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Publié le 08/09/2020 - Par Guillaume Trécan

France Relance : une opportunité pour les Achats de co-construire l'industrie du futur

Avec son volet soutien à l’investissement et relocalisation, le plan France Relance attend une forte implication des donneurs d’ordres. S’il remet sur la table la question de la responsabilité dans les relations clients fournisseurs, il promet aussi d’offrir de nouvelles opportunités de sourcing dans l’écosystème industriel national.

Avec une enveloppe de 35 milliards d’euros, le gouvernement a vu grand pour le volet industrie du plan France Relance et, comme l’a signifié la ministre déléguée en charge de l’industrie, Agnès Pannier Runacher lors d’un point presse, jeudi 3 septembre, il voit loin, l’idée étant rien de moins que « bâtir la France de 2030, une France indépendante qui maîtrise son empreinte énergétique et environnementale et qui crée de l’emploi sur les territoires ». Pour parvenir à un tel résultat, qui nécessite en particulier la mobilisation des PME et ETI françaises, le concours actif de leurs clients est requis, ce qui ne se fera pas sans remettre en question la manière d’envisager les stratégies achats.


Moins dépendant des fournisseurs extra-européens

Des quatre volets de ce plan, le plus susceptible de nécessité le concours des directeurs achats des grands donneurs d’ordres industriels français est celui qui concerne la relocalisation et localisation d’activités industrielles critiques. « La crise de la Covid a mis en exergue la dépendance technologique et industrielle de l’économie française et la fragilité de sa supply chain », rappelait ainsi Agnès Pannier-Runacher, avant de préciser l’objectif de ce chapitre du plan de relance doté d’une enveloppe d’un milliard d’euros : « diminuer notre dépendance vis-à-vis de fournisseurs extra-européens, tout en développant des filières d’avenir qui garantissent la création de valeur en France et en Europe. »

Cinq secteurs ont été identifiés comme critiques sur la base d’études économiques (notamment l’étude PWC, CNA, DGE, CNI présentée en juillet dernier, voir notre article) et de discussions avec cinq filières : santé ; agroalimentaire ; électronique ; secteurs qui fournissent des intrants essentiels à l’industrie (chimie, métallurgie, matières premières) ; et applications 5G pour l’industrie.


Relocaliser par les territoires et par les filières

Deux dispositifs sont actuellement à l’œuvre pour élire les projets qui bénéficieront de ces fonds de soutien à l’investissement industriel. Le premier est d’ordre territorial, au niveau des bassins d’emploi, dans 148 « territoires d’industrie » définis comme prioritaires. Les projets seront choisis au niveau des préfets de région et des présidents de conseil régionaux parmi un portefeuille de 1 500 projets issus du diagnostic des chefs d’entreprises industrielles et d’élus locaux. Le second dispositif repose sur le principe des appels à projet instruits par la DGE avec BPI France en appui, avec les comités stratégiques de cinq filières critiques : chimie ; santé ; matières premières et métallurgie ; et agroalimentaire. Le choix de ces projets se fera « avec des grands donneurs d’ordres et systématiquement un représentant des ETI et PME, parce qu’il est essentiel d’avoir une vision ETI et PME dans notre accélération industrielle », précise Agnès Pannier Runacher.

Pour prévenir tout risque de saupoudrage des fonds publics qui réduirait la portée de ces projets, la ministre précise : « nous sommes capables d’accompagner 600 millions d’euros de projets au niveau national, 400 millions d’euros au niveau régional et si nous nous apercevons qu’il y a pléthore de projets, nous serons en capacité de réajuster les enveloppes par rapport à des dispositifs moins efficaces sur les territoires. »


De nouvelles opportunités de sourcing vert

Les directeurs achats vont donc devoir s’engager sur la dynamisation d’écosystèmes industriels nationaux et le développement d’activités critiques pour leur supply chain, mais ils vont aussi devoir être attentifs aux nouvelles opportunités de sourcing que réserve la dimension environnementale du plan de relance.

Ce plan prévoit en effet d’investir 1,2 milliard d’euros dans la décarbonation des processus industriels. Cela passe par l’aide à l’équipement – remplacement de chaudières à charbon et à gaz par des chaudières à biomasse et réseaux de chaleurs, travaux d’efficacité énergétique sur les équipements industriels, etc… – mais aussi par le fait de privilégier des fournisseurs européens pour certaines activités en donnant plus d’importance à la note environnementale dans les attributions d’appels d’offres, soit, précise la ministre de l’industrie, « en relocalisant la production de biens dont la production en France génère beaucoup moins de CO2 que dans d’autres pays du monde. »

Au passage, l’Etat n’oublie pas de donner un coup de pouce à la décarbonation via l’achat public, en réservant une enveloppe de 180 millions d’euros pour soutenir le verdissement de son propre parc automobile.

Très impactant pour les politiques achats, ne serait-ce que dans les dimensions achats de packaging et gestion des déchets, l’économie circulaire tient également une place de choix dans le plan France Relance, avec une enveloppe de 500 millions d’euros prévue pour soutenir de nouvelles solutions liées au recyclage et au réemploi.

En ligne avec le volet modernisation des équipements de production du plan de relance et le programme d’investissement d’avenir, les directions achats vont également devoir trouver les bons partenaires pour développer la robotisation et la numérisation de l’appareil productif.

« C’est au sein de chaque entreprise qu’il va falloir réfléchir à la manière dont on peut faire de l’achat plus responsable ; dont on a une gestion plus solide de ses sous-traitants ; dont on met en place des politiques pour l’inclusion des personnes éloignées de l’emploi ; dont on poursuit une trajectoire de décarbonation ou de réduction de son empreinte environnementale », estime Agnès Pannier Runacher. Ces sujets devront être portés au sein des comités stratégiques de filière et la ministre souhaite qu’ils se traduisent en engagements dans les contrats stratégiques de filières. « Dans ces contrats, j’attends qu’il y ait un volet impact et un volet transition écologique énergétique et que l’on monte le niveau de jeu en matière de responsabilité entre les clients et les fournisseurs », prévient-elle.

Publié le 08/09/2020 - Par Guillaume Trécan

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