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Conjoncture

Actualité

Publié le 27/09/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #14 : Les relocalisations attendront…

Des élections allemandes aux dernières clauses contractuelles types publiées par la Commission européenne pour encadrer les transferts internationaux de données en passant par les enjeux de la réindustrialisation, terme qu’il faut préférer à relocalisation, l’actualité Achat est très riche cette semaine. Riche comme les levées de fonds qui interviennent toujours dans le digital, à quelque niveau que ce soit et qui consacrent d’ailleurs le dynamisme du secteur… A lire. Toujours à lire !

Arbitrage écologique

Heute Morgen, wir sind alles berliner ! Olaf ou Armin ? Scholz ou Laschet ? Le social-démocrate ou le conservateur ? Lequel des deux succédera à Angela ? Merkel s’en va après 16 années passées au pouvoir mais le nom de son remplaçant à la tête de la chancellerie allemande ne sera connu qu’au terme d’un sacré round de… négociation ! La seule évocation de cet exercice ö combien familier au petit monde des Achats justifie que l’on évoque cette actualité. Mais ce n’est pas tout : qui seront les arbitres des grosses discussions qui s’annoncent ? Les Grünen. Les verts. La transition écologique sera au menu des échanges outre-Rhin. Voilà un sujet qui parle aussi forcément aux achats. Enfin, sur fond de politique européenne, avec la France qui prendra la tête de l’union européenne au 1er janvier 2022 tout en préparant ses propres élections présidentielles et législatives, il ne faudra pas perdre de vue les enjeux du moment : monnaie, taux de crédit, risque d’inflation, niveau d’endettement, budgets, dépenses publiques, plans de relance, énergies, défense, etc. Entre la fin du nucléaire en Allemagne, les tentations de certains candidats ici à ce propos, la mutation de l’industrie automobile (du moteur thermique à l’électrique), les revendications annoncées en faveur d’une plus grande indépendance industrielle di continent, les entreprises ne vont pas manquer de suivre avec beaucoup d’attention l’intensité des débats franco-allemands dans les prochains mois.

Intérim

Pas de quoi faire oublier le revers que les australiens ont infligé à notre industrie de défense en préférant les sous-marins américains aux français de Naval Group. Les 56 milliards prévus au contrat envolés, si l’on peut dire, viendront alourdir les chiffres de notre déficit commercial extérieur. Naval Group prévoit d’ores et déjà de geler les prochaines embauches que le groupe envisageait. C’est aussi le silence radio à propos de l’impact sur les sous-traitants. Voilà encore un sujet qui pourrait parler aux Achats. Mais qui en l’occurrence ne parlera pas a priori. Pourtant, sur le terrain, certains observateurs notent que les sites de Cherbourg et plus généralement ceux de l’Ouest (Lorient, Brest) craignent des baisses de charge et une perte de confiance de leur partenaires… Parmi les questions qu’ils posent : Quelles seront les garanties de Naval Group pour la sauvegarde des emplois au sein de ses différents sites de construction et de sous-traitance ? Comment les fournisseurs du groupe seront-ils accompagnés ?Se pourrait-il que des sous-traitants soient en difficulté au point d’envisager des procédures de sauvegarde de leur activité ? Pour l’anecdote, Frédéric Massa, le précédent directeur des Achats de Naval Group que nous avions rencontré récemment (voir La Lettre des Achats n°295 – juillet-août 2020) a quitté ses fonctions il y a quelques mois et aux dernières nouvelles, son adjoint qui assure aujourd’hui l’intérim, Franck Lacroix, n’a pas encore été formellement désigné comme successeur. A suivre…

Dictature des coûts

Les Trophées organisés il y a quelques jours par notre confrère Décision Achats ont désigné Hélène Paul de Michelin, directrice des Achats de l’année 2021. Excellent choix du jury en cela aussi qu’il distingue une entreprise industrielle et une organisation Achats à cette dimension. Nous avions rencontré Hélène Paul au début de l’année 2019. (voir La Lettre des Achats n°279 – janvier 2019). Elle nous avait précisément détaillé ses actions pour s’assurer de tout le potentiel de valeur de ses fournisseurs. En 2020, le groupe Michelin qui avait enregistré un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros en baisse de 15,2% et un résultat net de 635 millions en baisse de 63,9% (source PwC) engageait également des réductions de SG&A (frais généraux et administratifs) de 240 millions € « pour faire face à la crise » (extrait du rapport d’activité). Mais dans la série « on ne prête qu’aux riches », il faut aussi relever qu’en 2021 le groupe va poursuivre sa réorganisation et supprimer en France près de 1 500 emplois (voir Les Echos du 23 juin 2017). Une réorganisation qui consacrera les Achats au rang des huit directions spécialisées chargées d’appuyer le business. En 2021, oubliée la crise de la Covid : au 1er semestre (Les Echos et PwC), le groupe Michelin annonce déjà plus d’un milliard d’euros de résultat…

Lors de la soirée des Trophées, l’invité vedette, Louis Gallois a eu le mérite de resituer le débat à propos des enjeux industriels : mieux valait employer désormais le terme de réindustrialisation que relocalisations. Et opter ainsi résolument en faveur de l’innovation et des activités du futur selon trois principes directeurs : la technologie, l’éco responsabilité et la souveraineté. Avec cette formule « sortir de la dictature des coûts ». Voilà les candidats à de prochaines élections - toutes catégories confondues - prévenus même si Bercy se félicite ces jours-ci de 192 installations de nouveaux sites industriels au premier semestre 2021, contre 104 au premier semestre 2020 et 97 au premier semestre 2019…

Il y a pourtant des secteurs d’activité où l’on peine à parler d’industrialisation et de baisse des coûts comme dans la construction et l’immobilier… Ainsi, dans une récente interview (Les Echos des 17 et 18 septembre), Alain Dinin, Pdg de Nexity, témoignait de la quasi-impossibilité de réduire les coûts de construction (50% des prix de revient, hors TVA). En cause, en dehors des hausses des matières premières et des nécessaires mesure pour réduire les émissions de Co2 : le faible taux d’industrialisation du secteur qui, s’il progressait, permettrait d’ici à cinq ans de réduire de 5% les coûts de construction et de 3% les prix de revient. C’est maigre. Peut mieux faire ? Vous lirez avec profit sur notre site l’entretien de Jean-François Pape, directeur des Achats d’Icade, autre promoteur immobilier. Dans cette entreprise, les achats ont été mobilisés pour soutenir la stratégie de réduction des Co2 avec une motivation supplémentaire : dégager de la valeur le plus en amont notamment auprès des fournisseurs. Il n’y a pas de domaine d’acticité qui ne puisse désormais échapper à l’emprise – positive – des Achats…

Le digital mobilise toujours

Le boom des places de marché se confirme. Nous suivons de longue date le phénomène qui au-delà des full suites dédiés aux Achats a vu l’émergence d’éditeurs spécialisés qui s’adressent autant à des applications de vente (solutions e-commerce) que potentiellement à des organisations Achats (portails fournisseurs). Parmi ces éditeurs (voir La Lettre des Achats n.281 – avril 2019), l’entreprise (française) Mirakl tient incontestablement le haut du pavé. La « jeune poussé » vient de réaliser une 5e levée de fonds. Il y a tout juste un an, il levait 300 millions de dollars. Cette fois, il s’agit de 550 millions de dollars (472 millions d’euros), ce qui valorise la société à près de 3,5 milliards de dollars. L’entreprise a pour prospérer le large champ des sites marchands dopé à la fois par la crise Covid mais aussi par un mouvement général de digitalisation. Des sites BtoC mais aussi BtoB qui adressent les solutions e-achats développées d’autre part par les donneurs d’ordres.

Autre éditeur de solutions place de marché, Izberg, dans un récent webinaire coorganisé avec Adjuvoo, prestataire de service dédié aux Achats récemment constitué (voir La Lettre de Achats), cite volontiers le Gartner : « D’ici 2022, 75% des achats BtoB se feront via des places de marchés et 15% des grands comptes et des ETI sur le secteur du e-commerce auront mis en ligne leur propre place de marché d’ici 2023. » Sans opposer formellement les solutions marketplaces et e-procurement, les deux partenaires affichent quand même leur préférence en faveur des premières (ouverture, optimisation de marchés, multi-vendeurs, fluidité, ergonomie, etc.). Les solutions pour les donneurs d’ordres étant par essence plus fermées (réservées aux acheteurs et à leur organisation, dédiées à leur process). Le débat ne fait que commencer…

Ça bouge d’autre part du côté des éditeurs e-achats à quelques jours de l’ouverture du salon Solutions e-achats dont nous reparlerons. Si l’on excepte le quartet de tête (SAP-Ariba, Coupa, Jaggaer et Ivalua), ça s’agite du côté du mid-market voire des nouveaux entrants : ainsi, le recentrage de Corcentric vers des centres de décision renforcés au niveau du siège de l’entreprise aux Etats-Unis qui se traduit par le départ de Gérard Dahan jusque-là directeur EMEA mais qui devrait annoncer sous peu une nouvelle direction et sans doute un nouvel, éditeur. Autre acteur, Proactis, éditeur, intégrateur de ses propres solutions et opérateur de place de marché, vient d’annoncer un changement majeur d’actionnaire avec l’arrivée de Pollen Street Capital aux côté DBAY advisors déjà présent au capital (et le retrait du même coup du groupe du marché AIM de la bourse de Londres). A noter aussi que Proactis a également conclu un accord avec EPSA, également prestataire de service important dans les Achats, pour mettre à disposition de celui-ci, bePayd, la solution d’escompte dynamique qu’il a développé. Le supply chain financing est un axe de développement majeur pour Proactis comme pour Corcentric.

La migration des solutions Achats en direction des financiers n’est pas inéluctable pour tous les acteurs du segment. L’éditeur breton COBuy solutions vient de boucler une levée de fond de 500 000 euros (via les fonds morbihannais SFLD basé à Lorient et Crédit Agricole Morbihan Expansion basé à Vannes) destinés à soutenir le développement de ce nouvel éditeur dont les solutions étaient jusque-là mises en œuvre depuis une dizaine d’années dans le cadre de mission de conseil mais visent maintenant l’autonomie. COBuy prétend aux dernières évolutions technologiques (solution SaaS) et cible résolument les achats industriels (et pas seulement indirects) et les ETI (mais pas uniquement). Son directeur commercial Frédéric Toumelin, qui a rejoint fin 2020, Stéphane Douce, le fondateur, en est convaincu lorsqu’il nous confie : « La crise que nous traversons a accru l’appétence du marché par rapport à la digitalisation des processus et des échanges de manière générale. Dans le domaine des relations, le manque de données permettant d’anticiper devrait montrer la nécessité de moderniser les modes de gestion. » Ce sera aussi un tout nouvel exposant au salon Solutions e-achat.

Immatériel encore

L’immatériel se signale encore à nous : Me Matthieu Bourgeois, avocat associé, Klein-Wenner, et d’autre part créateur et animateur du Cercle de la donnée, nous signale la publication de nouvelles clauses de transferts de données qui deviennent obligatoires ce 27 septembre 2021. Il s’agit de nouvelles clauses contractuelles types publiées par la Commission européenne pour encadrer les transferts internationaux de données à caractère personnel. Elles concernent tous les contrats impliquant un accès distant, depuis un pays tiers à l’Union Européenne, à des données personnelles d’organisations (entreprises, collectivités, associations, etc.) situées en Union Européenne. Vous retrouverez en pièce jointe une note à ce sujet tout spécialement rédigée par les experts du cabinet.


COBuy - CP levée de fonds - 20210921

Nouvelles clauses de transfert de données_Me Matthieu Bourgeois_20210903

Publié le 27/09/2021 - Par François-Charles Rebeix

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