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Publié le 25/06/2021 - Par Guillaume Trécan

Stéphane Prud’homme (Arquus) : « Aux Achats, nous sommes au carrefour des objectifs d’innovation et de croissance »

Stéphane Prud'homme, directeur des achats, Arquus Stéphane Prud'homme, directeur des achats, Arquus

Le directeur achats du fabricant de véhicules militaires Arquus (groupe Volvo) explique le rôle joué par ses équipes pour atteindre l’objectif du milliard d’euros de chiffre d’affaires. Un objectif qui passe par la montée en puissance de ses fournisseurs, en particulier les entreprises de la Base industrielle et technologique de défense, structurés en véritable écosystème de compétences.

Comment les Achats apportent-ils des réponses aux problématiques stratégiques du groupe ?

Arquus est une entité du groupe Volvo qui développe et fabrique des véhicules militaires et assure le maintien en condition opérationnelle des véhicules de l’armée française. Héritée d’une histoire constituée de fusions entre différentes sociétés, l’organisation industrielle d’Arquus vit actuellement une profonde refonte, dans laquelle la direction achats joue un rôle important. Cette réorganisation, qui consiste à spécialiser nos sites par activité, implique des transferts de production d’un site à l’autre. Nous devons transférer nos contrats d’achats en conséquence et accompagner les fournisseurs dans ces changements qui vont les inciter à concentrer leur relation avec Arquus sur un site. Ce mode de fonctionnement leur permettra d’être eux-mêmes plus spécialisés et va simplifier leurs relations avec nous, ne serait-ce que sur le plan de la logistique. Dans le cadre de cette nouvelle organisation industrielle, nous appuyons aussi le développement de notre activité Soutien, dans le cadre de laquelle des clients nous confient la remise à neuf de véhicules conçus il y a quinze à vingt ans.

Aux Achats, nous sommes au carrefour des objectifs d’innovation et de croissance. Nous sommes associés à l’objectif d’atteindre un milliard d’euros de chiffre d’affaires fixé par le PDG du groupe, à travers le développement de nouveaux business plans et le renforcement de technologies. Les Achats ont également d’importants défis à relever en termes de développement fournisseurs. Nous venons de créer une cellule dédiée à cette tâche. Nous cherchons à faire progresser l’ensemble de notre panel fournisseurs. L’idée étant à la fois de tirer vers le haut ceux qui sont les moins bien notés en termes de qualité, de logistique ou encore de compétitivité et de développer la collaboration avec nos fournisseurs préférentiels. C’est un objectif que nous partageons avec la DGA et d’autres grands donneurs d’ordres de la BITD (Base industrielle et technologique de défense).

Quel est le périmètre de la direction des achats ? Qu’achetez-vous ?

Nous intervenons sur l’ensemble du périmètre des achats directs et une partie des achats indirects, gérés en collaboration avec le groupe Volvo. Chez Arquus, la direction achats est organisée par commodités : mécanique, moteur, tôlerie, électronique, équipements spéciaux spécifiques au domaine militaire. Nous avons également une cellule projet, qui gère deux types de projets : ceux pour lesquels le client nous soumet un cahier des charges avec des spécifications précises à partir desquelles nous développons les véhicules commandés et ceux dans le cadre desquels nous développons nos propres véhicules que nous proposons ensuite au marché.

Sur certains développements, la DGA nous sollicite dans le cadre de ses réflexions prospectives technologiques pour développer des nouveaux concepts et finance une partie de nos recherches. Nous travaillons par exemple en ce moment sur de l’impression additive, ou encore de l’hybridation de véhicules…

Jusqu’où vont vos collaborations avec les autres donneurs d’ordres de la BITD ?

Nos relations avec nos clients, comme avec nos fournisseurs fonctionnent comme un cercle, notamment quand il s’agit de partager des idées d’innovation. La filière Défense est une filière à part entière dans le cadre de laquelle, sans échanger de secret, nous recherchons ensemble les meilleures solutions à des problèmes communs. Quand nous travaillons en GME avec des industriels de la défense, comme par exemple Thales et Nexter avec qui nous développons un système de soutien pour Griffon et Jaguar, nous travaillons main dans la main et chacun développe sa partie.

Quand nous travaillons sur la BITD, c’est une autre forme de collaboration dans laquelle la DGA joue un rôle d’interface entre les différents industriels. Sur la crise des semi-conducteurs par exemple, avec l’aide du groupe Volvo, nous avons chez Arquus lancé une initiative un peu intrusive chez nos fournisseurs consistant à descendre dans la BOM au niveau du fournisseur de silicium. Par l’intermédiaire de la DGA, nous avons proposé de partager des éléments de cette démarche. Cela permet d’avoir un tiers qui, sous couvert de confidentialité, nous permet de trouver des solutions communes. Nous échangeons aussi à travers des ateliers de travail thématiques dans le cadre du Gicat, le Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres.

Ce fonctionnement en écosystème modifie-t-il l’approche de la valeur dans vos relations fournisseurs ?

Nous sommes signataires du Pacte PME et dans ce cadre, nous accompagnons les fournisseurs de la BITD. Cela ne nous empêche pas d’avoir des discussions entre acheteurs et commerciaux. Mais dans le cadre de ces discussions, nous sommes à la recherche d’un équilibre et nous avons peut-être plus de capacité à trouver un compromis, voire à faire preuve de bienveillance. Cette approche s’est avérée particulièrement pertinente au cours de cette année marquée par la crise du Covid. Nous avons travaillé avec nos fournisseurs, non pas dans l’idée de les placer sous surveillance, mais de veiller ensemble à ce qu’ils s’en sortent.

Dans quelle mesure pouvez-vous ouvrir votre panel fournisseurs à des entreprises non françaises ?

Nous allons en effet ouvrir un peu notre base fournisseurs qui est actuellement très française, notamment dans le cadre du développement de futurs véhicules de combat conçus à l’échelle européenne. Chaque pays en Europe a ses spécialités. Je n’ai pas de contrainte à l’international mais la volonté d’avoir le bon panel fournisseurs en m’appuyant sur le cadre européen. Nous allons aussi travailler sur de l’offset pour répondre à des demandes de recours aux bases fournisseurs de pays clients à l’international. Nous menons donc une veille à l’international pour enrichir nos offres au moment de la RFQ dans le cadre d’appel d’offres internationaux.

Néanmoins, nous devons prendre en compte une contrainte import-export, les EUC. Quand nous vendons un véhicule à l’export, nous devons obtenir l’autorisation des pays d’origine des composants pour qu’ils soient expédiés et vendus au pays client du véhicule. De la même manière que l’État français nous donne son autorisation pour vendre un véhicule à l’export.

Quelles sont les synergies achats avec le groupe Volvo ?

Outre la partie achats hors production, les synergies se jouent essentiellement sur le panel fournisseur. Nous menons un travail de consolidation sur les fournisseurs communs pour faire jouer un effet volume. Nous échangeons aussi sur certaines briques technologiques. Quand des composants très performants ont été développés côté civil, nous les reprenons côté Arquus. Nous travaillons sur des briques déjà construites, par exemple sur la partie énergie, ou sur la partie autonomie, que nous intégrons dans nos propres systèmes. Cela marche aussi parfois dans l’autre sens. Quand nos collègues de Volvo Trucks sont à la recherche de petits fournisseurs spécifiques.

Qu’englobe pour vous la notion de risques fournisseurs ?

Au-delà des risques assez classiques que sont les risques financiers, les risques technologiques ou les risques géopolitiques, de nouvelles dimensions sont en train d’émerger en matière de risque de conformité. La loi Sapin 2 devient de plus en plus présente dans nos contrats et nous incite à rechercher de plus en plus de précisions, par exemple sur les actionnaires de nos fournisseurs. Nous entrons dans une démarche de notation fournisseurs que la cellule développement fournisseur va devoir approfondir. Nous sourçons pour aujourd’hui mais aussi pour demain et nous devons être sûrs de pouvoir assurer la disponibilité des pièces sur du long terme. Quand nous développons un véhicule pour l’armée française, il est sur le terrain pour les 25 prochaines années.




EN CHIFFRES

Chiffre d’affaires : 600 M d’€

Montant des achats (2020) : 405 M d’€, dont 320 M d’€ d’achats de production

Effectif achats : 83 personnes : achats commodités, achats projets, achats soutien, achats frais généraux, développement fournisseurs, gestion des contraintes réglementaires.



PORTRAIT

Stéphane Prud’homme (47 ans, MBA Université de Birmingham, maîtrise de marketing et vente Cnam Lyon) est directeur des achats d’Arquus depuis juin 2019. Il reporte au directeur opérationnel, Frédéric Gratien, en charge du Manufacturing, de la R&D, des Achats et des Projets. Il était auparavant directeur des achats de Claas Tractor, société qu’il a intégrée en 2012 après avoir travaillé six ans chez Valeo dans des fonctions de responsable achats. Il a fait ses débuts chez Visteon en 2001.

Publié le 25/06/2021 - Par Guillaume Trécan

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