Publicité

Livres

Actualité

Publié le 29/10/2021 - Par La rédaction

Un livre : le monde du travail change, le management aussi !

 Sans cartes ni boussole par Marc de Leyritz, Buchet-Chastel Sans cartes ni boussole par Marc de Leyritz, Buchet-Chastel

Le monde du travail a changé et il promet de changer encore. Ce mouvement affecte tous les métiers. Et il n’épargne évidemment pas les dirigeants à quelque niveau que ce soit. C’est en pensant à eux que Marc de Leyritz, managing director chez Russell Reynolds Associates, un des grands du recrutement, a écrit ce livre, fruit à la fois de son expérience et de l’urgence qu’il ressent : les leaders du futur ne sont peut-être pas encore bien préparés au monde qui vient…

Le chiffre marque évidemment : près de 40% des dirigeants du CAC 40 ont changé en deux ans. Ce mouvement n’a pas épargné les leaders de la cote (Danone, Engie, etc.). La pression des actionnaires, les luttes au sein des conseils d’administration, le « court-termisme » généralisé, toutes ces explications nous les avons déjà entendues. Elles restent plus que jamais d’actualité. Mais à celles-ci s’en sont ajoutées d’autres. Tout le monde pensera à la crise de la Covid bien sûr mais celle-ci ne saurait cacher d’autres phénomènes apparus bien avant. La mondialisation, l’urgence climatique, les pression politiques et juridiques, les consommateurs de plus en plus actifs, de plus en plus mobiles, les réseaux sociaux, ces nouveaux canaux d’expression, le e ou le m-commerce en expansion, le poids des normes, cette « responsabilité sociale et environnementale, omniprésente », comme le suggère l’auteur, une digitalisation à marche forcée, voilà autant de sujets qui s’imposent aux dirigeants d’entreprises, en même temps et tout le temps.

Disruption du leadership

“ Dans un environnement déchiré par des “ forces contradictoires ”, pour citer toujours l’auteur, la disruption n'atteint pas seulement la technologie, les modèles d’affaires ou les modèles d’entreprises eux-mêmes mais le leadership lui-même. Le doute s’est emparé des dirigeants. Aux certitudes d’hier et à des façons de manager brutales qui les accompagnaient (avec parfois des dérives éthiques) se substitueraient aujourd’hui des approches favorisant à la fois l’inclusion et l’innovation. Pour des entreprises plus ouvertes, plus à l’écoute, il faut de managers à l’unisson. Il ne s’agit plus de reproduire ad vitam eternam des modèles d'organisation figées. Dans un monde mouvant, il faut s’adapter, innover, tester. Sans fin. Sans a priori. Finies les vieilles règles de jeu. L’auteur parle de “ruptures d’organisation” et dans la foulée, de "ruptures de compétences”. A le lire, ce serait (presque) la fin des (grandes) écoles d’excellence sans doute coupables de “cloner” à l’infini des modèles de dirigeants standardisés, fussent-ils l’élite, alors qu’il faudrait des explorateurs, des bâtisseurs, des entrepreneurs…

Le débat n’est pas nouveau. Chaque époque, maintenant presque chaque décennie, engendre sa propre évolution. Est-ce là une énième reproduction de la bataille des modernes contre les anciens ? Pas seulement si l’on en croit les six maux mortifères que nous subissons : crise du travail (40% des métiers actuels auront disparu d’ici 2050); crise du capital (la finance déconnectée de l'économie réelle); crise technologique (l’innovation “galope” plus vite que les besoins); crise du management (des leaders aux compétences dépassées); crise de la consommation (sa croissance ne serait pas corrélée au bonheur ressenti par nos contemporains); crise de la gouvernance enfin (difficulté de donner une cohérence à autant de forces centrifuges). Cela vise sans doute les entreprises mais nous ne pouvons pas écarter la responsabilité des politiques. Toutes les hiérarchies sont désormais contestées. Les états de grâce ne durent jamais très longtemps. Les opinions restent hautement réversibles...

Morphologie des organisations

Alors comment faire pour retrouver le fil ? Une fois dressé ce terrible constat d’un monde terrible, l’auteur semble trouver des solutions dans cet esprit d’ouverture qu’il prône. La responsabilité sociale est-elle promue et avec elle la bienveillance parce qu’il faut désormais agir avec “justesse” ? Fini les froids et sourcilleux gestionnaires, bienvenue aux moines-soldats entraînant leurs troupes sur le chemin de l’éveil ? Le lecteur a envie d’y croire. L’observateur cherche le point de vue critique. Levons quand même un coin de rideau de la scène finale. Il y a des propositions solides dans cette perspective de “réinventer” le dirigeant : à lui d’étendre loin les frontières de l’entreprise (jusqu’à créer et animer un écosystème allant du plus gros contributeurs, lui, aux plus petits, ses partenaires, ses fournisseurs, etc.), de savoir anticiper les risques et les dépasser en même temps (esprit de résilience, on ne s’arrête pas, on pivote), créer les conditions de la performance (travailler sur la morphologie des organisations !), prendre soin de l’invisible, cultiver les talents, etc. Et cette formule : faire et être en même temps. Il faudra toujours une somme d’outils et donc de compétences pour piloter (forcément à grande vitesse) une entreprise. Mais à tout cela doit s'ajouter une dimension plus spirituelle, plus culturelle. Pour pouvoir donner du sens et faire en sorte qu’il soit bien compris et partagé. L’entreprise, c’est avant tout de l’humain. Ce livre nous le redit avec justesse. Le nouveau leadership sera humaniste ou ne sera pas.

Publié le 29/10/2021 - Par La rédaction

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play