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Publié le 29/10/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #16 : Achats, dépenses publiques, RSE, chronique d’une frustration annoncée...

A quelques heures de l’ouverture de la Cop 26 à Glasgow, la grande messe écologique fait déjà plus parler d’elle en raison de ses deux grands absents de marque : la reine d’Angleterre, Elizabeth II,et l'empereur chinois, XI Jiinping. L’urgence serait-elle déjà passée au second plan ? Il faudra beaucoup d'abnégation à tous ceux qui ont placé leurs actions sous le signe de la transition écologique. La partie de ne sera pas facile pour les Achats. Et ce n’est pas le seul paradoxe qui promet de marquer la profession. La question des dépenses publiques ne manque pas non plus d'interpeller…

Sans transition

C'est vrai, suivre l’actualité ne manque pas de sel. Une pénurie de moins en perspective. Et quitte à la commenter, autant en rajouter. En espérant que ceux qui "likent" sur les réseaux sociaux auront pris la peine de lire et d’y réfléchir un peu. Autre paradoxe ici : non à l'écriture inclusive mais oui à un dérivé angliciste. Passons.

Le lien entre cop 26 et finances publiques est plutôt facile. Les Etats vont devoir mobiliser de nouvelles ressources. Écouter, arbitrer, faire des choix, investir. Toutes ces questions sont sérieuses. La lutte contre le réchauffement climatique se déroule sur fond de crise énergétique avec ses deux corollaires : pénurie et hausse des prix. Ça tombe plutôt mal. En Asie, les commandes affluent, les ports retiennent les bateaux et leurs containers. A l’autre bout du monde, le manque de main d'œuvre justifie en partie le problème. Les consommateurs attendront ou paieront ou les deux à la fois. Ici, l'Allemagne a renoncé au nucléaire au profit (!) des centrales à charbons qui alimentent ainsi un parc (croissant) de véhicules électriques. Ainsi, la Tesla Model 3 est devenue ce mois de septembre, la voiture la plus vendue en Europe ! La belle américaine de luxe devant les populaires Golf et autres Sandero, Clio, etc.Les gestionnaires de flottes vont-ils faire définitivement pencher la balance en faveur du mode électrique plutôt que thermique ? Le cher (a priori) plutôt que le moins cher ? Comment les Achats et les directions Développement Durable analyseront cette “performance” ? Soyons prudents quand même : de janvier à septembre, les voitures électriques “pures” ne représentent que 8,1% des ventes contre 41,8% à la (nouvelle) catégorie reine des véhicules électriques, hybrides et hybrides rechargeables, En France, la parution du rapport commun de l'Agence Internationale de l’énergie et de RTE (à télécharger ici) tend ces derniers jours à nous convaincre d’aligner un duo énergie nucléaire et énergie renouvelable. Le “En-même temps" aurait-il encore de l’avenir ? Sans doute…

Enjeux contradictoires

Elle était intéressante cette interview récente (BFM Business) de Christel Bories, Pdg d’Eramet sur ses perspectives d’activité. Elle s'est d'abord félicitée d'une progression récente du chiffre d’affaires de l’entreprise (+30% au 3e trimestre) avant d'exprimer sa conviction que nous passions - c’est la formule qu’elle a employée - d’une ère de l’énergie à une ère des métaux (transition énergétique toujours). Nous avons aussi noté au passage que les réserves de nickel étaient désormais plus en Indonésie qu’en Nouvelle Calédonie (changement géostratégique) mais aussi que les exigences RSE du groupe avaient un coût et que celui-ci devrait être considéré par les clients quitte à devoir protéger davantage l'Europe de concurrents moins exigeants. Les équipes Achats ne manqueront pas de défis à relever. Nous avons invité Séverine Schumacher, CPO, à venir nous les présenter. Réponse favorable à suivre ici sous peu, nous l’espérons.

Mais nos champions nationaux engagés dans cette course à la transition énergétique ne peuvent pas faire oublier que nos consommations futures ne viendront pas uniquement de nos voitures, de nos mobiles ou de nos ordinateurs. Les usines, les bâtiments, commerciaux ou publics, les habitations, collectives ou individuelles (les fameux pavillons qu’il faudrait désormais proscrire à en croire Emmanuelle Wargon, Ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement), restent très énergivores. Là encore, nous n’aurions pas tout essayé… Craignons le pire même si, heureusement, celui-ci n’est jamais certain. Les promesses “d’empaquetage” des bâtiments au motif de les isoler thermiquement vont receler bien des pièges pour les acheteurs dévolus à cette tâche. Nous pourrons compter autant sur l’inventivité des industriels spécialisés que des politiques et leur arme favorite, la déduction fiscale, pour nous concocter de possibles gâchis (budgétaires, esthétiques, énergétiques, etc.). Mais nous sortons du champ (sans jeu de mots). Revenons aux dépenses, pardon, aux achats publics.

La foi des charbonniers

Il faut sans doute au monde des Achats la foi du charbonnier pour supporter sans ciller (officiellement du moins…) les dérives budgétaires incessantes des… politiques. La crise Covid a bon dos. Certes, le plan de relance avance. Pas une semaine ne se passe sans l’annonce de nouvelles réunions, à Bercy ou ailleurs, pour signaler l’arrivée de l’argent promis, le bon “fléchage” des investissements pour le futur. Le plan France 2030 (soit 30 milliards d’euros dont 3 à 4 milliards dès 2022) promet d’alimenter des secteurs d’avenir sous deux conditions : innover et décarboner. Seront ainsi privilégiés le nucléaire, l’hydrogène, la voiture électrique, l'alimentation ou la santé, etc. Nous laisserons quand même à chacun d’apprécier si dans ces domaines il n’y aurait pas quelques paradoxes qu’il s’agisse d'environnement, de coût total ou des deux à la fois. En matière de politique publique, les vrais résultats mettent toujours quelque temps à s’apprécier. La campagne pour la présidentielle avance elle aussi. Nous l’avons déjà dit ici, les promesses s’envolent de tout côté. Le probable futur candidat - l’actuel Président Emmanuel Macron - a multiplié lui aussi les annonces. Le chèque énergie (3,8 milliards) pour tenter de compenser les hausses des tarifs n’étant pas la moindre. Ce sont près de 28 milliards en tout que l’on peut comptabiliser (si l’on inclut les hausses de financement prévues pour certains ministères dès le prochain exercice). Ce chèque énergie a mis l’accent d'autre part sur les 38 millions personnes qui en bénéficieront parce qu'elles disposent de moins de 2 000 euros nets de revenus mensuels). Voilà aussi une donnée qui interpellera forcément les professionnels des Achats. Les biens et services qu'ils contribuent à élaborer visent le même public économe de ses ressources. Et les hausses de prix à la consommation qui s’annoncent, toutes les entreprises y pensent…

Transversalité et reconnaissance

Foi du charbonnier, disions-nous plus haut. Elle était perceptible tout au long des débats et des présentations qui ont rythmé le forum des Achats publics organisé par le CNA le 14 octobre dernier à Angers (en présentiel et distanciel, à suivre ici un prochain replay). L’impression renouvelée de ces échanges, c’est que l’on y parle peu voire pas du tout de budget, mais beaucoup d'engagement, de méthodes pour satisfaire le bien commun et faire les meilleurs choix possibles avec des objectifs à la fois de maîtrise des coûts et

de responsabilité environnementale. La description d’une fonction transversale, interrogeant tous les services et soucieuse de méthodes et d’approches de plus en plus professionnelles. partagées et incontestables, donne le sentiment que l'on y parvient. Les fournisseurs eux-mêmes peuvent souscrire à cette présentation. Le tout nouveau Parcours national des achats responsables qui conduit de la charte au label Relations fournisseurs et achats responsables - soutenu par Bercy - ne pourra qu'accentuer le mouvement.

Il y a cependant encore ce besoin de reconnaissance qui perce quels que soient les intervenants et les expériences racontées. Débat éternel dans les achats. Après le privé (qui n’en est presque plus là), le secteur public bien sûr ! Irait-on jusqu’à créer une filière Achat dans les métiers de la fonction publique ? Les associations ne peuvent qu’y travailler. Les libéralités des politiques - élus ou candidats - ne doivent pas décourager les démarches de fond entreprises, tous types de collectivités confondus, en faveur de la professionnalisation des achats. Quoi que les contribuables puisse penser. En attendant, innovation, décarbonation, rôle des achats et contributions des fournisseurs seront à l'honneur dans au moins quatre événements à venir : Les Rencontres de l’ADRA (Association des Directeurs et Responsables Achats), avec six cabinets de conseil invités à plancher, le 18 novembre prochain (à noter aussi, le 15 décembre, l’ADRA’UP centré sur les startups), les Universités des Achats, du 22 au 26 novembre (en distanciel uniquement et près de 30 ateliers tous déjà tournés) et la Journée de l’Achat Hospitalier, le 2 décembre, un parcours acbat et santé comme son nom l’indique, organisée par le Resah et enfin, HandiHA, un salon en ligne dédié à l’inclusion, du 3 au 10 décembre.. À suivre...


Publié le 29/10/2021 - Par François-Charles Rebeix

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