion. Valérie Pécresse est à la fois fière des 50 millions d’euros de gains achats déjà obtenus – « nous avons fait des économies, nous avons coupé plein de choses » – et déterminée à passer au crible l’ensemble du milliard d’euros d’achats de la région : « il y a encore beaucoup de choses à faire », promet-elle, tout en garantissant que sa direction achats saura le faire en dynamisant le tissu de PME régional… Visiblement la présidente de la région Île de France maîtrise elle aussi l’art du « en
même temps ».

Publié le 25/05/2019 - Par Guillaume Trécan

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