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Publié le 25/05/2021 - Par François-Charles Rebeix

Edito 100% web #11 : Finances et RSE, la double peine pour les Achats…

La question du retour de l’inflation alimente les réflexions des économistes depuis plusieurs mois. Attendu, espéré, inévitable, redouté, les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier ce phénomène. Plus délicat reste à déterminer ce que l’on peut en attendre : alléger le poids des dettes ou à l’inverse peser sur la reprise. Tensions sur la supply chain, hausses des prix, pas facile dans un tel contexte, pour les Achats, d’arbitrer entre Finances et RSE.

Structurelle ou conjoncturelle

L’inflation est-elle structurelle ou conjoncturelle ? C’est bien la question ! Les économistes restent divisés sur le sujet. Pour Patrick Artus, Chef économiste de la banque Natixis, qui publie ces jours-ci La dernière chance du capitalisme avec Marie-Paule Virard (Odile Jacob) après L’Economie Post-Covid avec Olivier Pastré en 2020 (voir Les Livres Achats Off 2020), cette crainte d’un retour de l’inflation n’est pas fondée. Elle ne serait qu’un effet de la sortie de la pandémie, un appétit de consommation opportuniste après des mois de confinement. Un surcroit de demande face à une reprise de production encore un peu chaotique, le temps de (re)monter les cadences. Il n’empêche, aux Etats-Unis, en avril, la hausse des prix constatée sur un an a été de 4,2% (+3% en un an hors énergie et alimentaire). Autre chiffre : en Chine, la hausse constatée des coûts de production en avril aurait été de 6%. Là-bas, les effets inflationnistes jouent à plein. Les matières premières y sont très disputées, le fret maritime a bondi. Les pénuries de composants s’installent.

Toujours cette consommation mondiale à remettre en marche même si du côté des consommateurs chinois, la reprise a paru jusqu’ici plus lente que prévue (Voir Chine-Europe : le grand tournant, l’entretien avec son auteur, David Baverez). En Europe, si elle y est également constatée, l’inflation sur un an serait pour l’instant limitée à 1,6%. Ce serait conforme aux prévisions de la Banque Centrale Européenne (entre 1,5% cette année et 1,4% en 2023). Bien en dessous de son seuil d’intervention fixé à 2%. En Europe toujours, la reprise s’amorce avec le déconfinement. Mais dans des proportions difficiles à évaluer au seuil de l’été.

Ruissellement erratique

Une étude produite par l’éditeur Tradeshift confirme cette reprise mondiale au cours du 1e trimestre 2021. L’analyse porte à la fois sur le volume de transactions BtoB réalisé sur son réseau (commandes émises par les acheteurs et factures envoyées par les fournisseurs) et une enquête auprès de 150 fournisseurs dans différents secteurs d’activité. Ainsi, au 1er trimestre, l’activité commerciale interentreprises a augmenté de 10% et le volume de commandes de 16.9% (80% sur un an en mars). Le volume de factures n’a lui augmenté, toujours sur un an, que de 20%. De même, l’activité commerciale aurait particulièrement crû dans la zone euro (+ 14,5% contre +10,5% aux Etats-Unis). Le début d’un rééquilibrage en faveur des « centres de fabrication » de la zone euro comme le suggèrent les auteurs de l’étude ? Dans le même temps, un fournisseur sur cinq affirme avoir du mal à faire face à une demande croissante et près d’un tiers dit avoir une position de trésorerie détériorée au cours des six derniers mois. De quoi à la fois conclure à de fortes pressions sur les approvisionnements et relativiser l’euphorie de la reprise.

En attendant, les plans de soutien et de relance cumulés dans le monde représenteraient déjà dix mille milliards de dollars (10% du PIB mondial d’une année soit cent mille milliards de dollars). Un total cinq fois supérieur à ce qui avait été injecté dans l’économie mondial lors de la crise de 2008. Des sommes qui viennent renforcer la valeur des actifs (immobilier, actions) mais dont le « ruissellement » perturbe aussi les échanges commerciaux. D’où ces mouvements d’inflation encore erratiques. Le pire serait que la machine se grippe, que la consommation ne soit pas au rendez-vous, que les entreprises calent, que les Etats voient le poids de leur dette monter (hausse des taux). Autant de scénarii que les prévisionnistes évaluent encore bien mal.

Mutation du SI au RSE

Du côté des entreprises, en dehors de répondre à l’urgence des situations, l’heure de premiers budgets 2022 approche… L’occasion de faire ici deux constats, sans doute subjectifs. Le premier : à en juger par l’annonce de leurs interventions (webinars et autres événements), nombre d’éditeurs classés dans le SI Achats semblent s’adresser davantage aux Directions Finances qu’aux Directions Achats. Certes, les premières tiennent les cordons de la bourse. Mais n’est-ce pas plutôt révélateur des préoccupations des entreprises d’analyser plus finement l’ensemble de leurs dépenses et de leurs consommations ? Process et objectifs chiffrés dans un même package avec passage obligé par les financiers. Le phénomène n’a rien d’inédit mais prendrait-il de l’ampleur ? Deuxième marqueur : les Achats semblent de plus en plus assignés à la mise en œuvre de politiques de développement durable versus fournisseurs. La sécurisation des approvisionnements en fait partie mais se ressent aussi une évolution liée à des objectifs de transition environnementale. Voilà les Achats chargés de trouver l’alternative dans chaque segment d’achats.

La dernière édition de FOP (Future of Procurement) organisée le 19 mai dernier (cette année 100% en ligne) a incarné cette migration. Alors que les quatre premières éditions avaient été consacrées aux systèmes d’information Achats, cette 5e édition a muté sans crier gare vers le RSE. Cette année pas de présentation ou d’échanges sur la (nécessaire) digitalisation des Achats. Seul lien avec le passé : des rencontres « one to one » avec les sponsors de l’évènement (éditeurs ou prestaires). Le tout encadré d’une intervention inaugurale sur développement durable et valeurs sociétales (à porter plus par l’entreprise que par les seuls Achats) et d’un débat – très instructif – réunissant des responsables Achats (Air France, LVMH, Sanofi, Spie).

Poids des normes et du reporting

Mais les (nouveaux) chantiers du RSE annoncent dans l’ensemble des réalisations encore très embryonnaires : 10% d’un parc auto électrifié (Spie), test d'un biocarburant en lieu et place de kérosène (Air France), mise en place d’un questionnaire de mesures de performance extra-financière (LVMH), validation d’objectifs RSE & engagement des équipes Achats « à faire différemment » (Sanofi). Dans un premier mouvement, les exemples concrets sollicités par l’animateur (une seule question : vos dernières décisions en termes de RSE ?) laissent craindre soit un périmètre d’achats anecdotique soit un catalogue de bonnes intentions voire de process. Au fur et à mesure de l’échange, apparaissent quand même des enjeux plus industriels (béton bas carbone, motorisation des avions du futur, travaux de filières pour des achats écoresponsables et tracés, élaboration de cahiers des charges engagés avec les fournisseurs, etc.).

Plusieurs difficultés pointent cependant quels que soient les domaines d’activités : le poids des normes, la lourdeur des reporting à produire et sans doute les affres d’une collaboration toujours délicate à faire fonctionner avec les métiers. Heureusement, la connectivité grandissante des outils répondra à la masse des données à accumuler. Chassez les outils et ils reviennent au galop. Et avec eux les cabinets de conseil. La puissance invitante (Deloitte) n’a pas manqué l’occasion qui lui était donnée de souligner le rôle croissant que pourraient prendre des intervenants extérieurs dans le cadre d’appels d’offres de plus en plus diversifiés et complexes. Des Achats que l’on imagine toujours en super-ensembliers mais surtout bien présents dans le cœur de métier des entreprises. Les enjeux de la RSE devraient les renforcer.

Publié le 25/05/2021 - Par François-Charles Rebeix

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