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Publié le 14/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #6 : le monde d’après a commencé

Pour alimenter une chronique régulière, il faut d’abord rassembler une multitude d’informations souvent disparates. Il faut savoir ensuite les coudre entre elles pour obtenir un récit continu. Dans notre actualité Achats récente, en plus du webinar de la semaine, celui qui se distingue, nous avons relevé quelques mots clés : défaillances, pénuries, dépenses publiques, PGE, calendrier, cloud, digital, freelancing, etc. Il y a forcément un lien.

Basculement

L’information a failli nous échapper. C’était le 1er avril dernier dans un article des Echos : en 2020, pour la première fois, les entreprises auraient davantage dépensé dans des solutions cloud, soit 130 milliards de dollars (30% de hausse en un an) que dans leurs propres équipements (infrastructures hébergées), soit 90 milliards de dollars. Un basculement historique. Qui a du considérablement modifier le travail des DSI et des acheteurs spécialisés dans ce domaine. La pandémie a bousculé le mode de travail des entreprises. Le boom du télétravail a précipité le mouvement. Pour autant, si on se passionne pour le match qui oppose AWS (filiale d’Amazon), le leader, à Microsoft qui progresse fortement et Google, le marché regorge de prestataires. Les succès ou les déboires du champion hexagonal, OVH, ne font qu’aiguiser leurs appétits de croissance.

La transformation est encore loin d’être achevée : rien qu’en France, 70% des entreprises s’appuient toujours sur leurs propres équipements. Si l’urgence a commandé dans un premier temps, les futurs utilisateurs vont devoir s’aguerrir aux us et coutumes des fournisseurs du secteur. Quelques petits grains de sables viendront sans doute se glisser dans les discussions : d’une part les risques de dépendance ne vont pas aller en diminuant et d’autre part, la question du bilan carbone ou de l’empreinte environnementale de ces choix se posera très vite. Les cabinets de conseil spécialisés y travaillent déjà. Autres coûts à prévoir…

Les leçons après coup

A propos de dépendance, celle des acheteurs aux évolutions technologiques interpellent toujours. La crise des approvisionnements de l’industrie automobile en semi-conducteurs qui oblige les constructeurs à réduire voire cesser certaines de leurs productions suscite beaucoup de commentaires. Satanée pandémie qui a gelé les échanges pendant quelques mois, qui a réorienté les livraisons plutôt vers les ordinateurs ou les portables que vers les voitures. Qui avait envie de changer de véhicule en 2020 en étant confiné ? Mais nous voilà prévenus : les voitures de demain, hybrides, électriques (les commandes cette fois s’envolent du côté des flottes d’entreprise, calcul oblige de l’empreinte carbone…), autonomes (?) seront beaucoup plus consommatrices de composants électroniques.

Un article récent (avril 2021) du cabinet de conseil KPMG pointe justement cette obligation faite désormais au secteur de revoir la conception de sa supply chain. Ce que l’on comprend en gros : les fournisseurs de nombre de ces équipements sont plutôt rang 4 ou 5, les volumes achetés pèsent autour de 8% du marché total et concernent, pour l’automobile toujours, des composants de génération moins récente… Le constat est sévère. Le mot d’ordre désormais : anticiper ! Sur la road map techno comme sur les risques. D’autant que l’industrie automobile recèlerait désormais le potentiel d’évolution le plus fort. Il ne s’agit pas encore (sauf erreur ou omission) de localiser de futures productions mais de mieux intégrer en amont les fournisseurs sinon partenaires. Dans des présentations récentes, une certaine inflexion dans les discours des dirigeants s’est fait sentir. Il s’agirait moins d’intégrer des composants ou des softwares que de mettre les équipes des fournisseurs au cœur des technocentres des constructeurs pour concevoir des applications spécifiques. Comme une résurgence des plateaux fournisseurs qui ont tant révolutionné les achats il y a… longtemps déjà.

Remise de peine

La pandémie, toujours elle, devrait coûter à l’Etat français, sur la période 2020-2022, 424 milliards d’euros selon une estimation de Bercy. L’endettement voisine désormais les 2 400 milliards d’euros. Dans le même temps, notre Cour des comptes stigmatise toujours la hausse de dépenses de fonctionnement (près de 5% hors Covid) et se montre sceptique sur les promesses des politiques de « stabiliser » celles-ci à hauteur (!) de 1% par an entre 2022 et 2027, Mais le débat sur les dettes Covid, lui, s’intensifie (remboursement, non remboursement, report des échéances, confinement, etc.) et connait même un nouveau rebondissement : les dettes PGE aux entreprises pourraient peut-être ne pas être remboursées. Sous certaines conditions… On peut imaginer les grands groupes que cela peut concerner mais tous les regards se portent aussitôt sur notre tissu de PME. Selon la société d’analyse économiques Altarès, si les défaillances ont été plutôt en recul en 2020 (-32% par rapport à 2019, perfusion d’argent public oblige), « un point d’inflexion » pourrait avoir été franchi en mars de cette année. D’une part, l’Etat va bien finir pas débrancher la pompe à subventions (à moins que…) et d’autre part, si le relai des commandes n’embraie pas, les dirigeants risquent aussi de… faiblir. Le syndrome du Désert des tartares (l’attente insupportable) précède celui de l’épuisement. C’est un des risques avancés le plus sérieusement du monde par les consultants d’Altarès. Plus concrètement, les défaillances pourraient augmenter à partir du 2nd trimestre et toucher près de 45 000 entreprises en 2021. Pas encore l’explosion redoutée (52 000 en 2019) mais là encore il faudra anticiper et se projeter en 2022…

Des freelancers heu-reux

La Banque de France est optimiste. Dans sa dernière note de conjoncture, elle évalue le recul de l’activité d’avril 2021 comparée à 2019 (la dernière année de référence) à - 7 points (-5% en mars, -4% en février). En fait, cette décrue due au 3e confinement serait équivalente à celle enregistrée en novembre 2020, moment du 2e confinement. Or, en novembre dernier, les écoles n’étaient pas fermées et en avril cette année, elles le sont ! Nous aurions dû reculer plus. Mais non ! Nous nous sommes donc mieux adaptés aux contraintes sanitaires. C’est subtil ! Déduction possible : le télétravail est de mieux en mieux maîtrisé.

D’où le lien avec notre dernier sujet du jour : le Talent Economy Summit organisé 100% en ligne (Replay) par Malt, la plateforme de freelances le 13 avril dernier. L’enthousiasme de son co-fondateur, Vincent Huguet, est manifeste. Nous avions interrogé récemment Alexandre Fretti, le directeur général sur la dynamique de ce marché. L’entreprise, présente en France, en Belgique, en Espagne et en Allemagne, estime à 3 millions le nombre de freelances en Europe sur ces marchés avec un accroissement fort des inscrits sur sa plateforme. L’étude produite conjointement par Malt et le Boston Consulting Group témoigne du bonheur au travail de ces télétravailleurs par nature : ils ont vraiment choisi leur statut dans un souci de maîtriser leur choix de carrière (81%), pour gérer leur temps (76%) et leur lieu de travail (73%). Dans cet ordre. Ils sont à 84% satisfaits par le travail qu’ils effectuent et 70% s’estiment valorisés. Ce qui ressort des motivations : la volonté avant tout de choisir ses engagements. C’est la fin du travail anonyme. C’est ce que l’on dit des nouvelles générations même si l’âge moyen des freelances est de 37 ans en France, 40 en Espagne et 45 en Allemagne.

Les entreprises de leur côté ne devraient trouver que des avantages à ces collaborateurs d’un nouveau type, notamment la flexibilité et l’expertise (un freelance travaille en moyenne 43 heures par semaine dont 6 heures pour se former), que ce soit dans des missions récurrentes ou des projets. Si des bémols pouvaient être émis, ils pourraient concerner la largeur relative de l’offre métier (les métiers de la communication et de la tech dominent encore), un environnement législatif voir social (relations du freelance aves les institutions, les banques, etc.) à peaufiner ou encore les difficultés à… négocier avec les prescripteurs voire les Achats ? Remarque entendue lors de ce webinaire : autant tous les aspects de la relation avec les salariés sont bien pris en compte par les RH, autant les mêmes dimensions cette fois côté Achats sont moins bien transposées. C’est dit en termes diplomatiques mais c’est limpide. Aux acheteurs d’adapter leurs pratiques. C’est de l’humain dont il s’agit ! A suivre…

La crise des semi-conducteurs ou la nécessaire révison des pratiques Achats et Supply Chain par KPMG

Le point de conjoncture à fin mars par la Banque de France

Le Freelancing en Europe par Malt et le BCG

Publié le 14/04/2021 - Par François-Charles Rebeix

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