Publicité

Publié le 02/06/2020 - Par Guillaume Trécan

Ouvry : un écosystème de PME pour les masques Ocov

Initié par le collectif d’industriels grenoblois Voc-Cov et le groupe Michelin, la production de masques réutilisables Ocov prise en charge par le spécialiste des équipements NRBC Ouvry repose sur la mobilisation sans faille d’une chaine d’une vingtaine de sous-traitants français intégrés très en amont et dévoués au projet.

« En France on n’a pas de masques mais on a des idées. » Le vieil adage du choc pétrolier a rebondi en version Covid-19 lorsqu’un collectif d’entrepreneurs et d’intrapreneurs grenoblois baptisé Voc-coV appuyé par le groupe Michelin a entrepris, le 16 mars, de concevoir et produire dans un temps record un masque réutilisable. Et comme la France n’a pas seulement des idées, mais aussi des industriels de talent pour les mettre en œuvre, quinze jours plus tard, ce collectif avait identifié le fabricant capable de relever le gant, la société Ouvry, spécialisée dans la production de systèmes de protection individuelle NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique). Autant que pour son propre savoir-faire, c’est pour ses capacités à mobiliser une chaîne de sous-traitants et fournisseurs à l’épreuve de la crise que cette PME lyonnaise a été sélectionnée.

500 000 masques par semaine en trois semaines

« Les principaux enjeux industriels du projet étaient la vitesse et la réactivité. Nous avons développé, conçu, industrialisé, fabriqué et vendu ce masque en un mois quand, habituellement, cela nous aurait pris 12 à 18 mois », explique Julien Billard, le directeur opérationnel d’Ouvry. Non seulement il s’agissait de produire vite, mais aussi en masse, avec l’objectif de passer en trois semaines de zéro à 500 000 masques produits par semaine, d’atteindre une production hebdomadaire d’un million de masques courant mai et de cinq millions de masques par semaine d’ici fin juin. Une montée en cadence irréalisable sans le soutien sans faille d’une chaîne de sous-traitants et fournisseurs très intégrés en amont et dévoués à la réussite du projet.

« Les Achats et la supply chain étaient positionnés en amont pour appréhender les choix de matière et de fabrication et être sûr qu’au bout de quinze ou trois semaines, quand le produit serait figé, nous soyons réellement en capacité de répondre à la demande, explique Julien Billard. Nous connaissions déjà l’écosystème industriel amont. Cette connaissance et les compétences pluridisciplinaires présentes chez nous, nous ont permis d’identifier et de sélectionner très rapidement nos partenaires, un collectif de PME qui a accepté de travailler les samedis et les dimanches. » Pour produire le masque Ocov, Ouvry a réuni un panel 100 % français d’une vingtaine d’entreprises présentes pour moitié sur la région Rhône-Alpes Auvergne.

L’agilité des PME triomphe

Quatre critères fondamentaux listés par le directeur opérationnel ont présidé à leur sélection : « des fournisseurs historiques, avec lesquels j’ai pu m’affranchir de toute la phase de sélection amont ; leur savoir-faire technique ; leurs capacités de production ; et leur localisation. Dans une période où les flux de transport ne fonctionnaient pas, je me devais d’être 100 % Auvergne Rhône-Alpes, ou au moins national. » On pourrait citer un cinquième critère, même si Ouvry n’en a pas fait un prérequis : des PME. « Une des clefs de la réussite de ce projet, c’est l’agilité et la force de frappe. Nous travaillons avec un réseau de PME françaises qui a une agilité que n’auraient pas nécessairement des grandes entreprises », parie Julien Billard.

Pour « dérisquer » le projet côté amont industriel, deux sujets ont été identifiés comme stratégiques. Le premier étant l’approvisionnement en matières premières, essentiellement des plastiques, des textiles et du carton pour l’emballage des masques. A ce stade du projet industriel, un chiffre donne une idée de l’importance de ce projet industriel pour Ouvry : les 2,7 millions d’euros de matières textiles achetés en amont du choix de la fibre utilisée pour le filtre du masque, soit environ un quatre du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise ! « La supply chain textile a été très importante pour concevoir le filtre. Etant donné qu’il y avait beaucoup d’inconnues, nous avons dû mobiliser des stocks conséquents pour effectuer tous les essais nécessaires et être certains qu’une fois la fibre choisie, elle serait approvisionnable en grandes séries. Le risque de pénurie était tellement fort que nous avons fait un choix de dérisquer en achetant plusieurs types de fibres », explique Julien Billard.

Volumes de matière réservés et prix bas

Mais l’approvisionnement n’était pas le seul paramètre à prendre en compte dans la gestion du risque, le prix unitaire du produit était également un paramètre intangible à respecter. Et le contexte de baisse des cours des matières premières n’a pas forcément été un atout, estime Julien Billard : « Cette situation s’est en réalité avérée un piège. En avril, l'automobile était à l’arrêt, mais nous ne devons pas être impactés lorsque la production nationale redémarrera. En outre même si les cours des matières premières ont une tendance baissière, lorsque, du jour au lendemain vous demandez beaucoup de tonnage sur des matières précises, vous devenez influent sur leur cours. » Avec 60 à 100 tonnes de matières plastiques achetées par mois pour une pièce de 60 grammes, les besoins du masque Ocov sont en effet conséquents.

« Pour être prioritaires au niveau de la livraison sur différentes usines, en cas de redémarrage de l’activité et éviter une flambée des prix, nous nous sommes positionnés en centrale d’achats ; nous n’avons pas imposé une matière, mais des caractéristiques techniques et nous avons pu figer un prix, ainsi que notre besoin en volume », explique Julien Billard.

La suite de cet article à lire dans La Lettre des Achats n°294 (juin 2020). A paraître.

Publié le 02/06/2020 - Par Guillaume Trécan

Le dernier numéro

Dernier numéro

N°296 - Septembre 2020

Le catalogue

Le catalogue Silex

Retrouvez la revue en format tablette

Apple store Google Play