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Actualité

Publié le 13/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

Trois questions à Denis Charrier, Réseau Gesat : « Pour pouvoir apporter aux ESAT et EA de beaux projets, nous devons nous positionner aux côtés des acheteurs »

Denis Charrier, Directeur général du Réseau Gesat Denis Charrier, Directeur général du Réseau Gesat

Le Réseau Gesat vient de présenter son projet associatif 2021-2025. Le mot d’ordre ne sera plus seulement le développement de l’emploi inclusif mais le potentiel de contribution des ESAT-EA au développement de l’Achat responsable et de la responsabilité sociétale des entreprises et organisations (RSE). Un véritable saut stratégique passant par la création d’un fonds de dotation, d’une structure de conseil aux entreprises et même d’une place de marché allant bien au-delà de son périmètre actuel.

Il semblerait que 2021 soit l’année des grands chantiers pour le Réseau Gesat. La crise de la pandémie ne vous a pas freinés ?

Cette année, nous avons en effet deux actualités importantes. D’une part, la nouvelle édition de l'Observatoire économique national des achats responsables qui va sortir en juin prochain, et d’autre part notre nouveau projet associatif que je vais vous détailler. Parlons d’abord de l’Observatoire. La précédente édition datait d’il y a deux ans. Cette année nous enregistrons plus de 800 répondants dont environ 300 prestataires, ESAT ou EA et surtout près de 500 acheteurs. Une belle progression car précédemment, nous avions obtenu 650 réponses.

Nous avons associé à notre étude plusieurs acteurs majeurs, notamment l’Agefiph, le club Être, l’UNAPEI mais aussi le CNA (Conseil National des Achats). L’idée, c’est de rassembler le plus possible d’intervenants, qu’ils soient du médico-social, des institutionnels, des donneurs d’ordres. Nous sommes sur le même type d’analyses que précédemment qui portent sur la santé économique des ESAT ou des EA, leur dynamisme en termes d’innovation, d’investissement ou de création de nouvelles activités. Du côté des entreprises, nous regardons les perspectives achats qu’elles offrent, non pas seulement en termes d’inclusion mais aussi plus largement d’un point de vue RSE. Nous avons également ajouté des questions liées à la crise de la Covid-19. Dans tous les cas, il s’agit bien pour nous d’appréhender de nouvelles possibilités de collaboration avec les entreprises dans les années à venir.

Vous avez donc annoncé un nouveau projet associatif 2021-2025. Et surtout la création de deux nouvelles structures. Qu’est ce qui va changer ?

Avant toute chose, le Réseau Gesat poursuit sa raison d’être fondatrice : favoriser l’insertion par le travail du plus grand nombre de personnes en situation de handicap. Nous avons toutefois décidé de placer la RSE au cœur de notre action. Cette action doit répondre à trois défis collectifs très liés les uns aux autres : l’inclusion sociale, le développement local, le respect environnemental. Nous voulons renforcer la convergence des activités économiques sur ces défis sociétaux, et élargir ainsi le périmètre de déploiement des projets professionnels des travailleurs handicapés.

Nous restons la tête de réseau économique des EA et des ESAT et nous souhaitons développer leurs opportunités d’affaires sur des segments d'achat qualifiés qui permettent de faire monter en compétences leurs travailleurs en situation de handicap sur des métiers de demain et à valeur ajoutée. Nous répondons à ce titre à notre mission d’inclusion par l'activité économique. Les dispositifs que le Réseau Gesat va mettre en place, c'est de générer des leads commerciaux, de structurer l'offre des ESAT et EA pour que demain, ils puissent répondre aux besoins à venir des clients.

Nous créons deux structures, d'une part « Réseau Gesat Fonds de dotation » qui a pour objectif de structurer le réseau des prestataires responsables au regard des besoins à venir à moyen terme des entreprises clientes, et d’autre part, « Réseau Gesat Conseil », déclarée en qualité d’entreprise de l’ESS, pour développer les achats responsables au sens large. Ces structures fédéreront les prestataires responsables de l’Economie Sociale et Solidaire, et accompagneront les clients privés et publics dans leurs politiques RSE.

Via le fonds de dotation, nous allons aller chercher des financements auprès d’entreprises qui ont des besoins d'achats responsables, parce que challengées par leurs clients sur la dimension responsable des produits ou des services qu’elles proposent mais qui peuvent éprouver des difficultés à trouver leur futur partenaire, face à des myriades de possibilités, puisque c'est un secteur de prestataires extrêmement diffus, avec des PME réparties sur tous les territoires.

Ce n’est pas facile de cibler les bons prestataires, d'identifier précisément leurs compétences. Nous allons proposer de financer cette approche avec une déductibilité de l'impôt sur les sociétés équivalant à 60% des montants versés. Nous allons nous employer à structurer l'offre des ESAT et EA, à les engager dans une démarche globale de responsabilité sociétale puisque bon nombre d'entreprises nous disent que désormais pour répondre à leurs appels d'offres, il faut des prestataires dans cette même logique. Cela permettra donc demain à ces derniers d'accéder aux marchés des entreprises. Ce fonds garantira par la même aux donneurs d’ordres qu’il y aura des répondants responsables à leurs appels d’offres futurs. Avec ce niveau d'exigence, nous ambitionnons aussi la création de nouvelles filières métiers, typiquement dans le cadre de la réindustrialisation de certains territoires post-crise Covid-19.

Ce fonds, n’est-ce pas une forme d'externalisation de l’expression des besoins RSE des grands donneurs d'ordres ? Comment d’autre part cette offre va-t-elle se matérialiser ?

Attention : il n’y aura pas de liens directs entre les fonds versés par les entreprises donatrices d’une part et les ESAT-EA que nous aurons accompagnés d’autre part. Il s’agit bien d’aider ces structures à lancer de nouvelles activités et/ou démarches de certification, labellisation. Mais cela donne à ces donneurs d’ordres la garantie, en cohérence avec cette stratégie de mécénat et leurs enjeux sur les métiers de demain, qu’il y aura potentiellement des prestataires qui répondront à leurs appels. En fonction de l'intérêt des donateurs et du volume budgétaire qui sera nous sera confié, nous ferons des pilotes sur des périmètres donnés. Nous allons allotir nos projets sur un mode test and learn.

Nous avons trois projets phares identifiés comme la création de filières métiers, la certification et la démarche RSE des ESAT-EA et enfin la constitution d'une place de marchés qui référencerait bien plus largement les acteurs de l'économie sociale et solidaire - et non pas uniquement les ESAT et les EA - pour faire en sorte que demain, un acheteur, quand il a un besoin sur un sujet Achat quel qu’il soit, ait un point d’entrée unique pour une réponse globale. Il pourrait y avoir des réponses communes avec des acteurs de l’IAE (Insertion par l’Activité Economique), des Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), les TIH (Travailleurs Indépendants Handicapés), etc. Nous allons considérablement élargir les offres. Les ESAT et les EA, ce sont 2 250 entreprises. Dans le seul secteur de l’IAE, il y a près de 4 000 entreprises et chantiers d’insertion. A terme, nous devrions pouvoir recenser plusieurs milliers de prestataires responsables. Autant d’acteurs qui contribuent au développement économique des territoires auprès de populations éloignées de l'emploi, handicapées ou en exclusion sociale. Cette logique de développement économique répond aux besoins de l’acheteur responsable. Celui-ci n’a pas pour seuls critères l’écologie ou le handicap. Ses préoccupations sont bien plus larges. Il est urgent de rendre plus fluides et plus lisibles tous ces univers de l’économie sociale et solidaire. Nous avons déjà l’habitude de faire collaborer entre elles des structures ESAT et EA. Nous allons simplement étendre ce principe.

C’est toute une filière qui va aider les acheteurs à travailler dans une logique d’achats responsables, la plus large possible, à atteindre leurs objectifs avec des acteurs locaux, à faire du made in France, à maîtriser leur impact environnemental et au bout de la démarche, favoriser l’inclusion. La pandémie a également mis en avant la nécessité de relocaliser certaines productions qui étaient jusque-là intégralement délocalisées dans d'autres pays. Nous avons sans aucun doute un rôle à jouer dans ce mouvement de réindustrialisation. Au-delà de la crise, il y a aussi tout ce qui touche le recyclage des matériaux. Collecte, transformation et valorisation de ces gisements, de nouvelles filières industrielles vont se constituer.

L’importance du facteur RSE a-t-il fait des directions Achats, davantage que par le passé, des interlocuteurs essentiels ?

Nous démarchons les Achats depuis longtemps. Nous avons aujourd’hui toute leur attention. Il y a dix ans sans doute, ils ne nous auraient pas forcément ouvert leur porte avec nos propositions d’aujourd’hui. Désormais, l’achat responsable au sens large, pas uniquement inclusif, fait vraiment partie de la feuille de route des directions des entreprises. Les Achats ne sont plus dans une seule logique de réduction des coûts. Leur mission, au contraire, c’est d’aller chercher les pépites de demain, celles qui vont apporter de la valeur opérationnelle aux organisations. Les acheteurs ont un fort potentiel d’innovation entre leurs mains. Nous ne parlons plus du tout avec eux d’OETH ou de baisse de leur contribution sociale. Ils nous reçoivent parce que nous pouvons les aider dans leur stratégie d’achats responsables et durables.

Les directions Achats ont les budgets, les projets opérationnels. Et pour pouvoir apporter aux ESAT et EA de beaux projets, ceux qui font monter en compétences les travailleurs en situation de handicap, nous devons nous positionner aux côtés des acheteurs.





PORTRAIT

Denis Charrier a rejoint le Réseau Gesat en 2016, occupant pendant deux ans la fonction de Directeur opérationnel et Développement, avant d’en prendre la Direction générale en 2018. Précédemment, il était Responsable Digital et Expérience client de Manpower France. De 2007 à 2016, il avait pour mission de développer et d’optimiser l'expérience multicanale des différentes cibles, candidats, intérimaires et clients dans une logique de fidélisation en ligne. Diplômé en 2003 d'un DESS en marketing à l’Université de Paris Nanterre, Denis Charrier a commencé sa carrière à l'Association des Anciens Elèves de l'INSEAD (Top 5 mondial des MBA).


LE RESEAU GESAT EN DEUX MOTS

Créé en 1982, le Réseau Gesat œuvre à l’insertion des travailleurs handicapés en créant la rencontre entre les 2 250 prestataires du Secteur du Travail Protégé et Adapté - les Etablissements de Service d’Aide par le Travail (ESAT) et les Entreprises Adaptées (EA) - et leurs futurs clients, des entreprises privées ou des organismes publics engagés dans une démarche de développement responsable.

Publié le 13/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

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