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Publié le 06/05/2020 - Par François-Charles Rebeix

Milad Nouri (YOOSourcing) : « Notre application permet de rétablir la confiance entre les fournisseurs et les acheteurs »

Parti en Chine au milieu des années 2000 avec un statut d’élève ingénieur, Milad Nouri, après avoir travaillé pour diverses compagnies, a fini par y monter sa propre entreprise de conseil et services dans le domaine du commerce international. Il a appris le chinois. Il s’est installé dans le pays. Il s’est aussi lancé dans la création d’une startup dédiée au sourcing (2017). Depuis, il a publié une BD (2019) où il raconte son parcours (Bienvenue en Chine, Delcourt). C’est comme ça que nous l’avons connu. L’occasion maintenant qu’il nous parle de YOOsourcing, son application mobile, et de la Chine…

Avant de commencer, deux mots sur Bienvenue en Chine1. La dernière planche suggère que le héros (vous) a encore beaucoup de choses à dire sur le pays. Alors la suite, ce sera quand et sur quoi ?

A l’origine, cet ouvrage était destiné à être un one shot. Mais c’est vrai qu’il a été très bien accueilli. Nous avons organisé beaucoup de signatures auprès de la communauté des français installé en Chine. Nous attendons maintenant les retours de l’éditeur. En tout cas, ça nous encourage, le dessinateur, Tian-You Zheng et moi, à faire une suite. J’ai déjà commencé à l’écrire. Il reste beaucoup de choses à dire sur le pays, sur les entreprises, sur les relations que l’on peut avoir avec l’administration chinoise. Nous avons toujours le souci de rester politiquement correct. C’est la condition si l’on veut pouvoir publier la BD en Chine… Toutefois, on peut aller plus loin. Les difficultés que l’on rencontre en Chine ne sont pas seulement politiques ou administratives. Elles sont le plus souvent culturelles.

Nous allons pouvoir faire là le lien avec votre activité professionnelle : comment fait-on pour développer une application dans un pays qui pratique la censure ? On connait les difficultés de Facebook et Google notamment… et en retour celles de Huaweï avec les Etats-Unis…

Les anecdotes ne manquent pas sur le sujet Chine et Internet ! Jusque-là, pour accéder à Facebook, il suffisait de mettre en place un VPN (Virtual Private Network) pour se connecter au réseau. Mais quand on veut développer une solution comme YOOSourcing destinée à être mondiale tout en étant basée en Chine, les choses se compliquent. Nous avons passé six mois et dépensé plus de 50 000 euros pour mettre en place une solution qui fonctionne aussi bien en Chine qu’à l’extérieur du pays.

Google est bloqué en Chine depuis bientôt dix ans. Leur seule activité dans le pays, c’est Android, leur OS, pour lequel ils ont plusieurs centres de R&D. L’activité moteur de recherche ne marche pas du tout. Mais Android est toujours utilisé par les fabricants de mobiles. L’autre grand sujet en effet, c’est Huaweï. Cela fait des années qu’ils travaillent sur leur propre système d’exploitation pour s’affranchir d’Android. Il ne serait pas encore 100% fonctionnel. Nous avons du mal à évaluer où ils en sont. Le store des applications sera également plus réduit.

Venons-en à YOOSourcing. Vous avez fait justement le choix de sortir d’abord une application mobile. Mais comment en êtes-vous arrivé là ?

A l’origine, j’ai une activité de conseil. Cette entreprise que j’ai créée fonctionne toujours. C’est une société de services. Notre métier, c’est le développement de produits, le sourcing, la gestion de qualité. Nous représentons nos clients en Chine pour développer des partenariats avec des usines. Nous intervenons depuis le design des produits, la fabrication, la gestion de la qualité et jusqu’à l’exportation. Nous avons aussi racheté une entreprise d’import-export chinoise pour pouvoir exporter certains types de produits nous-mêmes. Nous sommes des intermédiaires comme il en existe d’ailleurs beaucoup en Chine. Mais nous, nous avons beaucoup de contacts notamment dans les bureaux de sourcing des grands retailers.

L’idée de YOOSourcing nous est venue après être intervenu à la demande d’une petite PME française qui rencontrait un problème avec son fournisseur chinois. L’entreprise avait besoin de moules de grandes tailles. Elle avait sourcé son fournisseur sur Alibaba, avancé une somme importante, puis reçu des échantillons qui présentaient de gros défauts de qualité. Le fournisseur en question ne répondait plus à ses mails. Il a fallu partir à sa recherche. Nous étions sur place. Nous l’avons trouvé. Celui qui se présentait, sur Alibaba, comme une usine, photos à l’appui, n’était en fait qu’un trader travaillant seul, chez lui, à Honk Kong. Nous étions en 2016. Si moi qui était basé en Chine avait eu des difficultés à l’identifier, imaginer celles d’une PME ailleurs dans le monde. Or les mêmes problèmes se retrouvent maintenant partout en Asie, au Vietnam, en Indonésie, là où le sourcing est transféré progressivement.

Nous avons donc commencé à réfléchir à une application qui permettent de rétablir la confiance entre les fournisseurs et les acheteurs. Cela devait passer par de la transparence, de la réciprocité, de la communication, de l’échange d’information. Il y a de la notation, du chat, la possibilité de faire des groupes, comme sur WhatsApp ou WeChat, très utilisé en Chine. Mais nous voulions une application dédiée au sourcing. Après le social selling, très en vogue, nous faisons du social sourcing…

Dans le détail, cette application fonctionne comment ?

L’idée c’est de faire du soucing en faisant des posts associé à un système de notation. Ce sont des fonctionnalités assez basiques. Ensuite, il y a un système de géolocalisation des usines. Et lorsque les utilisateurs photographient des produits, ces derniers sont automatiquement rattachés aux usines en question. Ces photos sont donc elles aussi géolocalisées. C’est simple : si à l’occasion d’un chat avec mes interlocuteurs, je leur demande de prendre en photo les produits dont ils me parlent, je saurai, grâce à la géolocalisation, qu’il ‘agit bien d’eux. Nous sommes partis sur une application mobile d’entrée de jeux. Aujourd’hui, en Chine, c’est mobile first ! Notre solution est basée sur les smartphones et sur ses utilisateurs.

Ensuite seulement nous avons développé la version web. Et maintenant seulement, nous avons introduit une version desktop, à la demande d’ailleurs de nos clients, ces grandes sociétés de sourcing, qui avaient besoin d’outils plus intégrés. Le téléphone n’est pas l’outil de travail privilégié dans les bureaux…

Tout de suite, nous avons aussi commencé à intégrer la technologie blockchain qui permet une information décentralisée - non détenue par les entreprises -, sécurisée, non modifiable, inviolable en fait. Et cette décentralisation permet aussi celle des process. Appliquée au sourcing, elle favorise une baisse de coûts. Les inspections et la transmission des informations se font en temps réel. Sans délai. On ne peut pas douter de leur probité. Cette question du temps est très importante. Aujourd'hui encore, entre le moment où l’acheteur passe une commande et le moment où le produit est vendu sur le marché, un an parfois s’écoule. S’il y a un problème de qualité, remonter vers les fournisseurs prend du temps, surtout s’il y a beaucoup de produits, beaucoup de références, etc. Il faut une traçabilité sans faille avec des temps de réponse extrêmement courts. C’est ce que nous développons...



1 Bienvenue en Chine par Milad Nouri et Tian-You Zheng (Delcourt)


La suite de cet entretien à lire dans La Lettre des Achats n°293 (mai 2020). A paraître.


Bienvenue en Chine par Milad Nouri et Tian-You Zheng (Delcourt)

Publié le 06/05/2020 - Par François-Charles Rebeix

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