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Publié le 26/07/2021 - Par François-Charles Rebeix

Julien Clouet et Constance Névoret (LittleBig Connection) : « Avec les plateformes, les entreprises trouvent de nouvelles manières de recruter… »

Julien Clouet, Président, et Constance Névoret, CEO de LittleBig Connection Julien Clouet, Président, et Constance Névoret, CEO de LittleBig Connection

LittleBig Connection fait partie d’un marché en pleine expansion, celui de ces plateformes qui rapprochent les petits prestataires indépendants des entreprises, et pas seulement dans l’univers de la tech ou de la communication. Cette révolution mondiale, dit-on, du travail, verra-t-elle les freelances contester la suprématie des salariés ? Rencontre avec un des leaders de ce marché qui peaufine justement son développement international.

Les plateformes de freelances ont le vent en poupe. Est-ce la crise qui pousse les individus à adopter un statut d'indépendant et les entreprises à les rechercher ?

Julien Clouet. Nous sommes en effet dans un moment où le marché du travail se transforme, où la relation au travail elle-même évolue. Les entreprises s’ouvrent elles aussi à tout ce mélange : travail salarié, travail indépendant, travail en présentiel, télétravail, travail à temps plein, travail à temps partiel, etc. Ce phénomène n’est pas que national. Nous même, nous nous apprêtons à partir partout à l’international où nous pourrons avoir des perspectives de développement.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce boom. Il y a d’abord ces tensions sur un marché du travail qui est plutôt orienté candidats. Avec les plateformes, les entreprises trouvent de nouvelles manières de joindre les experts qu’elles recherchent. Ces plateformes contribuent aussi à « désintermédier » une relation qui s'exerçait jusque-là dans le domaine du conseil. Les donneurs d’ordres avaient l’habitude de passer par tel ou tel cabinet de conseil qui lui-même sous-traitait une partie de son travail à d'autres acteurs voire à des freelances. Nous venons réduire un peu cette interaction. Cela entre aussi en résonance avec cette envie que nous avons peut-être tous d’être un petit peu plus libre, de pouvoir choisir nos missions, de gérer notre temps, de ne pas être cantonné, ni dans un projet, ni dans une organisation, même si travailler en freelance n’est pas sans contrainte non plus. Ce changement d’approche date de trois ou quatre ans, pas davantage. Cela vient autant des candidats que des entreprises qui, elles, réclament de leur côté plus de flexibilité. Beaucoup manquent de visibilité à long terme sur leurs projets et préfèrent recourir à des expertises au moment même où elles en ont besoin. La crise que nous vivons l’a illustré quand, par exemple, la plupart des organisations ont dû monter des systèmes e-commerce click and collect en quelques semaines… Cela n’aurait pas pu se faire sans experts extérieurs.

Mais pour réussir de tels projets, il faut sans doute faire appel à des sociétés de conseils multi-compétences. Votre plateforme a une particularité, c’est de proposer, en plus des freelances, des ESN (Entreprises de Services Numériques). Pourquoi ce mix ?

Julien Clouet. Les ESN représentent en effet plus de la moitié de notre activité aujourd'hui. Même si cette population est grandissante, tout le monde n'a pas envie de devenir freelance ! Les ESN de qualité, capables d'accompagner leurs collaborateurs, de miser sur la formation, ont un vrai savoir-faire de coordination. D’une certaine façon, nous sommes un peu le porte-parole des plus petites qui sont en général assez peu référencées par les grands groupes parce que, justement, trop petites. Elles ne passent pas sous les fourches caudines des référencements ! Nous sommes, nous, en mesure de les présenter à des clients dans des situations bien précises, des besoins très identifiés. Ces petites entités ont bien souvent des réponses plus pertinentes que des acteurs du marché plus importants.

Constance Névoret. Nous travaillerons plus avec des ESN sur des projets à forfait présentant une plus forte valeur ajoutée et sur lesquels elles amèneront des compétences plus pointues. En revanche, pour des besoins en prestations intellectuelles plus classiques, nous ferons davantage appel à des freelances. Voilà en tout cas les tendances que nous pouvons observer.

Au-delà des métiers liés au digital, quelles sont les autres fonctions de l’entreprise les plus ouvertes à l’externalisation ?

Julien Clouet. Aujourd'hui, nous avons tous les métiers de l'entreprise sur nos plateformes. On ne le sait peut-être pas assez, mais, très souvent, pour une clôture comptable, des départements financiers vont faire appel ponctuellement à des comptables extérieurs. Dans le domaine du légal, vous pouvez recourir à des cabinets bien installés mais qui peuvent être très souvent constitués eux même d’indépendants réunis dans une même entité. Vous avez toutes les fonctions liées au management. Avec des personnes au profil senior, identifiés peut-être jusque-là dans l’intérim et qui peuvent apporter leur expertise dans tous les aspects liés à la gouvernance des entreprises. Donc bien au-delà des métiers de la communication, du digital et de la tech même si cette dernière, dans son acception la plus large, représente encore les plus gros volumes, soit 60% des offres. Mais 40% des propositions, dans d’autres métiers, ce n’est pas rien non plus ! Nous voyons également arriver de nouveaux intervenants dans des domaines d’expertises très variés, qui, après une carrière comme salariés, partant à la retraite et n’entrant plus dans le cadre de l’intérim, se mettent à leur compte.Encore une fois, toutes les formes de travail peuvent se mélanger les unes aux autres. Le plus important, c’est que nos entreprises clientes puissent disposer d’une plateforme unique qui permette d'accéder à toutes ses formes de travail et donc à toutes les formes de contrat et de rémunération possibles. Comme un Amazon de la prestation intellectuelle capable de proposer à la fois des offres ESN, du freelancing voire du portage salarial. Il faut concentrer toutes ses formes de travail afin de simplifier l’approche des clients pour que ces derniers puissent s'investir sur leurs projets et les résultats qu'ils en attendent.

Constance Névoret. Nous avons parlé des métiers mais les mêmes tendances s’observent aussi pour des postes de direction. Nous avons de plus en plus de directeurs financiers, de directeurs de ressources humaines qui se mettent en freelances et travaillent pour plusieurs petites entreprises en même temps. Il peut s’agir aussi de management de transition.

Il y a une multitude d’offres en matière de plateformes. Pour exister, il faut un nombre d’inscrits significatif aux profils bien validés. Comment le marché va-t-il se décanter cette fois du côté des entreprises ?

Julien Clouet. C'est effectivement un des points clés de notre métier. Et c'est ce qui fait aussi que depuis le début, nous avons une approche plutôt originale. Nous n'avons pas construit qu’un VMS (Vendor Management System) ou une marketplace. Nous reposons sur deux piliers. D’une part, nous sommes éditeur d’un logiciel et d’autre part, nous animons la communauté de personnes que nous avons réunie. Nous avons des équipes dédiées à temps plein à la qualification des profils que nous proposons sur notre plateforme. C’est une part essentielle de notre expertise. Ces équipes sont là justement pour qualifier cette communauté de près de 250 000 inscrits. Il ne suffit pas d’être présent sur la plateforme pour être sélectionné dans le cadre d’un appel d’offres. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Il faut imaginer un tunnel de conversion. Nous allons récupérer auprès de ces profils le plus d’informations possibles afin de pouvoir les pousser vers leurs premiers projets. Cette pré-qualification, cette vérification des compétences, parfois même avec des tests techniques, fait partie de notre schéma d'acquisition. Nous sommes dans une démarche de type réseau social. Une première mission réussie en entraîne d’autres. C’est important aussi d’avoir un retour d’expérience.

Constance Névoret. A propos de la multiplication des plateformes de freelances face à des entreprises clientes qui cherchent à restreindre le nombre de fournisseurs, là aussi c’est une des forces de notre projet : nous avons dès l’origine travaillé avec des grands comptes. Aujourd'hui, nous avons plus de 250 clients grands comptes et près de 60% du CAC 40. Ceux qui s'inscrivent sont bien sûr intéressés à rejoindre une communauté mais ils sont là avant tout pour trouver des projets. La diversité des projets que nous pouvons présenter nous permet de tirer notre épingle du jeu.

Nous ne sommes pas nécessairement en concurrence avec toutes les plateformes, y compris avec l’autre leader du marché, Malt. Nous avons des stratégies très différentes. Malt avait essentiellement des petites et moyennes entreprises dans son portefeuille clients même si cela a évolué par la suite. Nous avons, nous, visé dès le départ les directions Achats des grands groupes. Malt est plus un Freelances Management System alors que nous nous présentons comme un Vendor Management System. Nous pouvons aussi être amenés à travailler avec d’autres plateformes parce que nous croyons beaucoup à un écosystème étendu. Aucune entreprise ne peut fonctionner isolée de son environnement. Nous ne pouvons pas nous spécialiser dans tous les métiers. Nous avons plutôt l’ambition d’être un agrégateur de marketplaces qui auraient vocation à être des experts métier. Nous croyons beaucoup à ces interconnexions.

Julien Clouet. Nous nous voyons plutôt comme un multi-spécialiste que comme un gros généraliste, Nous pouvons aussi apporter à nos partenaires des outils, comme ceux que nous utilisons pour qualifier les profils inscrits, ou encore nos outils de gestion des communautés.

Qui sont vos interlocuteurs ? Vous avez précédemment évoqué les directions Achats. Mais pour parler talents, piloter de l’humain, ne faut-il pas travailler avec bien d’autres fonctions ?

Julien Clouet. Nous sommes positionnés à la fois sur les métiers et sur les Achats. Les achats, c'est notre métier de base. Nous avons construit une solution réellement dédiée à l'achat de prestations externes. Nous sommes spécialisés sur le sujet.Nous n’aurons pas pu le faire sans être à l'écoute des acheteurs et leur façon de fonctionner. Leur apporter des solutions, c’est notre cœur de métier. Mais nous avons aussi besoin des opérationnels. Ce sont eux qui travaillent tous les jours sur nos outils. Donc là encore, nous fonctionnons sur deux pieds.

Constance Névoret. La frontière devient de plus en plus ténue entre les directions Achats et les Ressources humaines s’agissant de la gestion de toutes les populations externes à l’entreprise. Comme elles sont de plus en plus importantes, l'enjeu, c'est de faire en sorte qu'elles s'intègrent bien dans la stratégie globale de l'entreprise. Leur proposer des formations si besoin est ou encore disposer d’un vrai plan d’évolution. Ce qui n’était pas si fréquent jusque-là surtout quand ces ressources n’étaient gérées que par les Achats...C’est la raison pour laquelle nous voyons de plus en plus d’implications de la part des directions des Ressources humaines.

Julien Clouet. Nous voyons déjà, notamment aux Etats-Unis, ce mouvement depuis les Achats vers les Ressources humaines pour le traitement des contributions externes. Les Achats ont une bonne connaissance des questions réglementaires, des risques liées au délit de marchandage et d’une manière générale de tout ce qui a trait à la conformité. Mais l'animation de communautés, la gestion des plans de carrières reviennent davantage aux Ressources humaines. Les deux fonctions vont devoir travailler de plus en plus ensemble.

Constance Névoret. Notre ambition à terme, c'est de rajouter des briques de gestion pour apporter des clés supplémentaires aux managers de ces ressources extérieures. Jusqu’à des modules de formation ou de suivi de carrières, par exemple.

Que se passe-t-il sur le marché ? Nous entendons toujours parler de nouveaux arrivants et notamment d’un réseau social. Il y a encore de la place pour de nouvelles initiatives ?

Julien Clouet. L’arrivée de nouveaux opérateurs ne nous inquiète pas. Nous croyons en notre modèle. En tout cas, il n’y pas un pays aujourd’hui qui ne connaisse pas le même type d’évolution des modes de travail. C'est un marché grandissant, une vague de fond, la maturité est là. Il y aura sans doute une consolidation même si pour le moment l’euphorie règne. La pandémie a mis l’accent sur la digitalisation et même précipité cette évolution. LittleBig Connection qui se voit comme un agrégateur a pour vocation de rassembler différentes sources ou services sous un seul process.

Mais pour nous, il y a surtout l'internationalisation de nos activités. Aujourd'hui, nous n'avons pas un client qui ne nous demande pas de l'accompagner sur d'autres marchés. Nous travaillons avec Décathlon en Chine et à Singapour, avec Faurecia aux Etats-Unis et en Espagne. Tous ces clients vivent l'externalisation comme un phénomène global pour lequel ils veulent une vision d’ensemble. Le développement du télétravail va accentuer ces évolutions. Certaines expertises, certains métiers, certains profils, un spécialiste du cloud ou en cybercriminalité par exemple, où qu’ils se trouvent, pourraient même avoir à terme un prix sur un marché mondial.

Comment voyez-vous votre développement international ? Avec quel financement ?

Julien Clouet. LittleBig Connection a parmi ses actionnaires, Mantu, un acteur mondial de la transformation des entreprises qui met à disposition d’entrepreneurs, un ensemble de services et de métiers pour les aider à se développer. Nous sommes, Constance Névoret et moi-même, également actionnaires de Mantu. Mantu est avant tout une structure qui nous apporte un certain nombre de services mutualisés (comptabilité, paye, etc.) et nous permet de nous concentrer sur notre développement. Nous pouvons aussi nous appuyer sur ses implantations un peu partout dans le monde. Nous finançons à 100% notre développement. Nous ne faisons pas appel à des fonds externes.

Nous sommes, cela dit, présents sur les cinq continents. Au-delà de l’Europe, nous avons une vraie volonté de bâtir un hub en Amérique du Nord et Amérique du sud avec une structure capable d’opérer tous nos métiers techniques pour disposer ensuite d’entités plutôt business sur différents territoires. En Asie, nous avons ouvert un centre à Ho Chi Minh au Vietnam. Nous avons aussi des bureaux à Singapour, à Bengalore pour développer nos activités commerciales cette fois.

Constance Névoret. Mantu est implanté aujourd’hui dans plus de soixante pays et LittleBig Connection dans seize pays. Nous avons une vraie facilité à aller à l’international comparativement à d’autres concurrents. Une fois que nous avons décidé d’accompagner u de nos clients dans un pays, nous pouvons y ouvrir facilement un bureau. Nous avons toutes les structures sur place. Nous n’avons aucune courbe d’apprentissage pour comprendre le nouvel environnement. C’est un énorme avantage.




Portraits

Julien Clouet. Fondateur et Président de LittleBig Connection (40 ans, diplômé de Skema Business School en 2003) a plusieurs expériences entrepreneuriales à son actif. En 2010, il crée Evolis Consulting, un cabinet de conseil spécialisé dans la digitalisation des entreprises et en 2013, LittleBIG Connection, une plateforme pour rapprocher les grandes entreprises avec les PME et freelances du conseil en IT et Ingénierie


Constance Névoret. CEO de LittleBig Connection depuis juin 2020 (31 ans, diplômée de l’ESCP Europe en 2013), En 2013, elle rejoint, à Londres, Amaris, société de conseil en management faisant partie de l’écosysteme Mantu avant de partir un an plus tard au Canada pour ouvrir les bureaux de Montréal, Toronto, puis New York. Elle est également Executive VP Sustainable Development chez Mantu en parallèle de ses fonctions chez LittleBig Connection. Mantu est un acteur mondial fondé en 2019, accompagnant les entreprises dans leur transformation dont le siège social est à Genève.


A propos de LittleBig Connection

Une entreprise créée en 2013

Chiffre d’affaires : 200 millions d’euros (prévus en 2021)

Effectifs :200 personnes

16 pays d’activité sur les cinq continents

250 clients grands comptes

250 000 experts indépendants inscrits



Publié le 26/07/2021 - Par François-Charles Rebeix

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