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Publié le 22/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #7 : développement durable et innovation, les deux clés de la reprise

Jeudi, jour d’édito. Aujourd’hui, 22 avril, date hautement symbolique parce que depuis un peu plus de cinquante ans, c’est celui du Jour de la terre. Cela fait d’autant plus l’actualité que Joe Biden inaugure un Sommet des dirigeants sur le climat. La feuille de route de l’après-Covid se précise : les plans de relances devront servir une économie décarbonée. Mais pour répondre à cette nécessité d’un développement durable, il faudra innover. Sommes-nous prêts ?

Le Jour de la terre, c’est tous les jours !

Le nouveau Président américain n’en finit pas de tourner la page Trump. Et même, dit-on, celle du néolibéralisme des années 80. Mais avec lui, c’est aussi une sorte d’escalade dans les annonces. Après l’empilement de ses plans de relance (5 000 milliards) qui laissent sur place l’Europe (750 milliards), la suggestion d’un taux d’imposition worldwide minimum pour les sociétés (21%), voilà maintenant l’amorce de nouveaux objectifs de réduction des émissions de CO2 : - 55% en 2030 par rapport à 2005. En 2015, l’Accord de Paris signé par Obama prévoyait au plus -28% d’ici 2025. L’Amérique accélère. Comme l’Europe d’ailleurs qui vient de signer -55% d’ici 2030 également mais par rapport à 1990. Rendez-vous à Glasgow en novembre prochain pour la COP26.

En attendant, réjouissons-nous que le Jour de la terre, ce soit tous les jours ! Pas un jour en effet ne passe sans que nous lisions ou nous entendions ici et là des incantations en faveur du développement durable. Bien entendu, la vague a atteint les Achats. L’Achat Responsable sera cette fois, promis, l’occasion de créer une dynamique vertueuse depuis les fournisseurs jusqu’aux consommateurs, d’alimenter les territoires, de soutenir les PME/TPE, de favoriser l’inclusion sous toute ces formes. C’était d’ailleurs le thème d’un webinar (nous n’y échapperons pas) organisé en début de semaine par Silex, la plateforme de sourcing, avec son nouveau partenaire, Les Canaux, une association qui accompagne acheteurs publics/privés et acteurs de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire). Les deux organisations, qui œuvrent ensemble au service de Paris 2024, l’organisateur des futurs Jeux Olympiques, avait invité Sylvère Chamoin, Manager Achats.

Ecosystème solidaire

Au-delà des chiffres (2,5 milliards d’euros d’achats, 8 000 entreprises référencés, déjà 350 marchés lancés entre 2019 et 2020, plus de 500 catégories d’achats) les équipes Achats de Paris 2024 affichent clairement une stratégie de sourcing renforcé (économie traditionnelle et ESS) qui promet de décliner en autant de marchés allotis (TPE/PME), réservés (handicap et insertion) et clausés (ESS/STPA/SIAE) avec « l’intégration de critères de durabilité ». A voir et revoir ici (Replay). Les mesures d’accompagnement des entreprises sont très riches, très détaillées (un peu long parfois). Nous n’avons pas été épargné d’un néologisme, vigiler (exercer une vigilance ?), à propos d’une capacité à surveiller dans le temps l’évolution d’un fournisseur… Si les exigences de développement durable pouvaient s’étendre jusqu’à la protection et au maintien de la langue française (et autres le cas échéant), hors aussi de l’écriture inclusive, ce serait… bien.

Rappeler enfin ici à nouveau la loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire (dite loi AGEC) et ses cinq objectifs : sortir du plastique jetable, lutter contre le gaspillage et favoriser le réemploi solidaire, mieux informer les consommateurs, agir contre l’obsolescence programmée, mieux produire. L’occasion de signaler la publication par SVP d’un livre blanc (à télécharger ici) qui détaille en 15 points toutes les implications de cette loi et ses 130 articles pour les pouvoirs publics, les consommateurs, les entreprises et… leurs Achats. Tous les décrets n’ont pas été encore publiés, des filières industrielles restent à créer. Mais le compte à rebours est lancé.

De quoi seront fait les Achats post-Covid ? Cette question taraude toutes les organisations, donneurs d’ordres et fournisseurs. Signalons ainsi l’enquête en ligne lancée conjointement par les consultants de ByO Group, la plateforme Per Angusta et le CNA : Demain, quelle place pour les stratégies achats ? Voici le lien pour y répondre. Les Achats, c’est un écosystème. Nous y contribuons. Un regret ? Par rapport à tout ce qui précède, les Achats Responsables n’apparaissent pas dans les questions. Peut-être les réponses le suggéreront ?

Un duo à l’innovation

Mais la question qui se pose de façon encore plus prégnante aux entreprises comme aux organisations publiques et autres collectivités, c’est celle de l’innovation. De notre capacité à inventer le monde d’après dépendra la félicité de celui-ci. La reprise que nous espérons tous ne se fera pas sans argent mais pas sans idée non plus, du côté de l’offre comme de la demande. Les Achats sont prévenus. Le vieux monde cloisonné de demain, c’est fini…

Cette semaine, deux études sur le thème de l’innovation nous sont parvenues, l’une par le Boston Consulting Group, l’autre par Leyton. Que nous disent-elles ? Le BCG a interrogé 1 500 dirigeants à travers le monde et constate que cette année que pour 75% d’entre eux, l’innovation se classe parmi leurs trois priorités, soit 10 points de plus que l’année précédente. Pour 30% d’entre eux, c’est même la priorité n°1. Plus significatif encore : 60% vont accroitre leurs budgets innovation et 30% de manière importante. Mais les budgets ne font pas tout : dans ses conclusions, le BCG pointe que 20% seulement des entreprises sont en mesure de hausser leur niveau de jeu en termes d’innovation. A noter que le spectre des entreprises classées dans le rang des plus innovantes va bien au-delà des sociétés hi-tech. Les laboratoires pharmaceutiques ont fait une belle percée et les marques de la grande consommation (alimentaires et non alimentaires) émergent aussi. Sans surprise, les leaders de l’innovation sont portés par un appui sans faille de leur CEO. Enfin 31% des entreprises témoignent qu’une faible collaboration entre R&D et marketing reste le principal obstacle à surmonter dans l’obtention d’une meilleure performance. Curieusement, la contribution des fournisseurs est peu évoquée. A vérifier dans une relecture approfondie de l’étude par ailleurs très riche (à télécharger ici).

L’étude Leyton (France) conduite fin 2020 confirme peu ou prou celle du BCG. Ses experts émettent deux qualificatifs pour la résumer : Résilience et Développement. Les dirigeants interrogés décident à 77% de déclencher, d’accélérer ou d’augmenter le budget de leur programme de R&D Ils ont pris acte de la crise sanitaire et l’optimisme paraît dominer : 21% des interrogés voient cette période comme une aubaine quand 49% notent seulement un léger recul de leur activité. Pour autant, 23% jugent leur situation préoccupante et 7% évoquent carrément une mise à mal de leur organisation. Les autres conclusions de cette enquête sont à lire secteur d’activité par secteur d’activité (à télécharger ici).

Résilience

Dernière note à évoquer : celle produite par le Conseil d’analyse économique (CAE) et qui s’intitule Quelle stratégie de résilience dans la mondialisation ? (à télécharger ici). Ses auteurs apportent une contribution au débat sur les difficultés d’approvisionnements engendrées par la crise sanitaire et l’objectif de souveraineté désormais brandi. Une proposition selon trois axes. Extrait : « encourager la diversification des appro­visionnements ou des alliances stratégiques lorsque d’autres partenaires commerciaux peuvent être mobili­sés, notamment au niveau européen ; si la diversification n’est pas possible, faciliter ou subventionner le stockage, notamment sur les produits à faible valeur ajoutée ; pour les intrants vulnérables à la frontière technologique, favo­riser l’innovation pour produire sur le territoire national de manière compétitive. Cette stratégie de ciblage permettrait de réduire les coûts de la résilience en ne favorisant la production nationale que pour les intrants à la frontière technologique, pour lesquels l’acquisition d’une capacité de production crée des externalités technologiques dans d’autres domaines. » En clair, plus que de parler de relocalisation à tout va, il s’agit d’une démarche raisonnée, ciblée qui concerne 644 produits pour les­quels l’approvisionnement est majoritairement hors Union européenne et dont 122 s’avèrent particulièrement vul­nérables. Ces produits constituent une faible part de l’ensemble des biens échangés sur les marchés internationaux et ne représentent que 4 % de la valeur des importations totales de la France. L’étude rappelle celle conduite par les équipes Etude PwC, CNA, DGE, CNI (A lire dans la LDA n°296 – septembre 2020 : Comment relocaliser 382 milliards d’euros d’achats ?). Les propositions s’affinent. Les moyens engagés par le plan de Relance seront d’autant plus « fléchés » que bien évalués en amont. Un mot qui parle aux Achats. A suivre…

Publié le 22/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

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