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Entretien

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Publié le 18/11/2021 - Par La rédaction

Etienne Colella (Pixid) : « Dans la gestion de l’intérim, l’encadrement des Achats s’avère désormais moins prépondérant que la question des ressources humaines. »

Etienne Colella, Président de Pixid Etienne Colella, Président de Pixid

Pixid, la plateforme de gestion d’intérim, connait cette année une hausse d’activité de près de 20% avec un chiffre d’affaires attendu de 34 millions d’euros contre 27 en 2019. La pénurie de main d’œuvre qui s’amorce dans cette sortie de crise Covid semble la renforcer. Explications avec Etienne Colella, son Président, qui présente une double expertise : sa connaissance du marché de l’emploi et son expérience du digital dans un monde ultra-connecté, où Achats et RH se côtoient…

Plateforme de gestion de tout le processus de recrutement et de suivi d’intérimaires (un VMS pour Vendor Mangement System), Pixid, qui fêtera en 2022 ses dix-huit ans, n’en finit pas de se développer, à coup d’acquisitions ou de partenariats technologiques. Les derniers en date, avec Bullhorn, une solution qui équipe plus de 10 000 agences d’intérim en Europe (un ATS pour Applicant Tracking System) ou encore Ariadnext qui vérifie la qualité des candidats lors de leur inscription, font de l’entreprise un observateur idéal de cette digitalisation qui, crise oblige, gagne tous les secteurs de l’entreprise…

C’est la reprise mais il y a pénurie de main d’œuvre ! Que pouvez-vous observer depuis votre plateforme ? Sur quels métiers ? La situation est-elle la même partout en Europe ?

Je peux vous parler en effet du marché de l’emploi mais je vais vous en parler sous l’angle technologique parce que nous sommes avant tout un fournisseur de solutions qui permettent aux entreprises de gérer tout leur processus de recrutement et de suivi de leurs intérimaires.

Cela dit, oui, il y a un effet de reprise indéniable. Je vous donne un chiffre : sur notre plateforme, nous enregistrons une hausse d’activité de plus de 20% par rapport à la même période de référence en 2019, avant la crise de la Covid. Et c’est vrai, nous ne nous y attendions pas du tout. Cette hausse est tous secteurs confondus, tous les métiers. Une précision quand même : nous ne sommes pas très présents dans les secteurs d’activité qui ont beaucoup souffert comme la restauration, l’hôtellerie ou l’évènementiel. Mais nous avons la vision des 90% restants de l’économie.

Il y avait déjà avant des effets de pénurie sur certains métiers mais aujourd’hui la demande est très forte quels que soient les métiers. Je ne donnerai pas d’indications précises, métier par métier, pour la raison essentielle que nous ne réutilisons pas du tout les données de nos clients, mêmes agrégées, pour faire des statistiques.

Ce que nous surveillons maintenant avec attention c’est ce surcroît d’activité. Est-ce qu’il y a un effet rattrapage par rapport à ce qui n’aurait pas été fait en période Covid ? Est-ce qu’il va s’arrêter ? Difficile de le savoir. Nous nous attendions par exemple à de fortes baisses dans l’automobile compte tenu des difficultés d’approvisionnement en composants. Ce n’a pas été le cas. Nos chiffres ne le disent pas. Nous le verrons peut-être en janvier. Il y a un autre effet que je ne sais pas mesurer non plus : c’est le digital. Avec le confinement, les sociétés se sont aperçues qu’elles devaient désormais fonctionner en mode numérique, tous processus confondus. Nous le voyons dans notre activité, le recrutement. Le nombre de projet est tout simplement ahurissant !

Donc à situation exceptionnelle, réactions inédites ? Pour le recrutement, la contractualisation, les relations avec les collaborateurs comme avec les prestataires spécialisés du secteur, le mode digital s’est imposé ?

Revenons un peu en arrière : nous avons lancé dès 2015 notre première application de signature électronique des contrats des intérimaires par smartphones de même que nous ouvrions des portails de recrutement. Aujourd’hui, nous faisons face à une explosion de demandes pour ce type d’applications. D’une part les candidats sont difficiles à trouver, d’autre part ils ont pris l’habitude de choisir une offre d’emploi à partir de leur téléphone et depuis leur canapé. Ils n’ont plus besoin de bouger. Tout arrive vers eux. Et tout doit aller très vite. En trois clics, si je puis dire. Une offre trop longue n’est pas lue. Il y a maintenant une prise de conscience générale que le digital est désormais indispensable, quelle que soit la société, tous processus confondus encore une fois. Pour le recrutement, c’est arrivé un peu plus tard que d’autres, comme la supply chain par exemple. Aujourd’hui, nous voyons une accélération. Les effets se mesurent du côté des jeune générations, des cadres, des métiers de la tech mais pas uniquement. Tout se fait depuis les mobiles ! Si vous n’adaptez pas vos recherches à ces phénomènes, vous ne trouvez pas du tout de candidats… Et c’est peut-être aussi une partie de l’explication de la pénurie : toutes les entreprises veulent passer au digital au même moment. Reprise et digital, les deux phénomènes se croisent sans doute.

Cette crise a démontré que nous avions changé de monde. Le digital s’est imposé dans tous les secteurs d’activité. Même si vous produisez des biens ou des services de façon classique, pour recruter vos intérimaires et conclure vis CDD, vous devez être à la pointe du digital.

Parlez-nous de vos interlocuteurs dans les entreprises. Est-ce que ce sont les Ressources humaines ? Vous évoquez souvent les stratégies achats dans vos documents. Quelles sont les attentes des entreprises vis-à-vis de leurs prestataires ? Quel rôle jouent les Achats ?

Votre question le résume très bien. Nos interlocuteurs, ce sont à la fois les Ressources humaine et les Achats. Les premiers ont besoin de trouver des candidats et les seconds veulent pouvoir contrôler qu’ils travaillent bien avec les fournisseurs référencés conformément aux conditions définies. Ils veulent de la compliance, de la consolidation de données. Nous connaissons tout cela par cœur.

Nous assistons peut-être maintenant à un tournant. Autant nous avons vécu les années 2010-2020 comme une période de développement Achats, en particulier en France où le premier sujet n’était pas de trouver des candidats mais à l’inverse, l’encadrement des Achats s’est avéré prépondérant. Il y a aujourd’hui un retour de balancier. S’il est plus compliqué de trouver des candidats, vous devez disposer d’un système plus équilibré qui ne peut plus être basé que sur des taux extrêmement bas… La dimension Ressources humaines prend du même coup plus d’importance.

Faites-nous profiter de votre dimension internationale puisque vous êtes présents, notamment, partout en Europe, outre la France, l’Angleterre, le Bénélux, l’Allemagne, l’Italie,l’Espagne, en Scandinavie et à l’Est également. Est-ce que tout ce dont nous venons de parler là est homogène sur tous les marchés ?

Les marchés du nord de l’Europe, c’est-à-dire l’Angleterre, les pays du Bénélux, les pays Nordiques auxquelles nous pouvons ajouter l’Allemagne et l’Autriche connaissaient déjà cet état de pénurie avant nous. Ce qui est très intéressant d’ailleurs, c’est que les outils et autres solutions de recrutement de type ATS (Applicant Tracking System) étaient beaucoup plus développés que les VMS (Vendor Management System). BullHorn, notre nouveau partenaire est un ATS qui équipe les agences de recrutement, plus de 10 000 agences en Europe, pour gérer les candidats qu’ils proposeront à leurs clients, et Pixid, lui, est un VMS. Nous équipons les entreprises, les recruteurs pour qu’ils gèrent tout leur processus depuis l’embauche des futurs collaborateurs jusqu’à la gestion des contrats et au management de relations. Avec cet accord, nous serons un des rares VMS européens qui bénéficiera d’un tel réseau d’agences. Je veux aussi souligner aussi une autre particularité : nous sommes aussi très présents sur le marché des PME avec plus de 5 000 implantations.

Les outils de recrutement sont donc plus développés en Europe du Nord que sur le marché français où la question des Achats et de la compliance dominait davantage. Ce qui est intéressant de noter aussi, plus du côté des marchés anglais et américains, c’est qu’il existe aussi des tiers entre le donneur d’ordres, l’entreprise, et ses fournisseurs, les agences de recrutement, que l’on appelle des Masters Vendor, MSP (Managed Service Providers), etc. Et leur préoccupation, sur un marché en pénurie, est moins de réduire le nombre des fournisseurs que de l’augmenter.

En Angleterre, il existe plus de 20 000 organismes de recrutement avec parfois des spécialités de métier très pointues qui ne se trouvent pas dans des agences généralistes. Les donneurs d’ordres n’ont pas eu envie d’élargir leurs panels pour couvrir tous les métiers. Les intermédiaires se sont développés. Pour pouvoir contrôler et élargir à la fois tous ces intervenants métiers. A l’inverse, en France, nous avons beaucoup pratiqué la réduction du nombre de fournisseurs. Sans doute de façon un peu trop systématique. Nous sommes parvenus aux limites de l’exercice. Et de nouveau élargir mais sans renoncer au contrôle… D’où un outil comme le nôtre qui intervient à la conjonction du recrutement qui permet à la fois d’accélérer le flux pour trouver les candidats et en même temps d’assurer des contrôles rigoureux.

Nous imaginions bien Pixid implanté dans les grandes organisations qui ont une forte maturité à la fois Achats et techno, beaucoup moins dans les PME et pour les mêmes raisons. Qu’est ce qui explique cette bonne nouvelle à la fois pour l’emploi et l’aptitude au digital ?

Tout cela est vrai mais nous avions développé il y a bientôt dix ans un VMS simplifié, sans toute la complexité d’un workflow ou de certains systèmes de contrôle que l’on trouve dans les grands groupes. Cela permet toutefois à une PME qui doit fait appel à une cinquantaine d’intérimaires de gérer ces flux à la fois RH et Achats au même endroit. Et cette solution se déploie même en quelques heures par téléphone. Nous avons inversé la chaîne. Par réalisme. Une PME n’a ni les moyens ni le temps de s’intéresser dans le détail à tous ces aspects du recrutement. Mais si on lui fournit un outil simple à appréhender, agnostique au sens où cela lui permet de gérer comme elle l’entend son panel de prestataires, cela fonctionne. Nous répondons au besoin.

Dernières questions RH : avez-vous constaté, toujours depuis votre plateforme, un début d’inflation sur les salaires ? De même, nous entendons beaucoup parler de bascule entre le monde des salariés et celui des indépendants, comme en témoigne le développement des plateformes de freelancing. Comment percevez-vous ce phénomène ?

Nous n’avons pas encore constaté de mouvement d’inflation sur les salaires. Mais c’est le mot encore qui est important. En revanche, nous avons pu observer – notamment sur une marketplace en Belgique plus spécialisée sur les freelances - des augmentations des TJM (Taux Journalier Moyen). Cela se voit plutôt dans le monde du IT même si les indices – notamment du Syntec – restent raisonnables, soit +0,3% environ. Pour le moment. Mais attention : dans la plupart des entreprises, les négociations se passent plutôt en fin d’année. Et il n’est pas du tout impossible que des hausses importantes apparaissent au cours du 1er voire du 2nd trimestre 2022. Restons prudents et n’excluons pas un effet retard. C’est plus ou moins ce que l’on entend du côté des entreprises et de leurs instances.

S’agissant d’autre part, sur la question du transfert salariat-travail indépendant, précisons déjà que l’intérim, tel que nous le connaissons en France, concerne beaucoup les métiers des cols bleus. Le freelancing est beaucoup plus pour les cols blancs. Ce sont plutôt des salariés temps pleins qui peuvent opter pour cette solution. Cela correspond souvent à un nouveau mode de vie, de meilleurs salaires en raison de missions plus courtes, etc. Le taux de croissance des plateformes de freelancing tend d’ailleurs à prouver le mouvement en question. Mais ce n’est qu’un aspect du marché.

L’écosystème des solutions recrutement semble très dynamique avec l’émergence régulière de nouveau outils. Comment percevez-vous ce marché ou se peuvent de placer, face à face, des startups et des géants ? Est-ce qu’il y a des risques de disruption ?

Je ne pense pas. C’est vrai que ce marché est particulièrement dynamique mais nous sommes plus dans un mode de « coopétition ». Nous, par exemple, nous travaillons très bien avec les agences en ligne. Nous sommes les uns et les autres en mode digital. C’est la même philosophie. Ils sont fournisseurs de donneurs d’ordres connectés à nos plateformes.

A l’origine, quand nous avons créé Pixid, il y a dix-sept ans, nous étions sur un sujet de niche. Nous fonctionnions de façon autonome. Aujourd’hui, c’est étonnant de voir comment nos systèmes s’interconnectent avec d’autres systèmes d’information. Depuis deux ans maintenant, et c’est une nouvelle évolution, nous nous connectons avec des solutions tierces parce qu’elles amènent nos utilisateurs à tel ou tel élément de la chaîne de valeur, autrement dit des outils que nous ne voulons plus développer en interne. Comme ce nouveau partenariat que nous annonçons avec Ariadnext pour renforcer la confiance numérique entre les recruteurs et les candidats. Cette fonctionnalité de vérification à distance des candidats lors de leurs inscription sera directement accessible depuis notre plateforme.

Nous sommes dans un mode de coopération. LInkedin, par exemple, nous y sommes connectés par les ATS que nous évoquions précédemment mais demain, nous pouvons parfaitement imaginer connecter à notre VMS des milliers de lignes issus de ce réseau social de professionnels. Nous avons beaucoup grandi parce que d’autres ont grandi aussi. Un rôle d’agrégateur, de passerelle, de hub comme le nôtre, c’est très positif pour les années à venir.

Est-ce que ces modalités de coopération – ou d’interconnexion - s’étendent aux différentes solutions d’’e-achats présentes sur le marché ?

En fait, pas tant que cela même s’il y a parfois quelques demandes. Le vrai processus procurement que lequel nous pouvons travailler, c’est la commande. Ou comment intégrer par exemple des numéros de commandes. Des commandes par essence ouvertes où la facture que vous recevrez au bout du compte ne correspondra pas forcément au besoin initialement émis. Nous avons plutôt développé des interfaces. Mais ces échanges d’un système à l’autre s’avèrent assez complexes. C’est beaucoup moins homogène donc moins fluide qu’avec d’autres applications RH.

Mais tous ces systèmes interconnectés, disponibles sur mobile, intégrant des vérifications d’identité et de CV, de la signature électronique, révèlent un monde à la fois très fluide et très contrôlé… Vous êtes un peu les précurseurs pour d’autres processus ?

Ce qu’on appelle la compliance (conformité) devient un sujet majeur dans les entreprises. La pression sur la sécurité pour l’ensemble des plateformes, quelle que soit leur activité, est très forte. La sécurité informatique, c’est un sujet central. Avec le digital, vous devez vous assurer à tout moment que c’est la bonne personne qui agit. La demande du marché, c’est plus de contrôle. Le régulateur pousse en faveur de systèmes de vérification de plus en plus pointus. Un des éléments que nous avons vus aussi se renforcer avec nos grands donneurs d’ordres dans le VMS, c’est précisément la conformité. C’est un mouvement inéluctable dû au développement du digital.


A propos de Pixid

Fondé en France en 2004, Pixid développe des solutions de recrutement cloud, avec des bureaux en France, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Belgique. Le Groupe PIXID réunit les technologies VMS et ATS pour aider les entreprises et les sociétés de recrutement à trouver les bons talents au bon moment. Étienne Colella, président, fait partie du SIA Staffing 100, les 100 personnalités les plus influentes sur le marché européen du recrutement

Pixid est aujourd'hui utilisée par plus de 11 000 agences d’emploi et 150 000 entreprises clientes dans toute l'Europe. Elle est également utilisée pour gérer plus de 30 % des postes intérim en France, où elle est un des piliers technologiques du marché du recrutement temporaire.

Etienne Colella, son Profil via LInkedin




Communiqué de presse - Pixid-Bullhorn

Communiqué de presse - Pixid-Ariadnext

Publié le 18/11/2021 - Par La rédaction

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