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Publié le 30/11/2020 - Par François-Charles Rebeix

Joseph Ramos, Délégué général de Handeco, Co-organisateur du salon HandiHA. : « Les personnes en situation de handicap se reconnaissent pour certaines davantage dans l'entreprise cliente .. »

Joseph Ramos Joseph Ramos

Du 1er au 15 décembre se tiendra la 2e édition d’HandiHA, un salon virtuel qui regroupe des donneurs d’ordres, privés et publics, des fournisseurs, EA-ESAT-TIH, les plus grandes associations gestionnaires du secteur du handicap. Au programme : des stands, des ateliers, des tables rondes, des conférences pour soutenir l’emploi des personnes en situation de handicap. Le secteur du handicap lui aussi malmené par la Covid entend plus que jamais être évalué sur sa capacité à innover. Rencontre avec son Délégué général.

Vous avez eu un flair incroyable avec HandiHA, un salon virtuel dès 2019 ! Vous attendez quoi de cette 2e édition, notamment des acheteurs ?

C’est vrai, Handeco a été très innovant en imaginant ce salon en ligne bien avant cette crise de la Covid qui a touché, malheureusement, de manière très forte aussi les fournisseurs du secteur du handicap. Nous voulions compléter nos services existants avec un nouvel outil, facile d'accès, 100% efficace. L'idée, déjà, c'était de proposer de visiter un salon depuis son salon ou son bureau, en télétravail. Cela voulait dire aussi plus de déplacement, donc plus d’impact CO2. Mais c'était aussi imaginer faire participer l'ensemble des collaborateurs d'une entreprise sur le plan national, de travailler plutôt sur les territoires, notamment avec des PME, comme les ESAT et les EA ou encore des travailleurs indépendants (TIH), tout en embarquant les grandes entreprises et les ETI avec lesquelles nous travaillons régulièrement. Bref, jouer la carte de la proximité.

Nous travaillons beaucoup avec les grandes entreprises, les grandes organisations. Elles sont très matures sur nos sujets, elles ont des besoins, elles sont confrontées à bon nombres de dossiers, il y a aussi un fort turn-over au niveau des équipes. Autant de raisons qui font qu’elles nous sollicitent mais souhaitent aussi aller au-delà de simples catalogues de prestations qu’elles connaissent et maîtrisent. Elles ont besoin d’identifier les innovations de secteur. Que ce soit à travers nos Informelles, ces petits groupes de travail qui se tiennent plusieurs fois par an, l’événement annuel, reporté cette année, les Handiformelles, et maintenant, HandiHA. Ce mouvement, nous le sentons aussi venir des PME.

Pour cette 2e édition d’HandiHA qui est parrainée par Thibaut Guilluy, Haut-commissaire à l'inclusion dans l'emploi et à l'engagement des entreprises, nous restons lucides et modestes. Avec le groupe La Poste et la société CGI, les partenaires officiels de cette nouvelle édition, ce sont en tout dix-huit entreprises qui exposeront. Elles n’étaient que quatre pour la 1ère édition et elles ont malgré tout généré la visite de 150 grands groupes. Nous devrions donc faire mieux. Nous avons aussi 50 fournisseurs qui participent. Ils représentent 200 ESAT-EA. Soit environ 10% des établissements de ce secteur du handicap. Nous avons aussi le soutien des quatre plus grands groupements d'entreprises du secteur, APF Entreprises, ANRH, la fédération APAJH, la Fondation Anaïs qui représentent à eux seuls plus de 150 établissements. Vous pouvez donc imaginer l’importance et la diversité des activités qui seront proposées par notre événement. Je voudrais aussi citer notre partenaire dans cette organisation, le groupe Talents Handicap, un expert de l’organisation d’évènements en ligne dans le domaine de l’emploi, de la diversité et du handicap.

Pour cette nouvelle édition, nous avons organisé non pas un salon des acheteurs, mais un salon des achats pour mobiliser l'ensemble des collaborateurs d'une même entreprise. Nous avons imaginé des parcours métiers. Pour la direction des achats, il y aura des parcours très pointus, avec des sujets de type sourcing inversé, co-traitance. Pour les DSI, Il y aura d'autres parcours auprès d’ESN notamment, etc. Avec dans tous les cas, des conférences, des ateliers, des tables rondes, des stands.

Comment se porte le handicap dans les entreprises en ces temps de Covid ? Que sait-on de la situation de l’emploi dans le secteur du travail protégé et adapté, de même que des niveaux de contrats passés auprès des EA-ESAT ?

La Covid aura un impact catastrophique sur l’activité, c’est certain. Chez les donneurs d’ordres, déjà. Je pense à l’aéronautique bien sûr, mais également d’autres pans de l’activité. Du côté des EA-ESAT-TIH, tous les secteurs ne seront pas touchés de la même façon, la menuiserie, par exemple, sans doute moins que l’événementiel qui dont l’activité s’est trouvée à l’arrêt du jour au lendemain. J’évalue au bas mot la perte d’activité entre 20 et 60% en fonction du type d’activité... Nous avons prévu d’ailleurs un certain nombre de conférences sur le thème de l’emploi durant le salon, puisqu’une nouvelle réglementation sur l’Obligation d’Emploi des Travailleurs Handicapés (OETH) s’impose à compter du 1er janvier 2020. Impossible pour nous de ne pas en parler ! Nous allons rappeler les obligations en la matière, le rôle essentiel des achats, les nouvelles évolutions réglementaires. Profiter du moment pour donner des clés d'entrée au plus de participants possibles, quelles que soient leurs compétences ou leur maturité.

Mais je voudrais dire aussi que si les donneurs d'ordres ont été largement impactés par la Covid dans leurs propres activités, la protection de leurs salariés, la mise en place de mesures de chômage à temps partiel ou de télétravail et la sous-traitance ne figurait pas forcément parmi leurs priorité, HandiHA montre, déjà, que les entreprises n'entendent pas baisser la garde. Les grands donneurs d'ordres ont intégré dans leurs pratiques d'achat le fait d'adresser leurs besoins à notre secteur. Et d’une certaine façon, cette crise nous a permis de communiquer auprès de toutes les entreprises, grandes ou moins grandes, sans oublier le secteur public, pour que l’on continue à acheter solidaire.

S’il y avait de nouvelles avancées à imaginer, quelles seraient-elles ?

Déjà sur le plan du vocabulaire. La sémantique, c’est important. Je parle désormais du secteur du handicap (EA/ESAT/TIH) comme on parle du secteur de l’insertion par l’activité économique (IAE). L’acronyme qui a été utilisé jusque-là, le STPA pour Secteur du Travail Protégé et Adapté, est par trop restrictif et n’inscrit pas les travailleurs indépendants handicapés dans cette dynamique.

Si je reviens aussi aux conséquences de la Covid, l’isolement de certains travailleurs, même très autonomes, bénéficiant d’un logement, a été un vrai problème. Il a fallu que les équipes se mobilisent pour les accompagner. Cela a été fait dans une large mesure mais il faudra continuer à se préoccuper de cette question comme celles de l’évaluation et du suivi des conséquences psychologiques de cette pandémie sur les personnes en situation de handicap. Nous avons bien vu que ces questions ont touché toutes les catégories de la population. Et celle des personnes en situation de handicap autant sinon plus que les autres.

Cette notion d’accompagnement par les équipes est très importante y compris au niveau des donneurs d’ordres. Il y a toutes ces prestations in situ pour favoriser les achats et l’insertion. Au niveau des nouveautés, en matière de réglementation, il y a le CDD Tremplin qui permet de construire un parcours d’intégration sur mesure pour les travailleurs handicapés.

C’est très important de pouvoir dire aux entreprises qui intègrent des personnes handicapées que la gestion des travailleurs, c'est nous, les EA-ESAT. Le management, c'est nous aussi. Nous qui allons travailler avec vous. Avec des résultats le plus souvent exceptionnels où les personnes en situation de handicap se reconnaissent, pour certaines d’entre elles, davantage dans l'entreprise cliente que dans leur entreprise adaptée d'appartenance. J’ai plein d’exemples en tête…

Au bout du compte, l’essentiel pour nous, dans l’entreprise cliente, c’est ne de plus parler de handicap. Et encore moins de le distinguer, qu’il soit physique, sensoriel ou psychique. Nous voulons plutôt parler d’activité, de prestations, de coûts, de qualité, de délai. Notre secteur d’activité s’est fortement professionnalisé, depuis la loi originelle de 2005 mais aussi les évolutions entrées en vigueur le 1er janvier 2019. Dans les conférences d’HandiHA, il y aura un exemple d’EATT (entreprise adaptée de travail temporaire) très innovant. Nous parlerons aussi de sourcing inversé, autrement dit de la construction d’une offre suffisamment forte qui permette à des donneurs d'ordres de l’identifier et de l’adopter très rapidement ou encore, à l’initiative de nos amis d’Handiréseau, un GMEA Print (Groupement Momentanée d’Entreprises Adaptées) qui regroupe les quatre principales entreprises de la filière impression dans le secteur du handicap…ANRH, DSI, Handiprint et Groupe Nea.

A part ce salon HandiHA, sur quoi travaille Handeco ? Reverra-t-on les Handiformelles en 2021 ? Quels sont vos autres projets ?

Ce que nous voulons, c’est lancer l'après-Covid ! J’espère que les Handiformelles pourront se tenir en 2021, le dernier vendredi du mois de septembre comme chaque fois, soit le 24 septembre. Sinon, notez aussi le 30 septembre 2022 ! Avec toujours au programme de l’innovation présentée par des donneurs d’ordres et leurs fournisseurs, mais aussi le baromètre 360 en partenariat avec le groupe Malakoff Humanis. C’est une enquête qui interroge à la fois les entreprises clientes et les fournisseurs du secteur handicap sur leur perception réciproque et aussi leurs perspectives. Vous pourrez d’ailleurs retrouver une présentation des résultats de ce 1er baromètre 360 réalisé par l’institut de sondage Opinion Way lors de ce HandiHA.

Je voudrais également parler de nos amis de Pas@Pas, une organisation avec laquelle nous avons un partenariat très fort depuis 2010. Elle regroupe les directions achats de grands groupes comme Bouygues Telecom, Enedis, FDJ, France TV, Groupe La Poste, Nokia, Saint-Gobain, SNCF, Sciences Po, Solvay, STEF, Total SA, etc. Si nous sommes les opérationnels, ses adhérents fonctionnent un peu comme un Think Tank. Et justement la crise de la Covid nous a conduit à imaginer avec eux la constitution d’une filière santé handicap destinée à fournir des produits comme les masques, les visières, les gels. Nos entreprises, au plus fort de la pandémie, ont été sollicitées par leurs donneurs d’ordres. Nombre d’entre elles ont adapté leur production à cette demande massive. Nous avons donc interrogé une quinzaine de grands groupes sur l’intérêt qu’ils pourraient avoir à la constitution d’une offre globale. C’est le cabinet Tolson Consulting qui a mené cette étude. Nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler. Dans tous les cas, Handeco a toujours l’ambition de développer une offre de services de plus en plus pointue dans son expertise achat à la mesure de besoins qui évoluent sans cesse, qu’il s’agisse des donneurs d’ordres ou de leurs fournisseurs.

Publié le 30/11/2020 - Par François-Charles Rebeix

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